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24/01/2017

La crise avec l’EI force l’UE à se rapprocher de la Russie

Europe de l'Est

La crise avec l’EI force l’UE à se rapprocher de la Russie

Jean-Claude Juncker, 15 octobre [Commission]

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, rejoint François Hollande et défend l’idée d’un rapprochement avec la Russie pour combattre l’État islamique.

Le 18 novembre, Jean-Claude Juncker a participé à un débat organisé par l’hebdomadaire français l’Obs et les quotidiens belges Le Soir et De Standaart au Bozar, à Bruxelles. Ses réponses aux questions des modérateurs et du public ne dissimulaient pas son opinion personnelle.

« Comme François Hollande, qui est européen, je considère l’État islamique comme l’ennemi numéro un de l’Europe. Nous devrions donc utiliser tous les moyens possibles pour mettre un terme à cette barbarie galopante », a-t-il déclaré.

Davantage d’ouverture d’esprit

Le président de la Commission a confié qu’il pensait souvent aux derniers jours du président Charles de Gaulle, qui écrivait dans ses mémoires : « vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ».

« L’Orient est toujours compliqué et nos idées sont restées simples. Nous devrions éviter de porter des jugements hâtifs », assure-t-il, défendant une politique occidentale plus ouverte d’esprit en ce qui concerne le conflit syrien, le Moyen-Orient et la Méditerranée en général.

Cela signifie-t-il que l’Occident devrait négocier avec le président Bachar Al-Assad ? « Les grandes nations, les États-Unis, la Russie et l’Europe, devraient collaborer dans leur lutte contre le fléau que représente l’État islamique », a-t-il répondu.

« Nous devrions mettre de côté tous les problèmes que nous avons entre nous, afin de nous concentrer ensemble sur ce défi principal. Si nous ne parvenons pas à gérer cette situation ensemble, l’Europe sera au bord de l’abîme », estime le président de la Commission. « Ce serait la fin. »

Quant à l’avenir de Bachar Al-Assad, il fait remarquer qu’il serait aussi faux de penser qu’il pouvait y avoir une solution avec lui que de penser qu’il peut y avoir une solution sans lui.

« Une coalition d’un nouveau genre »

Le président de l’exécutif européen s’est félicité des visites aux États-Unis et en Russie prévues par François Hollande, qui tente de former « ne coalition d’un nouveau genre ».

Vladimir Poutine, le président russe, est-il donc à nouveau un allié de l’Europe ? « [Vladimir] Poutine est le président russe. Il ne peut y avoir d’architecture de la sécurité en Europe sans une participation accrue de la Russie », assure-t-il.

Au moment même où Jean-Claude Juncker s’adressait au public du Bozar, la télévision russe a diffusé une vidéo qui montre Vladimir Poutine ordonner à ses généraux de coopérer avec les forces françaises en Syrie comme avec des alliés.

L’Europe peut-elle mener une double politique : punir la Russie pour son rôle dans la crise ukrainienne tout en étant son allié dans le contexte syrien ? Jean-Claude Juncker indique que l’UE a imposé des sanctions parce qu’il n’y avait pas d’autre solution. « Cela ne devrait pas nous empêcher de coopérer avec la Russie dans d’autres domaines », ajoute-t-il.

Le président de la Commission a également répondu à des questions sur la nécessité de mettre en place un service de renseignement européen, une idée développée par l’intervenant qui l’a précédé, le leader l’ALDE, Guy Verhofstadt.

>> Lire : Guy Verhofstadt condamne l’échec de l’UE en matière de renseignement

Jean-Claude Juncker s’est déclaré en faveur d’une agence de renseignement européenne, avant d’ajouter qu’« une certaine conception de l’État et l’absence d’une certaine idée de l’Europe empêchent la coopération des services de renseignement ».

L’ancien Premier ministre du Luxembourg a rappelé que lors des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les dirigeants des pays de l’UE ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils devraient améliorer la coopération entre leurs services de renseignement.

Et d’ajouter, non sans une certaine ironie, « et voilà qu’on nous dit aujourd’hui qu’il faut que les services de renseignement coopèrent mieux qu’avant ».

