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07/12/2016

Des eurodéputés PPE veulent une UE prête à la guerre contre la Russie

Europe de l'Est

Des eurodéputés PPE veulent une UE prête à la guerre contre la Russie

La Renaissance de l'Occident, co-écrit par Roland Freudenstein.

Des propos belliqueux ont animé une réunion organisée par le groupe de centre-droit PPE (Parti populaire européen) au Parlement européen le 21 avril. Les eurodéputés ont prévenu que la prochaine cible de la Russie serait les pays baltes et que la meilleure des dissuasions était d’être prêt à entrer en guerre.

Tunne Kelam, l’eurodéputé qui a présidé la réunion, a déclaré que la Russie était devenue l’adversaire de l’UE et que sa prochaine cible serait les pays baltes. La crédibilité de l’Occident serait alors mise à l’épreuve, a-t-il estimé.

En tenant ce discours, il a fait écho aux remarques du président estonien, Toomas Ilves, qui a déclaré il y a quelques jours que le manque d’engagement de l’OTAN pour défendre son pays pourrait mener à la fin de l’alliance.

L’eurodéputé roumain, Cristian Dan Preda, coordinateur à la commission des Affaires étrangères au sein du groupe PPE, a quant à lui déclaré qu’une majorité de Roumains pensaient que Poutine continuerait ainsi jusqu’à ce qu’il unisse la Russie à la Transnistrie en Moldavie, et ce, via les territoires sud de l’Ukraine.

Roland Freudenstein, directeur adjoint et directeur de recherche au Martens Centre, le groupe de réflexion du PPE, est allé encore plus loin, en disant que Vladimir Poutine voulait détruire, au moins moralement et politiquement, les deux grandes institutions euroatlantiques : l’UE et l’OTAN.

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Ayant récemment co-écrit un livret publié par le Martens Centre intitulé La Renaissance de l’Occident, Roland Freudenstein regrette que, malgré la visibilité de la nouvelle menace russe, la question « sommes-nous prêts à entrer en guerre ? » n’ait pas été sérieusement et publiquement examinée.

« Cela doit changer […] Nous devons montrer clairement que oui, nous sommes prêts à entrer en guerre pour sauvegarder les principes existentiels à l’avenir de l’Europe », a-t-il affirmé.

Dissuasion nucléaire

Rolan Freudenstein a également soutenu que l’Occident devrait revenir au concept de dissuasion, ajoutant que cela inclut la dissuasion nucléaire.

« En Allemagne, la dissuasion nucléaire actuelle de l’OTAN consiste en 20 bombes lisses rouillées, de type B-61, qui peuvent être détruites par un seul tir des forces russes. Certaines choses doivent changer, nous devons nous ressaisir », a-t-il déclaré, reconnaissant quand même que ces questions sont très difficiles à aborder en public.

Selon lui, les dirigeants occidentaux devraient dire aux Russes « oui, nous vous entendons, oui, nous comprenons ce que vous dites, nous pensons juste que vous avez tort ».

La diplomatie russe parodiée

Quant aux compétences diplomatiques russes, Roland Freudenstein a pris pour exemple une conférence internationale organisée il y a trois ans où plusieurs intervenants avaient critiqué la position agressive de la Russie envers la Géorgie.

Se lançant dans une saynète théatrale, Roland Freudeunstein s’est amusé à imiter l’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, avec un fort accent russe en disant : « S’il vous plait mes amis, nous avons tant en commun. Souvenez-vous de notre passé commun ». L’intervenant géorgien, que Roland Freudeunstein a également imité dans un anglais parfait aurait alors répondu : « Nous nous souvenons, Mr l’Ambassadeur, nous nous en souvenons tous les jours ».

« Ce qui était frappant c’est que Vladimir Chizhov n’imaginait même pas que quelqu’un, un non-Russe, puisse penser qu’il y avait quelque chose de terrible à propos de ce passé commun [sous l’Union soviétique]. C’est ce que nous devons essayer de leur faire comprendre. Je ne sais pas si nous y parviendrons, mais nous devons essayer », insiste Roland Freudenstein.

Selon lui, les Européens qui espèrent encore un retour au statu quo avec la Russie se trompent. S’appuyant sur une idée développée dans le livret La renaissance de l’Occident, il a rappelé que le conflit entre Vladimir Poutine et l’Occident ne se terminerait que quand le dirigeant russe « quitterait le Kremlin, de quelque manière que ce soit ».

« C’est un jeu à somme nulle», a-t-il commenté.

Selon Roland Freudenstein, le Martens Centre a préparé une autre publication intitulée Museler l’ours, traitant de la façon de répondre à la propagande russe.

Faucons

Jacek Saryusz-Wolski, vice-président du groupe PPE, a déclaré en plaisantant qu’avec tous ces faucons, il n’avait peut-être pas besoin de parler. Les autres « faucons » étaient l’eurodéputé Elmar Brok (CDU, Allemagne), président de la commission des Affaires étrangères, l’eurodéputée Sandra Kalniete (Lettonie), vice-présidente du groupe PPE et responsable de la politique de voisinage, l’eurodéputé Gabrielius Landsbergis (Lituanie), rapporteur du Parlement européen sur l’état des relations UE-Russie, entre autres.

Jacek Saryusz-Wolski a rappelé que les pays d’Europe centrale et orientale signalaient depuis longtemps les véritables intentions de Vladimir Poutine, mais ces avertissements ont toujours été rejetés par les partenaires occidentaux et perçus comme anti-russes. « Ceux qui avaient tort devraient le reconnaître », a-t-il insisté.

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La Russie ce n’est pas juste Vladimir Poutine, a-t-il poursuivi, c’est aussi le pays de personnalités comme Boris Nemtsov, Andrei Sakharov ou Anna Politkovskaya.

« Notre meilleur moyen d’influencer la société russe est de montrer qu’une vie différente est possible, même dans la sphère post-soviétique. Si nous gagnons avec l’Ukraine, nous gagnerons un jour avec la Russie. Si nous échouons avec l’Ukraine, Poutine gagnera », a-t-il déclaré.

Message aux dirigeants européens

« Le temps des négociations et de la persuasion est terminé. « Il est temps que nous passions à une politique plus ferme, plus réaliste, et que nous nous concentrions sur la défense et la sécurité, car le flanc oriental de l’UE se sent profondément menacé », a-t-il affirmé.

Puis, dans un message apparemment adressé aux dirigeants européens qui se réuniront demain (23 avril) pour un sommet extraordinaire, il a déclaré : « Un dernier mot à ceux qui ne se trouvent pas dans cette salle. La partie sud de l’UE ne parviendra pas à obtenir l’engagement des pays de l’est de l’UE sur le sujet de l’immigration, qui est le thème du sommet extraordinaire, si elle continue à ne pas comprendre, ou à ignorer, les menaces existentielles auxquelles les pays de l’est font face. ».

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