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31/07/2016

Des brèches multiples dans la trêve en Ukraine

Europe de l'Est

Des brèches multiples dans la trêve en Ukraine

Des membres de l’infanterie ukrainienne reçoivent une formation militaire des États-Unis.Pologne, décembre 2015.

[U.S. Army Europe Images/Flickr]

Officiellement, c’est la trêve dans l’est de l’Ukraine, et les belligérants ne bougent pas de leurs positions. Néanmoins, plusieurs villages y ont changé de mains sans combat ces dernières semaines, ce qui inquiète leurs habitants et l’OSCE.

Le drapeau ukrainien bleu et jaune est de retour depuis peu à Pavlopil, un village situé au sud de la ligne de front et qui est resté pendant des mois dans la zone « grise », c’est-à-dire entre les territoires sous contrôle des Ukrainiens et des rebelles. Les produits alimentaires n’y étaient plus livrés et l’eau y était coupée.

Début décembre, des soldats ukrainiens y ont pris position, commençant à amener des provisions gratuitement aux habitants, raconte Natalia Ivanivna, propriétaire d’un petit magasin local qui s’est occupée de la distribution aux villageois de cette aide humanitaire : pain, eau potable, conserves de viande, etc.

Quelques semaines plus tard, Kiev a annoncé l’entrée de rebelles munis d’armes lourdes dans le village de Kominternové, également dans la zone « grise », à une dizaine de kilomètres de Pavlopil.

Si les autorités séparatistes l’ont nié, les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont rapporté avoir vu des « traces récentes de chenilles correspondant à ceux de véhicules de transport d’infanterie et de chars ».

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Craintes de reprise des violences

Des habitants ont confirmé à l’OSCE que des rebelles armés étaient bien entrés dans cette localité le 22 décembre et ne l’avaient quittée que deux jours plus tard, quelques heures avant l’arrivée de la mission de l’OSCE.

« Ce qui s’est passé à Kominternové était une violation claire des accords [de paix] de Minsk », a dénoncé vendredi Alexander Hug, chef adjoint de la mission de l’OSCE en Ukraine. « Le cessez-le-feu a été violé par les deux camps », a-t-il accusé, critiquant aussi des mouvements de troupes à Pavlopil.

« Des armes ont été utilisées pour établir le contrôle sur des zones où il n’y avait auparavant aucune présence armée », a poursuivi Alexander Hug, or « tout recours aux armes va inévitablement attirer des tirs de riposte, ce qui mène vers une escalade ».

Interrogé par l’AFP, un haut responsable ukrainien dans le secteur de la sécurité, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a estimé que la venue des rebelles à Kominternové était une « riposte » à l’opération des Ukrainiens à Pavlopil.

Selon ce responsable, les deux camps essaient de prendre silencieusement le contrôle de localités relevant de leur autorité respective, selon les accords de Minsk, mais qui restaient jusqu’à présent abandonnées car ne représentant aucun intérêt militaire.

Ils profitent ainsi d’une relative accalmie dans les combats, qui ont fait plus de 9 000 morts depuis leur déclenchement en avril 2014, acquise à la faveur d’une fragile trêve instaurée en septembre et ponctuée de violences sporadiques, mais moins intenses.

« En décembre, nos forces ont pris le contrôle de sept villages » dans l’Est, dont Pavlopil, afin d’aligner leurs positions réelles avec la ligne de démarcation établie par les accords de paix, a indiqué ce responsable.

Après avoir été vertement critiqués par leurs partisans pour cette « avancée des Ukrainiens », les séparatistes ont décidé d’entrer à Kominternové, qui leur appartenait de toute façon de jure, assure-t-il.

Ces mouvements inquiètent les habitants du secteur, qui redoutent une reprise des hostilités. « Pour l’éviter, un contingent de maintien de la paix aurait dû être placé dans la zone tampon », estime Sergui Chapkine, le maire de Pavlopil et de la bourgade voisine de Pichtchevik, dans laquelle les troupes ukrainiennes sont aussi désormais présentes.

En l’absence de force d’interposition, des provocations sont possibles, surtout quand les deux camps sont à portée d’obus, déplore Sergui Chapkine, en déchargeant des briquettes de bois acheminées à Pichtchevik par la Croix rouge.

« Si les bombardements reprennent, un seul tir de [lance-roquette multiple] Grad suffira pour ruiner tout Pichtchevik », renchérit Lioubov Belik, une retraitée qui fait la queue pour obtenir ces briquettes. « Cela ne veut pas dire qu’on n’est pas reconnaissant aux militaires ukrainiens qui nous amènent des produits alimentaires. On est tout simplement fatigués de cette guerre. » 

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Contexte

Le 12 février, après 17 heures de négociations dans la capitale biélorusse, Minsk, les dirigeants de l'Allemagne, de la France, de la Russie et de l'Ukraine ont soutenu un accord pour mettre fin aux combats dans l'est de l'Ukraine.

Dans une déclaration commune, les quatre leaders se sont engagés à respecter la souveraineté de l'Ukraine et son intégrité territoriale.

Les dirigeants occidentaux surveillent de près la mise en œuvre de l'accord de Minsk.

Le 2 mars, les responsables européens se sont accordés sur le fait que l'OSCE devait avoir un rôle plus large d'observateur du cessez-le-feu et du retrait des armes.

L'Ukraine a demandé à l'UE de déployer une mission de défense et de sécurité (PSDP) dans la région du Donbass.

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