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22/01/2017

Juncker encourage Porochenko à poursuivre les réformes

Europe de l'Est

Juncker encourage Porochenko à poursuivre les réformes

Poroshenko et Juncker. Bruxelles, 27 août. [Commission européenne]

Lors d’une visite à Bruxelles, le président Petro Porochenko a rendu compte de la mise en œuvre de l’accord de Minsk par l’Ukraine, accusant la Russie de ne « rien faire » en retour pour l’appliquer. 

Petro Porochenko est arrivé à Bruxelles le jour même où son pays concluait un accord majeur avec ses créanciers internationaux pour alléger le fardeau du remboursement de sa dette de 16 milliards d’euros. L’accord prévoit ainsi l’effacement de 3,4 milliards d’euros, ce qui permettra à l’économie ukrainienne, étouffée par le coût des combats avec les séparatistes prorusses, de respirer.

Les principaux sujets abordés à Bruxelles ont été la mise en œuvre de l’accord de Minsk (voir « Contexte »), l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange approfondi et complet (ALE) et la possibilité de lever l’obligation de visa pour les citoyens ukrainiens.

Accords de Minsk

Jean-Claude Juncker a déclaré que sa volonté était que les deux pays respectent les accords de Minsk, mais qu’il s’adressait surtout à la Russie, qui ne semble pas vouloir honorer ses engagements.

Petro Porochenko a déclaré qu’il avait informé Jean-Claude Juncker des efforts de l’Ukraine pour respecter l’accord. Le côté ukrainien procède au retrait des armes lourdes, travaille sur le processus politique, et présentera les amendements à la Constitution devant le parlement le 31 août, a précisé le président ukrainien, ajoutant qu’il espérait que les députés soutiennent sa proposition.

Le président ukrainien a reproché à la Russie de ne « rien faire pour mettre en œuvre l’accord de Minsk ». Rien que ces dernières 24 heures, l’Ukraine a perdu sept de ses soldats, a-t-il ajouté.

Petro Porochenko a affirmé qu’ils avaient discuté des « prétendues élections dans le Donbass », que les rebelles prorusses prévoient d’organiser le 18 octobre et début novembre. Il a clairement fait savoir que l’Ukraine s’opposait à la tenue de ces élections, qu’elle considère  illégales, étant donné qu’elles auront lieu sans aucune sécurité pour les électeurs, sous des tirs d’artillerie perpétuels, et sans observateurs étrangers, a expliqué Petro Porochenko.

« Ces élections sont inacceptables. Pourquoi ? Parce qu’elles ne respectent pas les normes internationales », a-t-il répondu en anglais.

Selon les accords de Minsk, lorsqu’elles les troupes russes et ukrainiennes se seront retirées de la zone de conflit, les deux parties doivent entamer un dialogue sur la manière d’organiser des élections locales, et sur la future administration de ces régions. Minsk prévoit aussi des réformes constitutionnelles en Ukraine, avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution d’ici à fin 2015. La décentralisation sera l’élément clé de ces réformes, qui tiendront aussi compte des spécificités de certaines zones dans les régions de Donetsk et de Lougansk, comme convenu avec les représentants de ces régions.

Le 1er juillet, Petro Porochenko a proposé des changements constitutionnels destinés à octroyer de nouveaux pouvoirs aux régions de Donetsk et de Lougansk. Toutefois, pour la Russie, ces propositions ne prenaient pas en compte l’opinion des rebelles qui contrôlent ces régions.

« Pas d’alternative à Minsk »

Petro Porochenko a rappelé qu’il n’y avait pas d’alternative au processus de Minsk, rejetant l’idée que le format des négociations, ou l’accord en lui-même, devrait être modifié. Il a déclaré que sa rencontre avec Jean-Claude Juncker, ainsi que la réunion trilatéral du 24 août à Berlin en compagnie de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président français, François Hollande, avaient pour objectif de présenter « un front uni » afin de « faire pression sur la Russie pour qu’elle respecte les accords ».

« Il n’y aura pas de Minsk 3. Nous nous sommes accordés sur toute une série de sujets, qui doivent maintenant être mis en œuvre », a insisté Petro Porochenko.

