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28/08/2016

Manfred Weber: « Les réfugiés de guerre devront rentrer en Syrie à la fin du conflit »

Europe de l'Est

Manfred Weber: « Les réfugiés de guerre devront rentrer en Syrie à la fin du conflit »

Manfred Weber estime que les réfugiés du conflit syrien devraient obtenir un droit de résidence temporaire et non permanant en Europe, afin qu’ils rentrent dans leur pays à la fin de la guerre . Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Manfred Weber est un homme politique allemand de l’Union chrétienne-sociale (CSU) est le président du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen depuis 2014.

En novembre, Markus Söder, ministre des Finances de Bavière, a déclaré que « la vérité est à la frontière ». Que pensez-vous de cela ? Êtes-vous d’accord ?

La vérité a de multiples facettes. D’un côté, la crise des réfugiés fait appel à notre humanité, mais d’un autre il s’agit simplement de savoir jusqu’à quel point nous pouvons aider. Ma Bavière natale a fait un effort énorme depuis septembre dernier. Pensez seulement aux nombreux volontaires qui ont participé à l’accueil des migrants.

Tout représentant politique local doit cependant se souvenir que notre bonne volonté a des limites. L’Allemagne et l’Europe doivent trouver un meilleur équilibre et faire en sorte de réduire drastiquement le nombre de réfugiés qui arrivent.

Vous tentez à tout prix de trouver une solution à la crise. Avez-vous pensé à un plan B, où les frontières allemandes sont contrôlées et la frontière gréco-macédonienne encore plus renforcée ?

Non. Le CDU [Union démocrate-chrétienne] et le CSU cherchent ensemble une solution européenne. C’est la seule façon de résoudre les choses à long terme, de préserver l’espace Schengen et de garantir la liberté du continent.

La Suède et les Danemark ont introduit des contrôles aux frontières. Ces mesures nationales temporaires ne devraient pas nous empêcher de trouver une solution européenne. Il ne s’agit pas seulement de trouver une solution à un problème précis : il s’agit d’une affirmation de notre mode de vie européen.

Jusqu’où votre parti peut-il accepter la politique d’Angela Merkel sur les réfugiés ?

Le CSU a joué un rôle important ces derniers mois. Nous avons non seulement montré notre volonté d’agir, mais aussi rappelé que notre champ d’action a des limites. Nous avons donc prouvé que le parti est une pièce importante du puzzle politique national, que nous sommes une entité séparée et puissante qui, depuis la Bavière, pose les questions difficiles.

 >> Lire : Le durcissement du droit d’asile allemand fait polémique

Nous avons toujours eu un objectif clair : nous voulons être constructifs et participer à la résolution de la crise. Nous avons grandement influencé les deux premiers paquets législatifs [européens] sur l’asile. Notre influence à Bruxelles est également évidente dans plusieurs domaines.

Après l’adoption du deuxième paquet sur l’asile, le CDU a appelé à un durcissement du droit d’asile. Thomas Strobl (CDU) a récemment proposé que les demandeurs d’asile n’obtiennent la résidence permanente qu’après cinq ans, au lieu des trois ans actuels. Est-ce une proposition sérieuse ?

Nous ne devons pas mélanger deux choses. Nous n’avons aucun problème avec le droit d’asile en Allemagne. C’est une grande réussite, à la fois pour le pays et pour l’Europe. Nous ne devrions être pointés du doigt par personne. Seuls 2 à 3 % des personnes arrivant en Allemagne introduisent une demande d’asile. La majorité des arrivants sont des réfugiés de guerre.

Cela dit, je suis tout à fait d’accord avec les propositions de Thomas Strobl sur la résidence permanente. Les réfugiés de guerre devraient uniquement obtenir la résidence temporaire. Nous voulons aider ceux qui en ont besoin, mais ils n’auront le droit à cette protection que tant que la Syrie sera en guerre. Quand la situation s’améliorera, ils devront y retourner. C’est ce qui s’est passé avec les réfugiés fuyant l’ex-Yougoslavie.

L’introduction de quotas est une solution possible au niveau européen. La chancelière a annoncé que certains États membres ont accepté des quotas de réfugiés de la Turquie.

Il est juste et nécessaire que la chancelière suive cette voie. Entre 30 000 et 50 000 personnes attendent à la frontière entre la Turquie et la Syrie. Avant le sommet européen des 18 et 19 février, la fuite massive des habitants d’Alep servira de référence aux Européens. D’un côté, nous avons besoin de l’aide de la Turquie, notamment pour diriger les 3 milliards d’euros qui ont été alloués aux réfugiés syriens. D’un autre, les États membres doivent à présent appliquer le système de quotas.

>> Lire : « L’UE ne peut pas dire à la Turquie d’ouvrir ses frontières quand elle ferme les siennes »

La Turquie devrait-elle obtenir davantage d’aide de l’Europe ?

Nous ne pouvons pas attendre d’Ankara qu’elle ouvre ses frontières alors que la frontière européenne est fermée. La Commission Juncker a proposé un programme de réinstallation fondé sur les quotas. Parmi les personnes qui attendent à la frontière turque, certaines ont besoin d’une aide médicale urgente.

 >> Lire : L’Allemagne envisage de loger des réfugiés à l’hôtel

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) devrait tenir compte de cela et déterminer les personnes qui doivent être autorisées à entrer en Europe. Nous ne pouvons pas laisser les passeurs décider de qui entre sur le continent. Les États membres doivent récupérer leur autorité à ce niveau. Nous avons besoin d’un vrai mécanisme de distribution au sein de l’Union européenne.

Pour l’instant, ce mécanisme est tout à fait bancal. En fait, seuls 481 réfugiés qui sont arrivés en Grèce ou en Italie ont été redirigés vers d’autres États membres. 160 000 personnes devraient être réinstallées dans les deux années à venir.

Ces derniers mois nous ont donné à réfléchir. En pratique, la redistribution de plus de cent mille personnes, qui a été décidée par le Parlement et le Conseil des ministres, ne fonctionne pas. Cette situation terrible et ces désaccords découlent des attitudes égoïstes et nationalistes de la vieille Europe.

La Pologne, par exemple, n’a pas accueilli un seul réfugié arrivé en Grèce ou en Italie. Et elle n’est pas la seule. Tout le monde doit participer. Le prochain sommet européen doit être une réussite.

Revenons à la guerre en Syrie. Comment envisagez-vous le rôle de la Russie, étant donné le soutien de Moscou pour Bachar Al-Assad ?

Les bombardements réalisés ces derniers jours par la Russie ont une incidence fâcheuse sur le processus de paix de Genève, qui est en cours. Il a fallu interrompre les procédures pour procéder à une analyse de la situation sur le terrain. Moscou a une influence très destructrice dans ce conflit, tout comme en Ukraine.

Le président de votre parti, Horst Seehofer, a-t-il réellement rendu visite à Vladimir Poutine récemment ?

En effet. La pire chose qui pourrait arriver est une interruption du dialogue entre la Russie et l’Europe. Malgré nos différences d’opinions, nous avons besoin les uns des autres. Le CSU est très clair : il continuera à soutenir le gouvernement dans son dialogue critique avec des partenaires difficiles, comme la Russie.