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04/12/2016

Le nombre de demandeurs d’asile ukrainiens explose

Europe de l'Est

Le nombre de demandeurs d’asile ukrainiens explose

Immigrants ukrainiens en Biélorussie.

[Border Monitoring Ukraine}

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile a signalé une hausse du nombre de demandeurs d’asile ukrainien. Ce phénomène a débuté en mars 2014, au moment de l’invasion de la Crimée, et continue.

L’immigration n’est pas seulement un problème méditerranéen, mais touche également l’est de l’Europe, contrairement à ce que pensent beaucoup d’Européens, a expliqué Robert Visser, directeur exécutif du Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), lors de la visite d’un groupe de journalistes à Malte, où se situe le siège du bureau.

« L’an dernier, le nombre total de demandeurs d’asile [dans les États de l’UE, la Suisse et la Norvège, appelés « EU+ »] s’élevait à 660 000. Parmi eux, 220 000 personnes venaient de la Méditerranée. Les 440 000 autres ont donc dû emprunter d’autres routes, il est important de le souligner », indique le spécialiste.

>> Lire : La Commission force les États membres à agir face à la crise de l’immigration

La plupart des immigrants ne passent pas par la Méditerranée

Parmi les demandeurs d’asile provenant de l’est de l’UE, les Ukrainiens étaient les plus nombreux. L’Ukraine est en effet à présent dans la liste des six pays d’où proviennent le plus de réfugiés atteignant l’UE, aux côtés de la Syrie, de l’Érythrée, de l’Irak, de la Somalie et du Niger.

>> Voir l’infographie : Les demandeurs d’asile en Europe, en chiffres

Pour l’Ukraine, ce phénomène est tout nouveau, puisqu’il ne date que du début de la guerre, explique Robert Visser. Autre particularité : tous les Ukrainiens arrivent en Europe de manière légale, contrairement aux autres pays de la liste. Ils obtiennent un visa ou remplissent leur demande d’asile en tant que résidents légaux de l’UE, souvent munis de permis de travail. Le directeur de l’EASO reconnait néanmoins qu’il est impossible de déterminer le nombre de personnes qui restent dans l’UE après y être entrés légalement.

Contrairement aux autres nationalités, les Ukrainiens qui font une demande d’asile s’enregistrent partout dans l’UE, et non dans un ou deux pays spécifiques.

« La communauté ukrainienne est la plus diversifiée que nous connaissons. Il y a des Ukrainiens dans toute l’Europe », assure Robert Visser. Il ajoute que la plupart de ces demandeurs d’asile sont des résidents légaux en possession d’un permis de travail et d’un emploi, qui ont décidé, au vu de la situation en Ukraine, de rester dans le pays où ils vivaient.

Une indication de l’immigration à venir

Timothy Cooper, de l’EASO, a également indiqué que les données disponibles constituaient en quelque sorte un « système d’alerte précoce » quant au nombre d’immigrants qui pourraient arriver dans un avenir proche. Le même phénomène a pu être observé pour les Syriens. Les demandes d’asile provenaient au début des ressortissants syriens habitant légalement en Europe qui ne souhaitaient pas rentrer au pays.

Après cette première vague de demandeurs d’asile ukrainiens déjà installés dans les pays de l’UE+, le plus grand nombre de demandes provient à présent d’Ukrainiens qui viennent d’arriver légalement. Ils ne font pas leur demande dans les pays voisins, comme la Pologne ou d’autres États de l’est, mais en Italie, en Allemagne, en France et en Espagne, ajoute Timothy Cooper. En ce qui concerne la politique des visas, le spécialiste rappelle qu’il s’agit d’une compétence nationale, et qu’une « réflexion commune » sur un sujet aussi sensible était toujours improbable.

« Tous les États membres semblent encore accorder des visas aux Ukrainiens à ce stade », indique-t-il. Kiev espère d’ailleurs que le système des visas sera libéralisé très rapidement. Un espoir sans doute irréaliste.

Quand EurActiv a demandé à quel point la hausse du nombre de demandeurs d’asile était liée au conflit, Timothy Cooper a expliqué que l’EASO avait demandé aux pays d’asile le type de profiles qu’ils avaient enregistrés. Au début, les demandeurs étaient essentiellement des personnes fuyant les zones de conflit, Donetsk et Louhansk.

>> Lire : La crise humanitaire se durcit dans l’est de l’Ukraine

« Ensuite, Kiev a réintroduit a conscription. Tous les Ukrainiens étaient donc susceptibles d’être appelés au front, et l’âge limite n’a cessé d’augmenter. De plus en plus d’Ukrainiens ont donc fait des demandes d’asile pour échapper à la conscription, explique le spécialiste. À l’heure actuelle, les Ukrainiens peuvent être appelés jusqu’à l’âge de 50 ans, selon les informations disponibles.

Timothy Cooper souligne aussi que plus d’un million de personnes ont été déplacées au sein du pays, et que Kiev éprouvait des difficultés à gérer cette situation. Selon les estimations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, il y aurait 1,3 million de déplacés internes en Ukraine.

« Certains demandeurs justifient leur demande par le fait qu’ils sont déplacés internes et que l’État ukrainien n’est pas en mesure de répondre à leurs besoins fondamentaux et de les protéger de persécution », indique-t-il.

Les Ukrainiens représentent aujourd’hui 3 % des demandeurs d’asile dans l’UE, suivis de près par les Russes (2 %). Le conflit ukrainien a-t-il engendré une hausse du nombre de demandeurs russe également ? « Non, avec la Russie, les nombres n’ont pas changé », assure-t-il, catégorique.

Le taux de reconnaissance des demandes d’asile des Ukrainiens dans l’UE était de 21 % en 2014. Ce chiffre peut sembler bien bas en comparaison aux 95 % des Syriens. Il semblerait cependant que ce taux augmente avec l’aggravation du conflit.

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