Le président ukrainien a réitéré l’idée d’introduire des casques bleus, ou une mission de l’UE dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC).

>> Lire : L’ambassadeur ukrainien réclame une mission de sécurité de l’UE

Interrogé sur une récente initiative du groupe de contact de Minsk pour un cessez-le-feu à partir du 1er septembre, Petro Porochenko a répondu : « Pourquoi devrions-nous attendre une semaine ? »

Le président ukrainien a rappelé que la Russie aurait dû mettre un terme aux combats à partir de minuit le 15 février dernier. « Nous avons instauré un cessez-le-feu il y a six mois. Si vous regardez le diagramme de l’OSCE qui montre qui viole le cessez-le-feu, vous verrez que c’est la Russie. » 

Pas de ratification de Chypre et de la Grèce

Jean-Claude Juncker a rappelé que sur les 28 États membres, seuls deux n’avaient pas ratifié l’accord d’association UE-Ukraine : Chypre et la Grèce, deux pays de tradition prorusse. « Nous souhaitons que le processus soit mené à bien », a-t-il martelé.

L’ALE approfondi et complet est un impératif, a répété Jean-Claude Juncker, ajoutant que la Commission a toujours été claire à ce sujet.  « Nous voudrions que l’accord commence à être appliqué de manière provisoire à partir du 1er janvier 2016, quelles que soient les stratégies mises en place pour repousser l’échéance », a-t-il affirmé.

Une déclaration commune signée en même temps que l’accord de Minsk prévoit des négociations trilatérales entre l’UE, l’Ukraine et la Russie afin de trouver des solutions pratiques aux inquiétudes de la Russie concernant la mise en place de l’ALE approfondi et complet entre l’UE et l’Ukraine.

Optimisme sur les visas

Quant aux visas, Jean-Claude Juncker a expliqué que, durant le dernier sommet UE-Ukraine en avril dernier à Kiev, il avait donné à Petro Porochenko une liste de dix tâches à accomplir. « Je suis heureux de voir que d’énormes progrès ont été faits », a-t-il conclu.

Le président de la Commission a déclaré que l’Ukraine avait donné son avis le 17 août, que cet avis était en train d’être examiné et que la Commission souhaitait avancer une proposition sur la levée de l’obligation des visas avant la fin de l’année.

Si l’Ukraine répond à toutes les exigences, l’exécutif donnera une évaluation positive et dans ce cas, « je ne doute pas une seconde » que les États membres approuveront un régime sans visa, a continué Jean-Claude Juncker.

Exemption de visa

Interrogé sur les conséquences d’une telle décision dans le contexte de la crise migratoire actuelle, Jean-Claude Juncker a affirmé de manière catégorique que la crise n’avait aucun lien avec la question de visas ukrainiens.

Petro Porochenko a remercié le président de la Commission au sujet des visas. Une mission de l’UE arrivera bientôt en Ukraine pour évaluer les progrès réalisés, a-t-il expliqué.

« L’Ukraine n’a créé aucun problème à aucun État membre de l’UE en ce qui concerne la migration », a déclaré Petro Porochenko.

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile a toutefois signalé une hausse du nombre de demandeurs d’asile ukrainien. Ce phénomène a débuté en mars 2014, au moment de l’invasion de la Crimée, et se poursuit.

>> Lire : Le nombre de demandeurs d’asile ukrainiens explose

Contexte

Le 12 février, après 17 heures de négociations dans la capitale biélorusse, Minsk, les dirigeants de l'Allemagne, de la France, de la Russie et de l'Ukraine ont soutenu un accord pour mettre fin aux combats dans l'est de l'Ukraine.

Dans une déclaration commune, les quatre leaders se sont engagés à respecter la souveraineté de l'Ukraine et son intégrité territoriale.

Les dirigeants occidentaux surveillent de près la mise en œuvre de l'accord de Minsk.

Le 2 mars, les responsables européens se sont accordés sur le fait que l'OSCE devait avoir un rôle plus large d'observateur du cessez-le-feu et du retrait des armes.

L'Ukraine a demandé à l'UE de déployer une mission de défense et de sécurité (PSDP) dans la région du Donbass.

>> Lire : L'ambassadeur ukrainien réclame une mission de sécurité de l'UE