La Gay Pride risque de nouveau d’être annulée en Ukraine

Manifestants LGBT en Ukraine. [Amnesty International]

La seconde Gay Pride de l’histoire de l’Ukraine, prévue samedi 6 juin, risque d’être annulée. A moins que la police ne s’engage à protéger les manifestants.

La Gay Pride ukrainienne pourrait être annulée par une décision judiciaire, si le maire de Kiev, Vitali Klitschko, le demande.

C’est en effet à la police de Kiev d’assurer la sécurité des militants pour les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT), qui souhaitent manifester le 6 juin.

« Sans cette protection, ils se feront tuer. Ce sera un massacre », avertit Bogdan Ovcharuk, d’Amnesty International.

La première, et jusqu’à présent l’unique, manifestation pour les droits des LGBT en Ukraine avait été la cible d’attaques homophobes à Kiev, en 2013.

Environ 1 000 policiers avaient alors protégé une centaine de manifestants et arrêté 13 personnes qui tentaient de les intimider.

Selon Bogdan Ovcharuk, les contre-manifestants, soit environ 1 000 personnes, représentaient un mélange de groupe d’extrême-droite, de fans de football et d’organisations religieuses. Les activistes LGBT ont été protégés et encerclés par des policiers, ce qui devra se passer si la Gay Pride a lieu cette année.

En 2014, la manifestation avait été annulée par le maire de Kiev, Vitali Klitschko qui considérait un tel « évènement de divertissement » inapproprié en raison de la crise politique. De plus, la police n’avait donné aucune garantie de protection pour les activistes LGBT.

Pression de l’UE

Cette année, Amnesty International fait pression sur la mairie et sur la police pour que la Gay Pride soit maintenue. L’ONG a appelé l’Union européenne à exercer une pression politique pour que la manifestation ait bel et bien lieu.

« La première fois, l’évènement avait eu lieu grâce à la pression européenne », a reconnu Bogdan Ovcharuk.

>>Lire aussi : Les droits sexuels intègrent la politique européenne de développement

La réunion qui devait avoir lieu jeudi dernier avec la police pour parler de la manifestation de cette année a été repoussée à cette semaine. Le 1er juin était un jour férié en Ukraine, ce qui veut dire que, désormais, le temps est compté pour obtenir les garanties nécessaires.

« Personne ne sait si la Gay Pride aura lieu », a insisté Bogdan Ovcharuk.

Selon lui, le petit groupe de manifestants ne fera pas d’apparition s’ils ne sont pas sous la protection de la police. En revanche, si leur sécurité est garantie, 60 à 100 activistes sont attendus.

« La police peut et doit assurer la sécurité, pas seulement des manifestants LGBT, mais de toutes les personnes qui veulent se réunir de manière pacifique, y compris les contre-manifestants », a-t-il estimé.

L’homophobie est encore largement répandue en Ukraine. Selon un Européen originaire de l’Ouest de l’UE travaillant à Kiev, toute personne tenant la main d’une personne de même sexe en public risque de se faire agresser. Il a déclaré qu’il ne serait pas surpris de voir certaines personnes prendre une journée de congé pour essayer de mettre un terme à la manifestation.

Exemption de visa

Dans le cadre des négociations avec l’UE sur le régime d’exemption de visa, l’Ukraine doit adopter certaines lois. La garantie d’un traitement équitable sur le lieu du travail pour les personnes LGBT fait partie des mesures exigées par l’UE.

>> Lire : Les droits des homosexuels s’invitent dans les négociations entre l’UE et l’Ukraine

« À ma connaissance », a déclaré Bogdan Ovcharuk, « c’est la seule loi qui n’a pas été soutenue par le parlement ».

Même si l’homosexualité est légale en Ukraine, en 2012 les députés ont adopté en première lecture un projet de loi visant à interdire la promotion de l’homosexualité.

En mai, la Commission européenne a déclaré qu’un rapport sur l’Ukraine indiquait que le pays se conformait de mieux en mieux aux normes européennes, nécessaires pour permettre à ses citoyens d’entrer dans des États de l’UE pour des courtes périodes et sans visa.

« L’évaluation montre que, malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles se trouve l’Ukraine actuellement, les progrès réalisés […] sont notables », a affirmé la Commission dans un communiqué.

Contexte

La première manifestation pour les droits des LGBT en Ukraine a eu lieu en 2013. Celle qui devait avoir lieu l'année dernière a été annulée car la police a refusé de garantir la protection des manifestants face aux agresseurs homophobes. Cette année, la manifestation risque d'être annulée pour les mêmes raisons.

L'homophobie est largement répandue en Ukraine, mais les droits des LGBT sont une condition pour que l'Ukraine obtienne un régime sans visa avec l'UE.

L'aboutissement à la libéralisation des visas est un objectif que les gouvernements russe, ukrainien, moldave, géorgien, arménien et azerbaïdjanais placent parmi leurs priorités. L'état d'avancement des négociations diffère toutefois d'un pays à l'autre.

La population de ces pays soutient fermement cet objectif, dans la mesure où elle considère généralement les obstacles à l'obtention de visas européens comme injustes. L'UE comprend le souhait de ces pays de voir la mise en place d'un régime sans visa, mais elle insiste sur le respect de certaines conditions en amont.

Prochaines étapes

  • 6 juin : gay Pride à Kiev