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28/09/2016

Les sanctions contre la Russie à double tranchant pour l’UE

Europe de l'Est

Les sanctions contre la Russie à double tranchant pour l’UE

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La diplomatie européenne brandit la menace de sanctions économiques contre la Russie qui s'oriente vers une annexion de fait de la Crimée. En pratique, leur réalisation ne se ferait pas sans douleur. Entre la Russie et l'Europe, les relations économiques sont désormais fortes.

La Russie est devenue le troisième partenaire commercial des Européens, derrière les États-Unis et la Chine. Elle représente environ 7 % des exportations et 12 % des importations de biens des 28 pays de l’Union européenne. Les flux d’échange sont assez structurés : les Européens importent essentiellement des produits énergétiques (gaz, pétrole…) et exportent essentiellement des produits manufacturés (machines-outils, automobiles, produits chimiques…). La Russie représente ainsi un débouché de choix pour les produits industriels de plusieurs pays (Allemagne, mais aussi Pologne, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni…)… y compris en matière militaire. Pour la Russie, l’Europe est aussi un partenaire de choix, et même le premier d’entre eux, puisqu’elle représente environ la moitié de ses débouchés.

Augmentation constante

Et ces échanges augmentent rapidement. Si l'on en croit les statistiques européennes, en dix ans, de 2002 à 2012, les exportations européennes vers la Russie ont plus que triplé, passant de 34 milliards d’euros à 123 milliards d’euros, alors que les importations suivaient la même progression à la hausse passant de 65 milliards d'euros en 2002 à 215 milliards en 2012. Ils restent cependant marqués par un déficit commercial aux dépens de la Russie qui tend, lui aussi, à gonfler, passant de 31 milliards d’euros en 2002 à 92 milliards en 2012.

Qui exporte ? Qui importe ? L’Allemagne et l’Italie en tête

Parmi les États européens, c’est l’Allemagne qui est de loin le premier pays exportateur vers la Russie (30 % des exportations de l’Union européenne, soit 27,4 milliards d’euros). Elle est suivie de l’Italie (8 milliards d’euros, soit 9 %), des Pays-Bas et de la Pologne (6,1 milliards d’euros chacun, soit 7 %). La France occupe le cinquième rang (6 milliards, soit 7 %).

Si on prend les produits importés – essentiellement gaz ou pétrole -, c’est encore l’Allemagne qui est le principal client de la Russie (28,8 milliards, soit 19 % des importations de l’Union européenne), suivie des Pays-Bas1 (22,4 milliards, soit 14 %), de l’Italie (14,9 milliards, soit 10 %) et de la Pologne (13,9 milliards, soit 9 %). La France importe relativement peu et est égalité avec la Belgique à la 5e place (7,9 milliards).

Craintes en Finlande

Les exportations finlandaises en Russie sont déjà victimes de la chute du rouble, selon le quotidien Kauppalehti. La chute du rouble est particulièrement difficile pour les entreprises du secteur agroalimentaire. Tandis que le gel des visas pourrait diminuer de moitié les recettes du tourisme en Finlande.  Les exportations finlandaises en Russie s’étaient déjà rétractées de 6 % en 2013.

Aux Pays-Bas

La multinationale néerlando-britannique Shell a des intérêts importants en Russie et le géant gazier Gazprom est engagé dans la province de Groningue. Plus généralement, d'éventuelles sanctions contre la Russie toucheraient presque toutes les grandes sociétés d'énergie. Le Britannique BP pourrait être atteint d'autant plus que 20 % de la société britannique appartiennent à Rosneft, mais aussi l'Américaine Exxon Mobil et l'Italienne ENI.

…Et en Allemagne

Les entreprises allemandes sont celles qui sont le plus engagées en Russie comme en Ukraine. Et ce sont elles qui seraient le plus vite touchées par des mesures de sanctions économiques (ou des mesures de rétorsion). Ces derniers jours, les valeurs allemandes ont joué au « yoyo » boursier, enregistrant des baisses notables, alors que les résultats, par ailleurs, étaient plutôt bons.

Les industriels automobiles (Volkswagen, Continental), le conglomérat industriel Siemens, le distributeur Metro (très présent en Russie) les groupes énergétiques EON et RWE, et même le téléphoniste Deutsche Telekom sont particulièrement menacés. De façon générale, la bourse sensible aux moindres secousses a enregistré des baisses sensibles concernant les principales sociétés engagées en Russie : les Français Société Générale (engagé en Russie avec Rosbank) et Renault (avec Avtovaz) ont dégusté, mais aussi le fabricant de bières danois Carslberg, la banque autrichienne Raiffesen et son homologue italienne Unicredit, le fabricant de pneus finlandais Nokian Tyres.

