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26/09/2016

Serbie et Croatie à couteaux tirés

Europe de l'Est

Serbie et Croatie à couteaux tirés

Miro Kovač ne pense pas que la Serbie pourrait intégrer l'UE avec ses "provocations".

Alors que la Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’UE, la Croatie pourrait bien doucher les espoirs de Belgrade. Encore une fois, le ton monte entre les anciens rivaux.

Le conflit des Balkans a pris fin il y a 21 ans, mais, aujourd’hui encore, les relations entre la Croatie et la Serbie sont tendues. Cet antagonisme se reflète dans le débat autour de l’entrée de la Serbie dans le bloc européen, une perspective que le plus récent État membre de l’UE ne voit pas d’un bon œil.

>> Lire : Belgrade et Zagreb n’arrivent pas à tourner la page

Le ministre des Affaires étrangères croate, Miro Kovač, a menacé de suspendre durablement les négociations pour l’intégration de la Serbie à l’UE. Si le pays continue ses provocations, « la Serbie ne sera jamais membre de l’UE », a-t-il assuré. Ces déclarations font suite à un événement apparemment sans importance, mais qui n’a pas manqué de jeter de l’huile sur le feu dans une atmosphère déjà électrique : un Croate a été arrêté en Serbie, sans motif visible. Les autorités serbes l’auraient confondu avec un homme portant un homonyme, recherché pour crime de guerre. La réponse de la Serbie ne s’est pas fait attendre.

Le ministre des Affaires étrangères serbe, Ivica Dačić, a déclaré que la Croatie était « la plus grande honte de l’UE ». Selon lui, la Croatie aurait banalisé  tous les crimes du mouvement [croate séparatiste] fasciste des Oustachis sous le régime du Troisième Reich et de l’Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, contribuant ainsi au génocide de groupes ethniques tels que les Serbes, les Juifs ou les Tsiganes. C’est pourquoi elle ne disposerait d’« aucun droit moral » pour menacer la Serbie, s’est insurgé le ministre serbe.

Depuis les élections présidentielles début 2015, la Croatie connaît effectivement un mouvement de radicalisation. Des vétérans sortent dans les rues en uniforme oustachi, et dans les stades le salut oustachi « Pour la patrie –Prêts ! » est scandé de plus en plus souvent. D’autres minorités se plaignent que l’État croate banalise son passé fasciste, et ne prend aucune mesure contre sa glorification.

>> Lire : Mince victoire des conservateurs aux présidentielles croates

Les facteurs mettant en péril l’entrée de la Serbie dans l’UE ne sont pas uniquement extérieurs. Au sein même de la population serbe, l’intérêt pour le bloc s’affaiblit, et pour la première fois auprès des jeunes. Une petite majorité de jeunes Serbes ne souhaitent plus faire partie de l’UE, selon un sondage effectué il y a deux semaines de l’Institut pour les affaires européennes, une ONG de Belgrade. 51 % des Serbes âgées entre 18 et 29 ans pensent que le pays devrait interrompre le processus d’intégration au bloc.

En outre, la Serbie ne répond toujours pas aux normes européennes dans de nombreux domaines. Belgrade serait notamment en retard dans le domaine du contrôle des finances, selon une analyse du Freedom House Index pour la Serbie. Selon cette étude, la corruption n’a pas diminué sur les dix dernières années et l’indépendance des juges et du système judiciaire laisse à désirer. Par ailleurs, la liberté de la presse n’est toujours pas garantie, même si le Premier ministre, Aleksandar Vučić, affirme le contraire. La Serbie est 59e dans le classement de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières, la violence contre les représentants des médias posant encore problème.