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22/01/2017

La diplomatie américaine responsable de la fermeture de l’OSCE à Baku

Europe de l'Est

La diplomatie américaine responsable de la fermeture de l’OSCE à Baku

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Panorama, Armenia

EXCLUSIF/ L’Azerbaïdjan a donné un mois au bureau de l’OSCE à Baku pour fermer boutique. Une réaction aux critiques liées au non-respect des droits de l’Homme dans le pays, selon les médias occidentaux, tandis que des diplomates mettent en cause l’ingérence américaine. 

« Le gouvernement de la république d’Azerbaïdjan informe l’OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe] qu’elle ne voit plus de raison aux activités du Coordinateur de projet de l’OSCE à Baku », peut-on lire dans une note diplomatique présentée officiellement au siège de l’organisation à Vienne. Le bureau du coordinateur de projet a donc un mois pour fermer, ce qui correspond au 4 juillet, jour de l’indépendance aux États-Unis.

Un article publié par Radio Free Europe parle d’une décision survenue dans le contexte des vives critiques exprimées par les organismes de surveillance des droits de l’Homme et responsables occidentaux. Ces critiques visent la position de Baku sur la société civile et la liberté de presse.

Ingérence américaine?

Des diplomates occidentaux à Baku et au siège de l’OSCE à Vienne ont pourtant raconté une toute autre histoire à EurActiv. Selon eux, si quelqu’un est responsable de la fermeture du bureau en Azerbaïdjan, ce sont les diplomates américains, qui tenteraient d’imposer un changement de régime à Baku, soutiennent nos sources diplomatiques.

Ces sources concordent sur plusieurs points. La mission de l’OSCE à Baku, mise en place en 2000, a fait face à des difficultés lors du mandat de l’ancien ambassadeur de l’organisation, le Turc Koray Targay. Entre juillet 2012 et juillet 2013, celui-ci aurait fait des remarques très critiques vis-à-vis du gouvernement, sous pression des États-Unis, selon certains.

Interférences

À l’été 2013, les membres de la mission de l’OCSE auraient participé à une manifestation d’opposition au gouvernement non autorisée. Les membres de la mission peuvent observer ce type d’événement, mais seulement à distance, et ne sont donc pas censés y prendre part.

Suite à cet incident, les autorités azéries ont annoncé leur intention de fermer le bureau de l’organisation. Les missions de l’OSCE sont en effet ouvertes à l’invitation du pays d’accueil.

L’Ukraine et la Turquie sont alors intervenues et sont parvenues à sauvegarder la mission, qui a néanmoins dû se pourvoir d’un nouveau mandat. Ce nouveau mandat a été adopté en juillet 2013 et un nouvel ambassadeur, le Français Alexis Chahtahtinsky est arrivé en mars 2014.

Le bureau de la mission est ainsi devenu un bureau « du coordinateur de projet de l’OCSE », qui n’a pas le droit de faire de déclarations politiques. Selon la page Internet du bureau du Coordinateur de projet, toujours en ligne, ses priorités sont « d’assister l’Azerbaïdjan dans la concrétisation progressive de ses engagement à l’OCSE : la lutte contre le terrorisme, la promotion de la tolérance religieuse en Azerbaïdjan, l’amélioration de la coopération entre institutions gouvernementales et organisations de la société civile dans les domaines de la lutte contre le trafic d’êtres humains et de la violence domestique, et la promotion des projets de bonne gouvernance ».

Le nouvel ambassadeur semble avoir respecté strictement ce mandat et s’est abstenu de faire des déclarations politiques et de critiquer les autorités. L’ambassadeur américain à Vienne, Daniel B. Baer souhaitait pourtant voir l’OCSE jouer un rôle plus politique dans la région et renforcer la stratégie américaine qui veut voir un changement de régime à Baku, comme en Ukraine ou en Géorgie.

Selon nos sources diplomatiques, les pressions exercées par Londres et Washington envers la France et le secrétaire général de l’OSCE, Lamberto Zannier, se sont renforcées à Vienne. L’OSCE n’a dont pas renouvelé le contrat de son ambassadeur en Azerbaïdjan, qui expirait le 31 mai dernier.

Selon les informations qu’a pu obtenir EurActiv, les autorités azéries ont vu dans cette décision le message que si le successeur d’Alexis Chahtahtinsky travaillait de la même façon que lui, il serait également renvoyé. Cela inciterait le prochain ambassadeur de l’organisation à violer son mandat politiquement neutre, une position inacceptable pour Baku, qui a dont choisi de fermer la mission.

Avant même que ne se déroulent ces événement, l’Azerbaïdjan aurait officiellement informé le siège de l’OSCE à Vienne que la pression américaine sur sa mission azérie se faisait plus intense.

Instrumentalisation d’une politique étrangère

« Des personnes issues des services spéciaux utilisent l’OSCE pour l’instrumentalisation d’une politique étrangère utilisant les droits de l’Homme comme prétexte à un changement de régime. Cette technique ne fonctionne pas en Azerbaïdjan, un pays en guerre avec l’un de ses voisins », a déclaré un diplomate. L’Azerbaïdjan est en effet en conflit ouvert avec l’Arménie en ce qui concerne la région du Haut-Karabagh.

Le mandat de la mission de l’OSCE à Baku ne lui permettait pas d’aborder ce conflit, dont la médiation est entre les mains du « groupe de Minsk », un autre organe de l’organisation.

« Plus les Américains critiquent l’Azerbaïdjan, plus ce pays se rapprochera de la Russie. Est-ce vraiment ce que souhaite Washington ? », s’interroge un diplomate. Selon lui, l’Azerbaïdjan n’est pas un pays parfait, mais par définition aucun pays ne l’est. La situation ne s’améliorera que via une évolution, et non une révolution, ajoute-t-il.

Riche en gaz et en pétrole, Baku n’a en fait aucune envie de trop se rapprocher d’un superpouvoir ou de l’autre, ni de s’associer avec l’UE. Le pays préfère en effet servir de pont entre l’Europe et l’Asie et entre les mondes chrétien et islamique.

Réactions

L'ambassadeur des États-Unis auprès de l'OSCE, Daniel B. Baer, a fait une déclaration à EurActiv le 8 juin. Il y qualifie la fermeture du bureau de Baku de « très décevante » et encourage le gouvernement azéri à reconsidérer sa décision.

« Je voudrais souligner que la réaction publique précoce à la nouvelle que l'Azerbaïdjan souhaitait mettre un terme au Protocole d’accord [qui permet l'existence du bureau] pour fermer le bureau du coordinateur de projet de l'OSCE était prévisible et regrettable. Les observateurs interprètent la décision du gouvernement azéri dans le cadre d'un durcissement plus général et d’un recul considérable du pays en ce qui concerne ses engagements et obligations internationaux, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'OSCE, ni pour la sécurité dans la région, ni pour le peuple et le gouvernement azéri », conclut-il.

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