Kiev commémore Babi Yar pour montrer son attachement aux valeurs européennes

A Babi Yar, le 30 septembre 2017. Photo Conseil européen

Donald Tusk, le président du Conseil européen, ainsi que les présidents allemand et hongrois ont participé à la commémoration du massacre de Babi Yar. En organisant une manifestation d’ampleur pour la première fois à cette occasion, l’Ukraine exploite le parallèle entre l’Allemagne nazie et la Russie contemporaine.

Les 29 et 30 septembre dernier ont marqué le 75ème anniversaire de Babi Yar. Au bord d’un ravin proche de Kiev, 33 771 Juifs avaient été assassinés par les nazis, aidés de collaborateurs locaux, en 1941. Au total, près de 100.000 Juifs, Tsiganes, communistes et prisonniers de guerre ont été assassinés à Babi Yar.

Prenant le premier la parole, le président ukrainien Petro Porochenko a rendu hommage aux victimes de l’holocauste nazi et aux «Justes», qui ont aidé ou protégés les juifs menacés de mort durant l’occupation allemande. Mais, s’adressant visiblement à ses invités de marque occidentaux et aux représentants de la communauté juive internationale, il s’est surtout attaché à tracer des parallèles entre la tragédie et le conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie.

«Si les dirigeants de certains pays fondent leurs actions sur la lutte pour la vérité historique, comme Hitler, qui aimait ainsi justifier ses crimes… Si le droit international est piétiné à nouveau par les bottes d’un agresseur … Si l’ONU actuelle rappelle parfois la Société des Nations d’alors … Si l’annexion de la Crimée se traduit dans la propagande russe allemande par Anschluss… Si tout est ainsi, alors où est la garantie que nous sommes à l’abri d’une répétition d’autres pages tragiques du passé récent ?» s’est interrogé le président ukrainien au cours de la cérémonie officielle, sur le lieu de Babi Yar.  S’adressant aux partenaires occidentaux de l’Ukraine, Petro Porochenko a martelé «Cela nous rappelle que laisser faire un agresseur ne fait qu’encourager son appétit (…) «La leçon de Babi Yar est un rappel du prix terrible payé pour le court-termisme politique et moral».

Certains historiens estiment que l’absence totale de réaction internationale au massacre de Babi Yar a encouragé Hitler à réaliser la «solution finale» du «problème Juif», dévoilé lors de la conférence de Wannsee quelques semaines plus tard en janvier 1942.

Le président du Conseil européen Donald Tusk, n’a fait qu’une allusion voilée à la Russie et au bombardement d’Alep, dans un discours plus mesuré. «Lorsque nous nous tenons en silence face à cet énorme charnier, nous devons nous rappeler qu’il est de notre devoir quotidien de crier de toutes nos forces et d’agir – toujours – lorsque les innocents sont tués, lorsque le fort attaque le faible, lorsque les enfants deviennent la cible des bombardiers et des roquettes».

Le président allemand Joachim Gauck a, lui, soigneusement évité toute polémique. Il s’est dit profondément attristé devant les «crimes abjects perpétrés par d’autres Allemands d’un autre temps», et a prononcé des mots agréables à Kiev : «Avec la fin de la Guerre froide, les Ukrainiens nous ont rappelé qu’ils ont leur place dans l’histoire européenne. Ils nous ont rappelé que l’Ukraine d’aujourd’hui et du futur a sa place dans la famille des nations en tant qu’État souverain, dont l’intégrité territoriale doit être respectée».

En marge de la cérémonie, un diplomate européen a confié à Euractiv que «Porochenko n’a pas pu s’empêcher de relier Babi Yar avec l’agression russe dans l’est du pays. Il s’efforce de rappeler que l’Ukraine est une victime et on peut le comprendre. C’est probablement parce qu’il ne trouve pas suffisamment de soutien en Europe qu’il a recours à cet exercice».

Parallèlement, le maire de Kiev Vitali Klitchko et plusieurs milliardaires juifs ukrainiens et russes ont annoncé un projet de construction d’un mémorial aux victimes du massacre, relançant une initiative plusieurs fois abandonnée au cours des 15 dernières années, à cause de résistance étatique et de divisions au sein de la communauté juive sur des projets concurrents.

L'Ukraine s'inquiète du soutien vacillant de l'UE

La vice-première ministre ukrainienne en charge des relations avec l’UE s’inquiète de voir le soutien européen faiblir. Mais le rythme poussif des réformes et la corruption contribuent à décourager les occidentaux.

 

 

Plus d'information

Conseil européen

Discours de Donald Tusk à Babi Yar, le 30 septembre 2016