« La guerre pour l’indépendance de l’Ukraine se poursuit » affirme Petro Porochenko

Hollande, Merkel et Poroshenko à Berlin le 24 août. [Ukraine Presidency]

Le président ukrainien Petro Porochenko a déclaré que son pays luttait toujours contre les efforts déployés par la Russie pour empêcher Kiev de se rapprocher de l’Europe. 

Lundi 24 août, Petro Porochenko a prononcé un discours dans le centre de Kiev lors d’une cérémonie marquant le 24ème anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de Moscou. Il s’est ensuite rendu à Berlin pour discuter avec la chancelière allemande et le président français de l’accord de cessez-le-feu régulièrement violé par les rebelles pro-russes occupant des régions de l’est de l’Ukraine.

« Nous devons traverser cette 25ème année d’indépendance comme si nous traversions un lac gelé. Nous devons nous rendre compte que le moindre faux pas peut être fatal. La guerre pour l’indépendance ukrainienne continue », a-t-il affirmé, s’adressant à une foule de plusieurs milliers de personnes.

Plus tard, lors d’une conférence de presse à Berlin en compagnie de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président français, François Hollande, Petro Porochenko a exprimé sa reconnaissance pour leur soutien. « Je suis extrêmement reconnaissant du soutien et des efforts déployés pour empêcher l’escalade de violence. »

Angela Merkel a quant à elle regretté que l’accord de cessez-le-feu ne soit pas respecté et a déclaré que tout devait être fait pour mettre pleinement en œuvre l’accord de paix conclu à Minsk en février (voir « Contexte »).

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Le 18 août, le président russe, Vladimir Poutine, a tenu le gouvernement ukrainien pour responsable de la dernière escalade dans les combats entre les forces de Kiev et les séparatistes prorusses dans l’est du pays.

Petro Porochenko a affirmé que l’Ukraine avait respecté à la lettre ses engagements concernant le régime de cessez-le-feu, la coopération avec l’OSCE, le retrait des armes lourdes, et la mise en place de convois humanitaires, y compris la création de trois centres humanitaires d’ici à la fin du mois, ce qui simplifiera de façon considérable la vie des Ukrainiens dans les zones occupées.

La chancelière allemande a quant à elle salué la mise en place des « amendements constitutionnels, décidés à Minsk ». Elle a toutefois ajouté que du côté russe, Moscou avait une vision différente des changements constitutionnels requis par l’accord de Minsk et que des experts juridiques avaient aussi des points de vue divergents sur le sujet.

Selon la chancelière, il n’existe encore aucune solution au sujet des élections dans les territoires de Donetsk et de Lougansk, comme le stipule l’accord de Minsk. Le président ukrainien a rappelé que de fausses élections le 18 octobre représentaient un danger et violaient la loi ukrainienne.

« Invasion totale »

Petro Porochenko avait déjà déclaré que 50 000 soldats russes étaient dispersés le long de la frontière entre l’Ukraine et la Russie et que 9 000 autres soutenaient les rebelles prorusses dans les territoires occupés. De nouveaux convois militaires ont traversé la frontière ukrainienne, a-t-il ajouté.

Le Président ukrainien a accusé la Russie d’avoir envoyé un total de 500 tanks, 400 systèmes d’artillerie et jusqu’à 950 véhicules blindés militaires aux rebelles prorusses. Il n’a toutefois pas précisé sur quelle période se sont déroulées ces livraisons. 

La menace d’une « invasion militaire totale » demeure, mais la Russie « a aussi une stratégie alternative : envenimer la situation dans le centre du pays et créer un conflit entre notre pays et nos partenaires étrangers afin de nous isoler face à l’agresseur », a-t-il déclaré.

« Code génétique »

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a qualifié les propos de Petro Porochenko d’« infondés et scandaleux ». « Leur but est de rompre le code génétique qui assure l’unité de nos nations. Et je pense qu’ils n’y parviendront pas », a-t-il ajouté.

La Russie, qui a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée l’année dernière suite au renversement du président prorusse à Kiev, a rejeté les accusations de l’OTAN et autres autorités portant sur l’envoi d’armes et de soldats dans l’est de l’Ukraine pour aider les séparatistes.

Dans le cadre de l’accord de Minsk conclu en février, les deux parties ont procédé au retrait d’un grand nombre d’armes lourdes, mais le conflit fait encore des morts quotidiennement.

Sergei Lavrov a redemandé à l’Allemagne et à la France de faire pression sur Petro Porochenko pour qu’il respecte les engagements de l’Ukraine dans l’accord de Minsk, et pour accorder aux régions rebelles une plus grande autonomie. Moscou a déclaré qu’à ce sujet, les amendements à la constitution ukrainienne étaient loin de ce qui avait été conclu.

Plus de 6 500 personnes ont été tuées depuis le début du conflit en avril 2014.

Décote de 20 % sur la dette ukrainienne

Dans le même temps, des sources ont affirmé que l’Ukraine et ses plus grands créanciers étaient proches d’un accord de restructuration qui inclurait une décote de 20 % de la dette, pour un montant de 19 milliards de dollars.

Après cinq mois de négociations insoutenables entre les dirigeants de Kiev et certains des plus grands créanciers commerciaux du monde, les discussions touchent à leur fin.

Une source proche des négociations a déclaré à Reuters que le comité souhaitait trouver un accord sur l’Ukraine car le pays faisait face à des circonstances très spéciales. Leur point de vue est très clair : ils n’ont jamais pensé qu’une décote serait nécessaire mais malgré tout, afin de conclure un accord, ils ont fait de grandes concessions ».

Prochaines étapes

  • 27 août : le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit recevoir le président ukrainien, Petro Poroshenko, à Bruxelles.