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29/07/2016

José Manuel Barroso : « Sans l’UE, la Russie n’aurait fait qu’une bouchée de la Bulgarie et des pays baltes »

Europe de l'Est

José Manuel Barroso : « Sans l’UE, la Russie n’aurait fait qu’une bouchée de la Bulgarie et des pays baltes »

Dernière conférence de presse pour José Manuel Barroso[ Georgi Gotev]

Si la Bulgarie et les pays baltes n’avaient pas rejoint l’Union européenne, c’est sur eux et non sur l’Ukraine que la Russie tenterait de mettre la main, a assuré le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors de sa dernière conférence de presse. 

José Manuel Barroso, président de la Commission pendant dix ans, a tenu sa dernière réunion mercredi 29 octobre, avant de laisser sa place au président entrant, Jean-Claude Juncker.

L’occasion pour le Portugais de revenir sur les réussites de son mandat, au rang desquelles figure selon lui la politique d’élargissement. Sous sa houlette, l’UE a presque doublé le nombre de ses membres, passant de 15 à 18. Dix pays supplémentaires ont rejoint l’UE en 2004 (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Chypre et Malte), puis la Bulgarie et la Roumanie en 2007 et, finalement, la Croatie en 2013.

>> Lire : Barroso fait le bilan de ses 10 ans à la tête de la Commission

Barroso a vigoureusement défendu ses décisions et la crédibilité de l’élargissement à la Bulgarie et la Roumanie, même si ces pays sont toujours, sept ans après leur adhésion, étroitement surveillées par la Commission à cause des déficiences de leurs systèmes d’application du droit.

Et si…

« Imaginons un instant que ces pays n’aient pas rejoint l’Union européenne. Si c’était le cas, nous ne parlerions sans doute pas uniquement de l’Ukraine à l’heure qu’il est, mais probablement également de la Bulgarie ou des pays baltes, estime le président sortant. L’élargissement était donc la bonne décision à prendre. Bien sûr, tout n’est pas parfait, mais laissez-moi vous demander très franchement : ces problèmes de l’intégration européenne que nous rencontrons depuis quelques années, viennent-ils de la Bulgarie, ou de la Romanie ? Évidemment pas. »

Certains États membres traditionnels compliquent les prises de décision bien plus que les nouveaux membres, a estimé José Manuel Barroso. Cependant, la prise de décision à 28 fonctionne, souligne-t-il, malgré les prévisions pessimistes qui prévoyaient que ce système serait impraticable.

L’UE a une politique cohérente

EurActiv lui a demandé comment, à son avis, l’UE pouvait concurrencer avec la Russie, où toutes les décisions sont prises par une seule personne. Le fait que Vladimir Poutine soit le seul décideur en Russie ne rend pas le système cohérent pour autant, estime-t-il.

« Croyez-moi, nous ne voulons pas du système russe pour l’Union européenne, ça ne serait vraiment pas dans notre intérêt », a-t-il insisté.

Au sujet de la « cohérence » russe, José Manuel Barroso a par ailleurs annoncé qu’il avait justement retrouvé, le jour même, une déclaration de Vladimir Poutine, datant d’il y a quelques années, et assurant que s’il ne voulait pas que l’Ukraine rejoigne l’OTAN, il ne voyait cependant aucun problème à l’adhésion du pays à l’UE.

« Il me l’avait dit très régulièrement dans le cadre de notre dialogue, mais je n’en avais jamais trouvé de trace écrite. Comme vous le savez, la Russie s’oppose à présent non seulement à l’entrée de l’Ukraine à l’OTAN, mais même à un accord d’association et libre-échange avec l’UE. […] Un système de décision plus centralisé n’a pas nécessairement pour résultat un comportement plus cohérent […] en réalité, l’UE est l’entité qui fait preuve du plus de cohérence au niveau de la politique mondiale », assure-t-il.

>> Lire : L’Ukraine scelle son rapprochement avec l’UE, au grand dam de la Russie

Interrogé sur un éventuel mandat en tant que secrétaire général des Nations unies après le départ de Ban Ki-Moon, José Manuel Barroso a répondu longuement. Il n’exclut pas cette possibilité. « Je n’ai pas pris de décision finale en ce qui concerne la suite de ma carrière politique, dans mon pays ou à l’ONU ».

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