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19/01/2017

L’UE lance un groupe de travail pour contrer la propagande russe

Europe de l'Est

L’UE lance un groupe de travail pour contrer la propagande russe

Les services de Federica Mogherini accueilleront le groupe de travail. [Reuters]

Un groupe composé de huit fonctionnaires européens va plancher sur les moyens de contrecarrer la propagande massive de Moscou, qui vise autant les Russes que le reste du monde. 

La porte-parole de la Commission européenne, Catherine Ray, a confirmé le 27 août que le groupe commencerait à travailler à partir du 1er septembre. Au début, le groupe de travail sera constitué de huit fonctionnaires. Aucun budget ne lui a été alloué, et plusieurs membres de ce groupe sont des experts nationaux payés par leur pays.

Lors de leur rencontre du 19 et 20 mars, les dirigeants européens ont donné à Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, trois mois pour trouver une manière de soutenir la liberté de la presse et les valeurs européennes en Russie.

>> Lire : L’UE manque d’armes face à la propagande du Kremlin

« Le Conseil européen a insisté sur la nécessité de contrecarrer l’actuelle campagne de désinformation de la Russie et a invité la haute représentante, en coopération avec les États membres et les institutions européennes, à préparer d’ici à juin, un plan d’action sur la communication stratégique. Dans ce contexte, la première étape est la constitution d’une équipe de communication », précisent les conclusions du sommet. 

Les efforts de l’UE semblent disproportionnés par rapport à la machine de propagande russe (voir « Contexte »), mais l’UE ne veut pas s’engager dans une confrontation de type guerre froide avec la Russie, expliquent des responsables européens.

À l’origine, les plans de l’UE pour bloquer la propagande russe consistaient à mettre en place un « chaine télé européenne russophone », mais les institutions de l’UE se sont distancées de cette initiative, pour la laisser entre les mains des États membres désireux de la mettre en place.

>> Lire : La Lettonie prépare une chaîne télé en russe pour contrer la propagande de Moscou

Les Pays-Bas ont commandité une étude de faisabilité sur des initiatives médias liées à la langue russe. Cette étude a été menée grâce au Fonds européen pour la démocratie, une initiative européenne pour promouvoir la démocratie dans le voisinage de l’UE. Néanmoins, l’étude de faisabilité a davantage servi de point de départ pour les discussions que pour réaliser des projets concrets.

Cela n’a pas empêché la Russie d’accuser l’UE et les États-Unis de « vouloir dépenser des sommes astronomiques dans des guerres de l’information en langue russe ». En réalité, l’UE n’a pas dépensé un centime dans de telles campagnes, et le groupe de travail a été créé au sein du SEAE sans aucun budget attribué. 

Des responsables européens ont expliqué à EurActiv que le groupe analysera la propagande russe et le besoin de journalistes dans les pays du Partenariat oriental, soit l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorusse, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Les experts seront disposés à communiquer et à délivrer des formations journalistiques, une activité dans laquelle la Commission est déjà engagée.

Dans les pays du Partenariat oriental, les médias qui proposent des versions en russe pourront aussi obtenir de l’aide, afin d’atteindre les russophones.

Les experts n’ont toutefois pas pu dire si la nouvelle force de travail examinera les radiodiffuseurs russes enregistrés au Royaume-Uni ou en Suède et ciblant le public des Pays baltes. Les autorités de régulation des médias dans ces pays de l’UE ont jusqu’à présent fermé les yeux sur ces activités.

La Lettonie s’est quant à elle demandé s’il était normal qu’une chaine de télé russe ciblant son marché interne soit enregistrée au Royaume-Uni ou en Suède, et si de telles pratiques étaient conformes à la Directive « services des médias audiovisuels ».

>> Lire : La Lettonie dénonce la propagande russe sur son territoire

Contexte

La télévision nationale russe, sous la coupe de l'État, a décrit l'insurrection prorusse dans l'est de l'Ukraine comme une réaction spontanée au coup d'État des nationalistes ukrainiens à Kiev. L'Occident accuse Moscou d'alimenter les combats en fournissant des armes et des soldats, ce que le Kremlin nie.

Les télévisions financées par le gouvernement russe, diffusées en anglais, en espagnol, en arabe, en allemand et en français, comme RT, ne cessent d'élargir leur champ d'action et atteignent un public toujours plus nombreux dans les pays membres. Après la Guerre froide, de nombreux radiodiffuseurs occidentaux ont réduit leur offre en russe.

En novembre dernier, la Russie a lancé un groupe média très performant, constitué de centaines de journalistes envoyés à l'étranger afin de détourner ce qu'elle qualifie de propagande occidentale agressive. Faisant écho à la Guerre froide, il se nomme Sputnik.