La « liste noire » du Kremlin pousse Claude Bartolone à annuler une visite à Moscou

Bruno Leroux, Claude Bartolone, Jean-Pierre Bel et François Rebsamen [Parti socialiste/Flickr]

Face au refus des autorités russes de laisser entrer le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone a décidé d’annuler une visite parlementaire prévue le 18 juin à Moscou.

La liste noire du Kremlin visant un certain nombre de personnalités européennes empoisonne de plus en plus les relations entre Moscou et Paris.

« Les autorités de la Fédération de Russie ont confirmé l’interdiction faite au président du groupe socialiste […] Bruno Le Roux d’entrer sur le territoire russe. Dans ces conditions, je ne vois d’autre option que d’annuler la participation française à la prochaine réunion de la Grande Commission France-Russie », a écrit Claude Bartolone à Serguei Narychkine, le président de la Douma, dans un courrier daté du 8 juin et transmis à l’AFP.

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Chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux figure parmi 89 personnalités européennes auxquelles la Russie a décidé d’interdire l’accès à son territoire en riposte aux sanctions européennes à son encontre.

Maintien de la liste noire

Il y a une semaine, le président de l’Assemblée avait prévenu qu’il demanderait au président du groupe PS de venir à Moscou et qu’il n’y aurait « pas de délégation » si « les Russes n’accept[ai]ent pas » sa présence.

La visite était prévue à l’invitation de la Douma, dans le cadre de la Grande commission parlementaire France-Russie, organe permanent composé d’élus des deux chambres basses française et russe.

Personae non gratae

M. Bartolone a souligné être « très attaché au dialogue » entre ces deux assemblées et avoir « pris l’initiative de reprendre nos rencontres, interrompues depuis plusieurs mois ». Il a toutefois signifié à son homologue russe que « l’inscription, par les autorités russes, d’un président de groupe politique de l’Assemblée nationale sur une liste de personae non gratae ne saurait être tolérée », d’autant que les critères de cette décision « ne sont pas connus » et que l’intéressé l’a apprise « par voie de presse ».

M. Le Roux, un proche du président François Hollande, a jugé que la réaction de M. Bartolone était la « seule possible » à une décision « absurde » par laquelle « les Russes se privent de contact parlementaire ».

« Il ne peut y avoir de relations tant qu’un parlementaire est interdit d’entrer en Russie », a-t-il déclaré à des journalistes à l’Assemblée, réaffirmant ne pas savoir ce qui lui valait d’être persona non grata en Russie.

La semaine dernière, le responsable avait avancé l’hypothèse de sa dénonciation des relations entre la Russie et l’extrême droite française, qui « n’aurait peut-être pas plu à M. Poutine ».

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Le groupe socialiste a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le financement du Front national par des prêts bancaires russes.

Interrogé par l’AFP, le service de presse du président de la Douma Sergueï Narychkine, a indiqué ne pas être au courant de cette annulation de visite et de cette lettre des députés français.

En 2014, en réponse à l’annexion de la Crimée par la Russie, l’Union européenne a interdit de séjour sur son territoire un certain nombre de personnalités russes, dont Sergueï Narychkine, un proche du président Poutine. Malgré tout, M. Narychkine a fait plusieurs séjours en France depuis, dans le cadre d’invitations d’organisations internationales.

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Contexte

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars 2014 à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans nombre de villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit cependant d'un référendum illégal et illégitime.

Le conflit s’est aggravé après l'assaut lancé par le président ukrainien, Petro Porochenko, contre les séparatistes. L'UE a pour sa part renforcé les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers. 194 de ces passagers étaient Néerlandais.

Les leaders occidentaux estiment que les rebelles prorusses avaient très probablement tiré par erreur un missile sol-mer fourni par la Russie. Moscou accuse Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée » sur le sol ukrainien. Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe.

Ni la trêve négociée le 5 septembre ni les cessez-le-feu qui ont suivi n'ont permis de stabiliser la situation.