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24/01/2017

La Grèce veut bien du gazoduc Turkish Stream, mais sous un autre nom

Europe de l'Est

La Grèce veut bien du gazoduc Turkish Stream, mais sous un autre nom

Alexis Tsipras à Moscou, 8 avril. [The Kremlin]

Alexis Tsipras a souligné, lors de sa visite en Russie, la volonté d’Athènes de jouer un rôle important dans le projet de gazoduc Turkish Stream, qui pourrait permettre d’injecter de l’investissement dans une économie exsangue. Un article d’EurActiv Grèce.

Alors que l’Occident et la Russie vivent leur crise la plus grave depuis la fin de la Guerre froide, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s’est rendu à Moscou en visite officielle les 8 et 9 avril. Les membres des gouvernements grec et russe ont principalement parlé d’énergie.

Le 7 avril, les ministres des Affaires étrangères grec, hongrois, serbe, turc et macédonien se sont réunis à Budapest et ont signé une déclaration d’intention concernant le projet de gazoduc Turkish Stream.

Le nouveau projet de gazoduc russe évite de passer par l’Ukraine et par la Bulgarie, qui a bloqué la construction du projet précédent, South Stream. Turkish Stream traversera la mer Noire vers la plateforme gazière de la ville turque d’Ipsila, près de la frontière gréco-turque. Il permettra d’acheminer 47 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Europe centrale et les Balkans.

Alexis Tsipras et Vladimir Poutine estiment tous deux que la Grèce pourrait jouer un rôle important dans la concrétisation du projet, en devenant un pont entre la Turquie et le marché du gaz européen.

>> Lire : Tsipras veut faire d’Athènes le lien entre Moscou et Bruxelles

« Le nouveau tracé permettra de répondre aux besoins en énergie de l’Europe et à la Grèce de devenir l’un des principaux centre de distribution d’énergie du continent, ce qui pourrait attirer un investissement considérable vers l’économie grecque », a déclaré le président russe lors de sa conférence de presse commune avec Alexis Tsipras.

« Nos gazoducs recevront le gaz à la frontière turque et contribueront à la sécurité énergétique de la Grèce et du marché européen », a souligné le Premier ministre grec, qui ajoute que le projet russe permettra de créer de l’emploi et de la croissance dans le pays, en proie à une grave crise de dette.

>> Lire : Rencontre controversée entre Tsipras et Poutine

Attention aux appellations

Alors qu’il parlait de la branche grecque du gazoduc, Vladimir Poutine a utilisé le nom « Turkish Stream », ce qui a provoqué une réaction du chef d’État grec.

« Nous devons être clairs […] il n’y aura pas de Turkish Stream sur le territoire grec, mais un gazoduc grec », a-t-il fait remarqué. Vladimir Poutine a reconnu son erreur en se frappant la tête de la main.

« Nous ne pouvons pas accepter le nom ‘Turkisk Stream’, mais nous considérons que ce projet améliorerait nos relations avec la Turquie », a expliqué Alexis Tsipras par la suite.

Le président russe a indiqué que la présence du gazoduc engendrerait des millions d’euros de taxes de transit tous les ans en Grèce. Il créerait également de l’emploi. Le financement du projet doit cependant encore être négocié entre la Russie et ses « partenaires et amis grecs », selon Vladimir Poutine.

Alexis Tsipras a également souligné que le projet serait conforme aux législations grecques et européennes, qui interdisent que la production, la livraison et la détention des gazoducs soient entre les mains de la même entreprise.

Moscou envisagerait également de mettre des fonds à la disposition de la Grèce sur la base des profits futurs que le pays pourrait engranger en acheminant du gaz russe vers l’Europe.

La Russie avait proposé le même arrangement à la Bulgarie pour le projet South Stream, qui a été abandonné depuis. Sofia a en effet été contrainte de bloquer le projet parce que la Commission européenne estimait qu’il était contraire au troisième paquet sur l’énergie.

La Grèce importe 65 % de ses besoins en gaz de la Russie.Malgré un accord de réduction de 15 % des prix du gaz conclu l’année dernière entre l’importateur et distributeur de gaz naturel (DEPA) et Gazprom, la Grèce continue à payer la facture la plus salée d’Europe.

La création d’une entreprise commune pour la construction du gazoduc devrait être bientôt discutée en Grèce. DEPA, l’entreprise d’État grecque, en serait le principal actionnaire, suivit par des fonds russes.

Divisions politiques au gouvernement grec ?

Lors d’une visite à New York, Panos Kammenos, chef de file des Grecs indépendants, le partenaire de coalition de Syriza, s’est exprimé en faveur d’un accord « entre gouvernements » avec les États-Unis pour l’exploitation commune du gaz et du pétrole de la mer Égée.

Après avoir souligné le rôle des États-Unis dans la stabilisation de la région, Panos Kammenos, le ministre grec à la Défense, a indiqué qu’« étant donné les réserves de gaz et de pétrole récemment découvertes dans la région, la Grèce et Chypre pourraient former un arc pacifique dans la région »

Pourtant, lors d’une rencontre avec Alexei Miller, un des dirigeants de Gazprom, Panagiotis Lafazanis, le ministre de l’Énergie grec (Syriza), a déclaré que des entreprises russes répondraient à l’appel d’offre concernant la prospection des 20 poches d’hydrocarbures dans la mer Ionienne et au large de l’île de Crète.

« Je suis heureux de pouvoir vous annoncer que d’importantes sociétés russes participeront aux appels d’offre, ce qui renforce considérablement l’intérêt international et la participation dans le projet », a-t-il déclaré.

Le ministre de l’Énergie n’a pas tenu à commenter les déclarations de Panos Kammenos sur un possible accord avec Washington.

La coopération avec Israël devrait toutefois se compliquer, puisque le gouvernement, emmené par Syriza, souhaite reconnaître officiellement la Palestine.

Dans un entretien accordé à EurActiv Grèce, l’eurodéputée Syriza confirmait de fait que « le gouvernement grec s’est engagé à reconnaître l’État de Palestine […] et devrait concrétiser cet engagement dans un avenir proche ».

>> Lire : Syriza va reconnaître l’État palestinien

Contexte

En décembre 2014, face à l'opposition de l'Union européenne, la Russie a été contrainte d'abandonner son projet de gazoduc South Stream, d'un coût de plus de 35 milliards d'euros. South Stream devait passer sous la mer Noire et en Bulgarie pour acheminer 63 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l'Europe.

Gazprom a annoncé en janvier 2015 la construction d'un gazoduc immergé de la même taille qui transporterait du gaz vers une plateforme gazière existante à la frontière gréco-turque. Moscou entend concrétiser le projet d'ici fin 2016.

L'UE s'est montrée sceptique, et les représentants turcs jugent le délai irréalisable.

>> Lire : La Commission vilipende le « Turkish Stream »

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