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27/08/2016

La Douma russe inflexible sur l’accord gazier avec l’Ukraine

Europe de l'Est

La Douma russe inflexible sur l’accord gazier avec l’Ukraine

Alexei Pouchhkov, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre basse du Parlement russe

La Russie doit arrêter de négocier avec l’Ukraine sur le gaz, selon Alexei Pouchkov, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre basse du Parlement russe. Gazprom ne livrera plus que le gaz payé à l’avance.

Alexei Pouchkov a déclaré sur la télévision Rossia 24 que les autorités ukrainiennes intensifiaient « le degré d’agression » envers la Russie. Selon ?le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre basse du Parlement russe, les négociations ne peuvent pas se poursuivre dans de telles circonstances.

Des manifestations à Kiev contre l’ambassade russe ont pris une tournure violente le 16 juin. Les séparatistes prorusses avaient en effet auparavant abattu un avion ukrainien aux alentours de Louhansk, qui causa la mort de 49 soldats ukrainiens. Une vidéo montre d’ailleurs le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Deshchytsia, qualifiant le président russe de « connard ».

Ces propos ne sont pas de bons augures pour les négociations qui visent à éviter une nouvelle crise gazière entre Moscou et Kiev.

L’Ukraine et la Russie ont tenté en dernière minute le 15 juin d’obtenir un accord sur les différends relatifs au prix du gaz de Kiev. Le Kremlin a ensuite fixé une date butoir avant laquelle Kiev doit s’acquitter d’une dette de 1,95 milliard de dollars, au risque de connaître une rupture d’approvisionnement en gaz.

Arrêt des livraisons

Gazprom vient d’annoncer le 16 juin à 10 heures que l’Ukraine n’avait pas réglé une partie de sa dette gazière à l’échéance.

En conséquence, la compagnie ukrainienne Naftogaz devra désormais payer à l’avance ses importations de gaz a exigé la compagnie russe. Cette décision pourrait provoquer des tensions politiques entre les forces gouvernementales et les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine.

La compagnie russe, qui jouit du monopole dans l’exportation de gaz, a déclaré que cette décision était « pleinement en conformité » avec le contrat existant.

« La décision a été prise, car “Naftogaz Ukraine” ne s’acquitte pas régulièrement de ces paiements ». Les dettes restantes de la compagnie ukrainienne vis-à-vis de la livraison de gaz russe s’élèvent à 4,458 milliards de dollars : 1,451 milliards de dollars pour la période allant de novembre à décembre 2013 et 3,007 milliards de dollars pour celle courant d’avril à mai 2014.

« Aucun paiement n’a été reçu selon la facture préliminaire pour les livraisons de gaz en juin. À compter de ce jour, la compagnie ukrainienne ne recevra que le gaz russe qu’elle a payé »; peut-on lire dans le communiqué.

La Commission visait le compromis

La Commission européenne avait pour sa part publié un compromis dans la nuit du 15 au 16 juin. Elle proposait que l’Ukraine s’acquitte du paiement d’un milliard de dollars.

Aussi, proposait-elle, le reste des factures impayées devrait être réglé dans les six mois suivants. De telle sorte, Kiev aurait pu rembourser ses dettes avant la fin de l’année. Selon cette proposition, le prix du gaz à l’avenir pourrait se situer entre les tarifs d’hiver et d’été. Ce compromis prévoit différents prix en fonction des saisons : 385 dollars pour 1000 mètres cubes en hiver et environ 300 dollars en été.

L’Ukraine était prête, mais le refus de la Douma russe révèle l’échec de la tentative européenne.

La consultation trilatérale de ce week-end regroupait le commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger ; le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk ; Youri Prodan, le ministre ukrainien de l’Énergie; Andrii Kobolev le PDG de Naftogaz et Alexey Miller, le PDG de Gazprom.

Contexte

Gazprom, géant gazier russe qui détient le monopole en Russie, vend son gaz aux États membres dans le cadre d'accords bilatéraux confidentiels.

L'évolution de la crise ukrainienne illustre la manière dont Gazprom utilise le prix du gaz comme levier politique.

L'Ukraine avait l’habitude de payer 400 dollars les 1000 mètres cubes en vertu de l'accord signé sous la houlette de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko en 2009.

Quand l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch avait refusé de signer l'accord d'association avec l'Union et s'était tourné vers la Russie à la place, Gazprom avait alors baissé le prix du gaz destiné à l'Ukraine à 268,50 dollars par mille mètres cubes. Le prix de départ a toutefois ensuite été réintroduit en février.

L'Ukraine a insisté pour que le prix soit de 268,50 dollars alors que la Russie campe sur sa demande de 485 dollars. La Commission européenne tente de trouver un accord entre les deux camps.

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