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22/01/2017

Les violations de l’embargo sur les denrées alimentaires irritent la Russie

Europe de l'Est

Les violations de l’embargo sur les denrées alimentaires irritent la Russie

Un bulldozer à Belgorod, Russie, détruit des aliments importés illégalement [Reuters]

Saumon soi-disant islandais, porc prétendument suisse arrivent en Russie pour contourner l’embargo envers l’UE. La Russie  soupçonne l’UE de laxisme sur le contrôles.

Des analystes russes et européens se sont rencontrés à Bruxelles, à la demande de la Russie pour discuter des inquiétudes russes vis-à-vis des importations frauduleuses de produits alimentaires européens en Russie. Les Russes s’insurgent contre les importations massives de produits alimentaires européens réalisés par des « groupes criminels transnationaux », qui bénéficieraient de documents falsifiés pour contourner les sanctions. 

Cette rencontre s’est inscrite dans le contexte des sanctions contre la Russie en réponse à la crise ukrainienne, et des contre-sanctions de la Russie, qui interdisent les importations de viande, de poisson, de produits laitiers, de fruits et de légumes de l’UE et d’autres pays comme l’Australie, le Canada, la Norvège et les États-Unis.

Selon la Commission européenne, les discussions techniques se sont concentrées sur l’interaction potentielle entre les autorités vétérinaires de l’UE et de la Russie ainsi que sur les demandes spécifiques de la Russie pour que l’UE fournisse une assistance administrative mutuelle en matière de douanes.

« L’UE a pris note des inquiétudes de la Russie », a commenté un représentant de la Commission.

De leur côté, les Russes se sont exprimés beaucoup plus ouvertement. La mission russe en UE a organisé une conférence de presse lors de laquelle des analystes russes ont donné plusieurs exemples de fraude, et souligné la lenteur des services européens pour régler le problème. Ils ont également demandé un accès aux bases de données électroniques de l’UE pour pouvoir mieux détecter les fraudes.

>> Lire : La Russie veut prolonger l’embargo sur les aliments occidentaux jusqu’en 2016

Selon Yeugeny Nepoklonov, chef adjoint du service russe de surveillance phytosanitaire et vétérinaire (Rosselkhoznadzor), 540 tonnes de saumon congelé ont été importées en Russie depuis l’Islande. L’Islande n’étant pas un pays de l’UE, elle n’est pas concernée par les sanctions russes et son commerce avec Moscou n’est donc pas freiné. De la même façon, 7 500 tonnes de porc ont été importées de Suisse, selon les documents.

Dans le cas du porc, les importations étaient étiquetées comme provenant du Brésil et transitant par l’UE, ce que les autorités russes ont trouvé suspect puisque la viande de porc brésilienne n’est pas autorisée dans l’UE, même en transit.

Les autorités russes ont enquêté sur les cargaisons suspectes, mais considèrent que l’UE met beaucoup trop de temps à réagir. Dans le cas des 7 500 tonnes de porc, Yeugeny Nepoklonov a déclaré que l’enquête durait déjà depuis octobre 2014, soit un peu plus d’un an, et qu’elle n’était toujours pas finie.

Les Russes ont découvert que les cargaisons alimentaires étaient certifiées dans n’importe quel pays de l’UE, que l’information était enregistrée dans une base de données électronique, depuis laquelle les douaniers européens pouvaient consulter tous les détails. Le problème, a expliqué Yeugeny Nepoklonov, c’est que 100 mètres plus loin, à la frontière de la Biélorussie, le transporteur montre des documents papier tout à fait différents des informations enregistrées dans la base de données.

Yeugeny Nepoklonov a expliqué que lorsqu’il avait demandé à la Lituanie de lui présenter l’information véritable, on lui a répondu que cela relevait de la compétence de la Commission européenne et que la Lituanie ne pouvait pas lui donner d’informations.

« Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de réponse. La Commission nous dit qu’elle va demander aux pays concernés et que dès qu’elle recevra une réponse elle nous informera », a-t-il déclaré.

Lorsqu’EurActiv lui a demandé de quel pays européen provenait la plupart des importations frauduleuses, Yeugeny Nepoklonov a répondu que ce n’était pas l’œuvre de pays, mais de « groupes criminels transnationaux ».

Ruslan Davydov, responsable adjoint du service fédéral de douane, a rappelé que le message russe n’était pas que le pays n’était pas capable de gérer la fraude. Il a rappelé que la Russie avait empêché 30 000 tonnes de produits alimentaires d’entrer dans le pays illégalement et porté plusieurs douzaines d’affaires devant la Cour pénale et plusieurs centaines d’affaires devant les tribunaux administratifs.