La France hésite à inclure la Russie dans sa coalition contre l’EI

Hollande et Obama à la Maison Blanche le 24 novembre [Présidence française]

Initialement défendue par la France, l’inclusion de la Russie dans la coalition internationale contre l’État islamique a été remise en question lors de la visite de François Hollande à Washington. 

François Hollande s’est rendu à Washington après avoir rencontré son homologue britannique et avant de rencontrer de la même manière les dirigeants allemand, russe et italien.

La France est à l’origine d’un rapprochement avec la Russie, puisque les forces armées des deux pays ont bombardé conjointement les cibles de l’État islamique en Syrie et que le président russe a ordonné à ses généraux de traiter les Français comme des alliés.

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Ce rapprochement a bénéficié du soutien du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, mais a été contesté par certains États membres, qui considèrent qu’établir des relations plus étroites avec la Russie est inapproprié tant que la crise ukrainienne n’est pas résolue.

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Lors d’une conférence de presse avec François Hollande, Barack Obama a déclaré que la Russie ne se joindrait à la coalition occidentale en Syrie que sous certaines conditions.

« La Russie pourrait en effet jouer un rôle plus constructif si elle concentrait davantage ses frappes sur l’État islamique », a déclaré Barack Obama, en mettant l’accent sur le mot « si ». Une résolution de la crise nécessite « une transition politique loin d’al-Assad », a ajouté le président américain.

Barack Obama et François Hollande ont tous deux insisté pour que le président syrien Bashar al-Assad se retire dans le cadre de tout accord politique mettant fin à quatre années de guerre civile, qui ont permis l’essor de l’État islamique. Ils ont également appelé les Russes à cesser de bombarder les forces de l’opposition soutenues par l’Occident et à concentrer leur puissance de feu sur Daech.

À Washington, François Hollande a déclaré que Bashar al-Assad n’avait « pas sa place » dans la transition politique de la Syrie. « Puisqu’il était le problème, il ne peut pas être la solution », a-t-il ajouté.

Barack Obama a suivi, estimant que tant qu’il n’y aurait pas de « changement stratégique » à ce sujet, la coopération avec la Russie serait « très difficile ».

C’est toutefois le 24 novembre que les efforts de la France pour mieux coordonner l’action contre l’État islamique ont essuyé leur plus grand revers, lorsque la Turquie a abattu un avion militaire russe près de sa frontière avec la Syrie. L’incident a eu lieu juste avant que François Hollande ne rencontre Barack Obama.

Messages à l’UE

Dans un message adressé à l’UE, Barack Obama a fait référence à la réticence de l’Union pour partager ses informations sur les données des passagers aériens. « Je discute avec nos partenaires européens depuis un certain temps déjà de la nécessité d’un meilleur partage des renseignements, des dossiers passagers, pour s’assurer que lorsque quelqu’un entre en Europe, et particulièrement maintenant, l’information soit rapidement partagée à travers plusieurs frontières », a-t-il commenté.

Barack Obama a également fait savoir que, contrairement à l’UE, les États-Unis n’acceptent des réfugiés qu’après des vérifications poussées pour s’assurer qu’ils ne représentent pas une menace terroriste.

Soutien en demi-teinte de l’OTAN envers la Turquie

Pendant ce temps à Bruxelles, les ambassadeurs de l’OTAN ont appelé Ankara à faire preuve de calme suite à une réunion d’urgence concernant la frappe de l’avion russe.

Les diplomates présents à la réunion ont déclaré à Reuters qu’aucun des 28 envoyés de l’OTAN n’avaient défendu les actes de la Russie, mais que beaucoup s’inquiétaient du fait que la Turquie n’ait pas escorté l’avion russe en dehors de ses frontières.

« Il y a d’autres moyens de régler ce genre d’incidents », a affirmé un diplomate, sous couvert d’anonymat.

« Nous considérons que les actions de l’aviation turque comme un acte inamical », a déclaré le ministre russe de la Défense le mardi 24 novembre dans un communiqué où il explique qu’il a envoyé une protestation officielle à l’attaché militaire de la République turque.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a quant à lui déclaré qu’il ne se rendrait pas en Turquie le 25 novembre, comme cela était prévu.

S’adressant aux journalistes dans la ville de Sochi, le ministre a conseillé aux Russes de ne pas voyager en Turquie et a affirmé que la menace terroriste y était tout aussi importante qu’en Égypte, où un avion russe s’est écrasé suite à l’explosion d’une bombe le mois dernier.

Le Président russe, Vladimir Poutine, a souligné que l’avion russe ne représentait aucune menace pour la Turquie.

L’agence de tourisme nationale, Rostourism, a prévu de suspendre les ventes de voyages organisés en Turquie après que l’avion de combat russe a été abattu, a rapporté l’agence de presse RIA.

D’autres contremesures pourraient suivre, notamment la révision complète des relations entre la Turquie et la Russie, et l’annulation, ou du moins la suspension, du projet de gazoduc Turkish Stream, a déclaré l’analyste russe Dmitri Trenin au Guardian.