Étant donné les connexions belges des attentats de Paris, la Belgique est-elle réellement le maillon faible de la sécurité européenne, comme l’estiment certains ? « La Belgique est l’un des maillons faibles, mais pas le maillon faible », a-t-il répondu.

>> Lire : L’Europe dispose-t-elle du cadre adéquat pour faire face au défi terroriste ?

L’Europe est-elle en guerre ?« Nous ne devons pas donner de réponses simples à des questions complexes », a-t-il immédiatement réagi. « Des actes de guerre ont eu lieu sur le sol européen », a-t-il répété, alors que la question lui était posée à plusieurs reprises.

>> Lire : La France veut des mesures européennes de lutte contre le terrorisme

Un soutien fort à la France

Jean-Claude Juncker a adopté une attitude généreuse face au possible assouplissement des attentes budgétaires de la Commission vis-à-vis de la France après les attentats. La gestion des comptes publics « n’est même pas [une question] secondaire », après les attentats, assure-t-il.

François Hollande a annoncé que les forces policières et militaires seraient renforcées de 8 500 personnes et que la lutte contre le terrorisme nécessiterait des fonds supplémentaires, qui ne doivent pas être considérés comme des dépenses ordinaires.

Depuis son entrée en fonction, l’équipe du président français assure que les dépenses militaires françaises liées à la lutte contre le terrorisme au Mali, en République centrafricaine et en Syrie ne devraient pas entrer en compte dans l’évaluation du déficit budgétaire de la Commission.

Jean-Claude Juncker semble aujourd’hui prêt à adopter une position similaire, tout comme le commissaire aux affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.

>> Lire : La France veut mettre fin à l’attentisme des autres pays européens à l’international

Le président de la Commission a semblé soutenir tous les éléments du discours donné par François Hollande le 16 novembre, à l’occasion d’une session commune des deux chambres du parlement.

>> Lire : La France « en guerre » invoque la clause de défense mutuelle de l’UE

La question des libertés civiles semble être le seul point sur lequel le président de la Commission a des réserves. François Hollande a notamment proposé une révision de la Constitution française. « Après le 11 septembre, Washington a pris des mesures immédiates excessives, il faut opposer au terrorisme la force et la raison. Les libertés publiques font partie notre façon de vivre, les terroristes ne doivent pas avoir le droit de la modifier », soutient-il.

Il n’a cependant pas dirigé ce conseil directement au président français. « François Hollande n’a pas exagéré, il n’a pas organisé d’attentat sur les libertés publiques », a-t-il souligné.

EurActiv a demandé à Jean-Claude Juncker son avis sur la déclaration du Premier ministre slovaque, Robert Fico, qui a indiqué que les Musulmans seraient mis sous surveillance en Slovaquie.

Les réfugiés qui arrivent en Europe fuient les mêmes personnes qui ont orchestré les attentats barbares à Paris, a-t-il rappelé. « Je refuse cet amalgame entre les réfugiés, les malheureux demandeurs d’asile et les terroristes. Il n’y a rien en commun entre eux et personne ne devrait se servir d’une rhétorique simpliste pour créer une confusion. Surtout, nous ne devons absolument pas nous remettre à faire de distinction en fonction de la religion. Les religions doivent être un facteur d’unité. Je récuse les déclarations de tous ceux qui montrent du doigt ceux qui n’ont pas la même foi que la majorité des Européens. »

>> Lire : Les attentats de Paris renforcent le sentiment anti-réfugiés

Pas de Brexit

« Il n’y aura pas de Brexit », a martelé a trois reprises le président de la Commission, suite à une question du public.

Jean-Claude Juncker a courageusement répondu à toutes les questions, mais semblait fatigué. À la fin de son intervention, l’éditrice en chef du Soir, Béatrice Delvaux, lui a demandé s’il tenait le coup physiquement.

« Oui, je tiens le coup, parce que l’Europe est le grand amour de ma vie », a-t-il répondu, dans un moment chargé d’émotion. Cette déclaration a été accueillie par un tonnerre d’applaudissement.