Une nouvelle crise financière

On comprend ainsi les réticences de plusieurs pays à envisager franchement des sanctions économiques. D'autant que Moscou dispose de plusieurs leviers qu'il peut actionner.

La présence d'oligarques russes dans plusieurs banques ou entreprises, notamment dans le sud-est de l'Europe (Bulgarie, Chypre, Grèce…), mais aussi en Italie est un facteur. Sa promesse de fournir un gaz à un prix attractif à des pays comme la Grèce qui sont en phase de redémarrage économique en est un autre. De fait, la crise ukraino-russe pourrait coûter cher à l'Europe, et menacer la croissance renaissante. Il ne serait pas très bon qu’en 2014, année conçue par tous comme « l'année de la reprise », une nouvelle crise financière atteigne les pays les plus fragiles. Surtout si le prix du pétrole et du gaz augmente. Ce qui renchérit les coûts de l’énergie pour les Européens… et procure des devises supplémentaires à la Russie.

L'embargo sur les armes, talon d'Achile de l'UE 

Même l'embargo sur les armes – demandé par certains pays (Britanniques et Suédois) notamment n'est pas d'une approche facile. Pour la France, cela signifierait la suspension du contrat passé avec  les chantiers de St Nazaire pour fournir à la marine russe deux navires de commandement et de soutien (BPC), sur le modèle du Mistral. Et donc la mise à pied de plusieurs centaines de personnes, sans compter les dommages et intérêts que pourraient réclamer les Russes. Mais Paris n'est pas seul concerné. Certaines entreprises allemandes – comme Rheinmetall – ont signé d'importants contrats avec la Russie, notamment pour fournir, clé en main, un système de simulation pour l'armée de terre russe. Plusieurs autres pays (Autriche, Belgique, Italie, Bulgarie…) exportent également des armes vers la Russie. Le revers de la médaille d'un embargo pourrait être aussi des mesures de représailles, de rétorsion. L'Europe importe plus qu'elle exporte, explique ainsi un diplomate européen. Les pays de l'Est (Hongrie, Rép. Tchèque, Roumanie, Bulgarie) qui utilisent essentiellement des hélicoptères de fabrication russe de type « Mi » (Mi8, Mi17, Mi24) risquent d'avoir des problèmes d'approvisionnement de pièces.

La nouvelle arme nucléaire : l’économie

Moscou ne peut jouer non plus totalement avec le feu, car c'est une partie de son pouvoir financier et économique qu'elle joue ainsi sur un tapis vert, avec le risque de devenir une « terre à risques » pour les investisseurs. Les Américains ont déjà ainsi les liens économiques pourraient jouer dans cette crise politique le rôle apaisant de bornes limites que le « nucléaire » jouait hier, à l'époque de la guerre froide.

Contexte

Le gouvernement ukrainien a annoncé le 21 novembre 2013 qu'il avait décidé de ne pas ratifier l'accord d'association avec l'UE.

À la suite de l'annonce du rejet de l'accord d'association par le président ukrainien, des centaines de milliers d'Ukrainiens ont battu le pavé et réclamé la démission du président, évènement connu sous le nom de «manifestations d’Euromaidan ». Dans le même temps, Viktor Ianoukovitch a préféré un renflouement de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) accordé par la Russie.

Le 18 février, au moins 26 personnes ont perdu la vie lors des pires violences depuis le début des manifestations. Le président ukrainien, a accusé les dirigeants de l'opposition proeuropéenne d'essayer de s'emparer du pouvoir. Le 20 février, au moins 47 personnes ont été tuées dans le centre de Kiev, bon nombre d'entre elles par des tireurs d’élite ou des mitrailleurs. Le même jour, les ministres de l'UE se sont réunis à Bruxelles et ont imposédes sanctions aux représentants ukrainiens responsables du massacre.

Le 21 février, les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont signé un accord de paix avec le président Viktor Ianoukovitch sous la houlette de l'UE. Les manifestants ont toutefois annoncé qu'ils ne bougeraient pas avant la démission du président ukrainien. Le 22 février, Viktor Ianoukovitch s'enfuyait de Kiev. Le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov est alors devenu le président par intérim. Un gouvernement a été constitué le 26 février.

Prochaines étapes

  • 25 mai : élections générales en Ukraine