L’armée serbe va participer à la parade de Moscou

Défilé des troupes serbes devant Vladimir Poutine à Belgrade. Célébrations de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, octobre 2014. [Marko Vucicevic/Flickr]

La Serbie participera au défilé du 9 mai, journée de la Victoire à Moscou marquant le 70ème  anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon les autorités serbes, cela n’affecte en rien les efforts de la Serbie vers l’intégration européenne ni ses obligations à la tête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Un article d’EURACTIV Serbie.

Lors de cette célébration de la victoire des Alliés contre le nazisme, la Serbie sera représentée par son président, Tomislav Nikoli?, qui a également pris la décision d’inclure des membres des forces armées serbes au défilé de la place Rouge.

Selon Belgrade, sa participation au défilé est d’une importance historique, puisque le pays a grandement contribué à la victoire contre le fascisme, aux côtés de l’URSS.

Toutefois, cette décision a relancé le débat sur les priorités de la Serbie en matière d’Affaires étrangères, étant donné que le pays fait tout son possible pour adhérer à l’UE, et sur ses positions dans le contexte du conflit ukrainien. La plupart des chefs d’États et de gouvernements européens ont en effet décliné l’invitation de Moscou à assister à l’événement.

La participation des soldats serbes au défilé organisé par le Kremlin est donc en train de devenir un sujet particulièrement sensible.

>> Lire : L’UE ne veut pas interférer dans les relations entre Belgrade et Moscou

Selon le journal Blic, le ministre serbe des Affaires étrangères aurait conseillé au président de ne pas faire participer l’armée serbe à la cérémonie, et si l’État-major décidait de s’y rendre, d’y intégrer plutôt des vétérans de la Seconde Guerre mondiale.

Un appel resté lettre morte puisque le commandant en chef des forces armées et Tomislav Nikoli? ont décidé le 6 avril de faire participer leurs soldats à l’évènement. Ainsi, 75 membres des forces armées serbes sont partis pour la cérémonie, dont la plupart fait partie de la Garde d’élite.

Au même moment, le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Da?i?, participera à la journée de la Victoire à Kiev le 9 mai.

Selon la presse de Belgrade, une fanfare de l’armée serbe participera à la parade qui aura lieu dans la capitale ukrainienne à l’occasion de la journée de la réconciliation et du souvenir.

La Serbie soutient l’intégrité et la souveraineté territoriale de l’Ukraine, mais maintient en même temps des liens politiques et économiques très forts avec la Russie. Belgrade ne s’est d’ailleurs pas jointe aux sanctions que l’UE a imposées à la Russie dans le contexte de la crise ukrainienne.

Pas d’objection officielle de Bruxelles.

Même si l’UE n’a pas officiellement formulé d’objections, les critiques vis-à-vis de la décision de Tomislav Nikoli? risquent de fuser à Bruxelles.

Le 7 avril, le chef de la délégation de l’UE en Serbie, Michael Davenport, a déclaré qu’il revenait à la Serbie de décider à quel rassemblement elle participait et comment. « Cette décision est une décision nationale. C’est à la Serbie de déterminer à quel rassemblement elle participe, et cela vaut également pour le défilé à Moscou », a déclaré Michael Davenport aux journalistes.

Eduard Kukan, chef du groupe parlementaire pour la Serbie au Parlement européen, a pour sa part déclaré le 7 avril que la décision du président serbe était contraire aux déclarations d’engagement du pays dans le processus d’intégration de l’UE. Dans un communiqué de presse, Eduard Kukan a également souligné que « dans la situation actuelle, une telle décision pouvait devenir un geste politique significatif ».

>> Lire : La Serbie mise sur la solidarité avec l’UE face à l’embargo russe

Le 8 avril, le ministre des Affaires étrangères a affirmé que les autorités serbes n’avaient pas reçu « d’informations » de l’UE pour que l’armée serbe ne participe pas à la parade.

« Cela n’affecte en aucun cas nos efforts envers l’intégration européenne ni nos obligations en tant que pays présidant l’OSCE », a estimé Ivica Da?i?. « Cela ne reflète pas du tout nos orientations. Ce que nous voulons, c’est célébrer la victoire contre le fascisme. Et nous avons donné beaucoup de vies humaines pour cela. »

Pour certains experts, même si l’UE n’a pas pris de mesures spécifiques contre la décision serbe, elle ne verra pas d’un bon œil sa participation à l’évènement russe.

Relations avec les États-Unis

En parallèle, le vice-président Joseph Biden a invité le Premier ministre Aleksandar Vu?i?, l’homme politique le plus influent de Serbie, à se rendre aux États-Unis.

Le voyage aurait lieu fin mai ou début juin. Joseph Biden soutiendra surement Aleksandar Vu?i? et son gouvernement, mais donnera clairement son opinion sur la relation que la Serbie entretient avec la Russie, et lui dira ce que réclament les États-Unis à ce sujet.

Le fait que Moscou invite Tomislav Nikoli? et que Washington invite Aleksandar Vu?i? s’inscrit dans la perception habituelle de la proximité des leaders politiques serbes avec l’une ou l’autre des puissances mondiales. Ces évènements ne devraient cependant pas être interprétés comme une fracture trop sérieuse.

Aleksandar Vu?i? est si influent que même si le président voulait apporter un soutien plus ferme à Moscou, il ne pourrait pas le faire sans le soutien de son Premier ministre. Rejoindre le camp russe n’est possible que si la décision est soutenue par le gouvernement.

Dans ces déclarations, Aleksandar Vu?i? insiste fortement sur la voie européenne empruntée par la Serbie. Une position soutenue par Tomislav Nikoli?, mais avec moins d’enthousiasme.