Moscou refoule un député allemand

Karl-Georg Wellmann [Wikimedia.de]

Le refus du Kremlin de laisser entrer le député allemand Karl-Georg Wellmann sur son territoire met à nouveau à mal les relations déjà tendues entre Berlin et Moscou, poussant ainsi le vice-président du Bundestag à reporter sa visite en Russie. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Le 26 mai, le vice-président du Bundestag, Johannes Singhammer, a fait part de son intention de repousser son voyage en Russie après que le Kremlin a empêché son collègue de centre-droit de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), d’entrer sur le territoire russe.

Johannes Singhammer, de l’Union chrétienne-sociale (CSU), la petite sœur bavaroise de la CDU, a déclaré qu’il repoussait sa visite à Moscou jusqu’à ce que les circonstances soient clarifiées.

Le député allemand Karl-Georg Wellmann, qui devait se rendre à plusieurs réunions au ministère des Affaires étrangères russe, s’est vu refuser l’entrée en Russie alors qu’il se trouvait à l’aéroport Sheremetyevo de Moscou le dimanche 24 mai.

« En tant que vice-président du Bundestag allemand, je n’accepte pas qu’un de mes collègues se voit interdire d’entrer dans l’aéroport de Moscou sans aucune explication », a déclaré Johannes Singhammer, le vice-président du Bundestag.

Incident inacceptable

Le ministère allemand des Affaires étrangères a pour sa part qualifié l’incident d’ « inacceptable » et d’ « incompréhensible », et l’ambassadeur à Moscou a rapidement rendu visite au ministre russe des Affaires étrangères.

« On m’a grondé en russe, langue que je ne parle pas, comme si j’étais un criminel », a expliqué le député allemand le 26 mai au journal Spiegel online. « Ils ont fini par me confisquer mon passeport, que je n’ai récupéré qu’une fois que j’étais dans l’avion qui me ramenait en Allemagne. Un policier m’a accompagné jusqu’à ce que j’entre dans l’avion », a déclaré le député CDU.

Karl-Georg Wellmann a rappelé qu’il n’avait reçu aucune information selon laquelle il n’était pas le bienvenu en Russie.

« La semaine avant mon départ, un représentant du ministre des Affaires étrangères russe s’est rendu dans mon bureau à Berlin et m’a interrogé sur ma visite. Sergei Glazyev, un des conseillers les plus importants de Poutine, est l’une des personnes avec qui j’avais organisé une réunion. En ce sens, rien n’aurait pu m’indiquer que j’allais être refoulé. Qui plus est, je n’avais pas prévu de rencontrer les membres de l’opposition », a-t-il expliqué.

Selon le député, son nom serait sur une liste de personnes sanctionnées en réponse aux sanctions imposées par l’UE dans le contexte du conflit ukrainien.

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Karl Georg Wellmann est le président du groupe parlementaire Allemagne-Ukraine et est en charge de la Russie dans son groupe politique. Il avait fait part de son projet de visite au président de la commission des affaires étrangères au Conseil de la Fédération de Russie, entre autres.

Dans le conflit ukrainien, le député tient la Russie pour responsable. « En fournissant des armes lourdes, une aide logistique et du combustible aux séparatistes, la Russie met le feu aux poudres dans la région », avait déclaré le député à Reuters en janvier dernier.

En septembre 2014, Rebecca Harms, eurodéputée des Verts, s’était également vue refuser l’entrée en Russie. On lui aurait refusé l’accès à l’aéroport de Moscou parce qu’elle figure sur une liste de « persona non grata».

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L’eurodéputée s’était rendue à Moscou en qualité d’observateur dans le procès contre un pilote ukrainien, que les autorités russes accusaient d’avoir assassiné des journalistes moscovites. Malgré son passeport diplomatique, elle n’a pas pu entrer sur le sol russe.

Après le refus opposé à Karl-Georg Wellmann, « le Kremlin doit divulguer la liste des personnalités politiques sanctionnées », a commenté Rebecca Harms.

« Les invitations au dialogue et les réunions entre la Douma russe, le Parlement européen et les parlements nationaux des États membres sont insensées si les représentants continuent d’être les cibles des listes noires », a-t-elle estimé, ajoutant que « surprendre des politiques en leur refusant l’accès au territoire russe à l’aéroport de Moscou nuit aux accords internationaux ».

Contexte

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars 2014 à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans nombre de villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit cependant d'un référendum illégal et illégitime.

Le conflit s’est aggravé après l'assaut lancé par le président ukrainien, Petro Porochenko, contre les séparatistes. L'UE a pour sa part renforcé les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers. 194 de ces passagers étaient Néerlandais.

Les leaders occidentaux estiment que les rebelles prorusses avaient très probablement tiré par erreur un missile sol-mer fourni par la Russie. Moscou accuse Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée » sur le sol ukrainien. Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe.

Ni la trêve négociée le 5 septembre ni les cessez-le-feu qui ont suivi n'ont permis de stabiliser la situation.