Juncker fustige le manque d’union au sein de l’UE

Jean-Claude Juncker [Unión Europea en Perú/Flickr]

Dans son discours sur l’état de l’Union européenne, le président de la Commission a appelé à la préservation des valeurs traditionnelles de solidarité sur lesquelles l’UE s’est fondée, dans un contexte propice aux égoïsmes nationaux.

Jean-Claude Juncker a prononcé un discours très attendu sur l’état de l’UE devant les eurodéputés à Strasbourg. Un discours dominé par la question de la crise migratoire. Le président a également abordé les questions liées à la Grèce et à la situation de la zone euro. 

« Notre Union européenne ne va pas bien »

Jean-Claude Juncker, qui, lors de sa nomination avait déclaré que cette Commission était « la Commission de la dernière chance », a clairement fait savoir que le projet européen était menacé.

« C’est le moment de parler franchement des grands problèmes de l’Union européenne. Parce que notre Union européenne ne va pas bien. Il n’y a pas assez d’Europe dans cette Union. Il n’y a pas assez d’union dans cette Union. Nous devons changer cela, et c’est maintenant que nous devons le faire », a déclaré Jean-Claude Juncker. Son discours a été interrompu plusieurs fois par des applaudissements.

En effet, le président de la Commission, qui a affirmé diriger une Commission « politique », est plus à l’aise au Parlement européen qu’au Conseil, où les chefs d’États et de gouvernements critiquent sa manière de gérer la crise de l’immigration.

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Plusieurs pays européens ont rejeté le système de quotas obligatoires et de relocalisation permanente proposé par la Commission au début de l’année. Cela n’a toutefois pas empêché Jean-Claude Juncker de présenter des propositions encore plus ambitieuses, s’appuyant sur une approche communautaire.

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 « Nous nous sommes approchés du gouffre »

Jean-Claude Juncker a parlé très ouvertement de la crise grecque qui a mis la patience de l’UE à l’épreuve lors des six premiers mois de l’année.

« Depuis le début de l’année, les négociations sur le dossier grec ont mis notre patience à l’épreuve. Beaucoup de temps et de confiance ont été perdus. Des ponts ont été brûlés. Certaines paroles ont été dites qu’il est difficile d’effacer », a rappelé Jean-Claude Juncker, dans une référence évidente au gouvernement d’Alexis Tsipras, qui depuis, a démissionné et fait campagne pour les élections du 20 septembre.

« Nous avons vu des démocraties de la zone euro montées les unes contre les autres. […] Nous nous sommes collectivement approchés du gouffre », a affirmé le Président de la Commission.

Le président de la Commission a aussi insisté sur le fait que le programme d’aide devra être respecté par n’importe quel gouvernement grec.

« La crise n’est pas encore derrière nous »

Concernant la situation économique de l’Europe, Jean-Claude Juncker a déclaré que la crise n’était pas encore terminée et qu’elle avait simplement été mise sur « pause ».

« Il faut plus d’Union dans notre Europe », a déclaré Jean-Claude Juncker, expliquant que cela voulait dire deux choses : premièrement, investir dans les sources d’emplois et de croissance en Europe, notamment dans le marché unique; et deuxièmement, compléter l’Union économique et monétaire afin de créer les conditions d’une reprise durable.

« L’Europe a besoin d’un gouvernement économique », a affirmé Jean-Claude Juncker, ajoutant qu’il plaidait pour cela depuis 1991, lorsqu’il était un jeune ministre.

Jean-Claude Juncker a annoncé le lancement du plan d’investissement pour l’Europe de 315 milliards d’euros, qui porte son nom, ajoutant en plaisantant qu’il porterait donc la responsabilité s’il échoue.

Vis-à-vis des réformes de l’UE, le président de la Commission a insisté sur le fait que « le Parlement européen est et doit rester le Parlement de la zone euro ». Il a également déclaré que l’Union avait besoin d’un système commun garantissant aux citoyens que leur épargne bancaire sera toujours protégée, jusqu’à concurrence de 100 000 euros par personne et par compte. C’est la partie manquante de notre Union bancaire, a-t-il estimé.

Jean-Claude Juncker a annoncé que les recommandations faites à chaque pays par la Commission devraient être réduites à trois réformes, et qu’elles devraient être prises au sérieux par chaque pays.

Le chef de l’exécutif s’est par ailleurs montré optimiste quant à la conclusion d’un accord équitable avec le Royaume-Uni, en réduisant les lourdeurs administratives de l’UE.

Au sujet de l’Ukraine, Jean-Claude Juncker a affirmé qu’il ferait tout son possible pour que les citoyens ukrainiens puissent voyager dans l’UE sans visa d’ici à la fin de l’année. « L’UE doit montrer à la Russie que la confrontation a un coût, mais elle doit aussi lui montrer clairement qu’elle est prête à s’engager », a déclaré le Président de la Commission.

Quant au changement climatique, Jean-Claude Juncker a déclaré que l’UE était sur la bonne voie et avait pris un engagement clair dès le mois de mars : un objectif contraignant, couvrant l’ensemble de l’économie, d’au moins 40 % de réduction des émissions d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990.

Il s’agit de la contribution la plus ambitieuse présentée à ce jour, a-t-il souligné. S’adressant aux partenaires internationaux qui ne veulent pas s’engager, il a ajouté que l’UE ne signerait pas n’importe quel accord.

Dans le domaine du développement, Jean-Claude Juncker a confirmé que la Commission mettrait en place un « fonds fiduciaire » de 1,8 milliard d’euros pour l’Afrique.

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Il a également averti les États membres de la nécessité d’augmenter leur budget au développement, et de ne pas les diminuer, comme certains l’ont fait ces derniers temps.

Fier de sa Commission

Jean-Claude Juncker s’est dit fier de sa Commission, qui, durant les premiers mois de son mandat, a envoyé aux deux institutions législatives les grands projets de loi s’appuyant sur 10 priorités, qui lui ont valu d’être élu par le Parlement.

« Le monde irait mieux si nous allions mieux. C’est donc ce que nous devons faire. Je connais les faiblesses de l’Europe, mais je sais aussi que le continent serait extrêmement faible si l’UE n’existait pas », a conclu Jean-Claude Juncker.

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