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29/07/2016

Premier accroc entre Tsipras et l’UE sur la Russie

Europe de l'Est

Premier accroc entre Tsipras et l’UE sur la Russie

Alexis Tsirpas au quatrième congrès de la Gauche européenne, décember 2013.

[European Left]

Le nouveau gouvernement formé par Alexis Tsipras s’est opposé à une communication du Conseil dans laquelle les Etats membres menacent d’alourdir les sanctions pesant sur la Russie. Un article d’EurActiv Grèce.

Il n’a pas fallu longtemps avant que le nouveau gouvernement grec ne se fasse remarquer à Bruxelles. Le parti d’extrême gauche Syriza et son allié, le parti eurosceptique de droite des Grecs indépendants, se sont opposés lundi 26 janvier à une déclaration commune de l’Union européenne condamnant fermement les agissements russe dans l’est de l’Ukraine. 

Dans un communiqué, le Conseil accuse la Russie de l’intensification de la violence dans l’est de l’Ukraine et menace Moscou de nouvelles sanctions. Ce communiqué a précédé la réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères qui s’est tenue le 28 janvier, au cours de laquelle les ministres devaient adopter une prolongation et un renforcement des sanctions à l’encontre de la Russie. 

« Nous condamnons le massacre de civils qui a eu lieu au cours du bombardement aveugle de la ville ukrainienne de Marioupol, le 24 janvier 2015 », peut-on lire dans cette déclaration, préparée par les diplomates des 28 États membres. « Nous prenons acte des éléments qui attestent du soutien continu et croissant fourni aux séparatistes par la Russie, ce qui met en évidence la responsabilité de la Russie. Nous demandons instamment à la Russie de condamner les actes des séparatistes et d’appliquer les accords de Minsk. »

>> Lire : L’UE menace Moscou de nouvelles sanctions

La fermeté de cette déclaration découle des conclusions adoptées unanimement par le Conseil le 18 décembre, qui indiquent clairement que « l’UE maintiendra le cap » en ce qui concerne la Russie et est « prêt[e] à prendre des mesures supplémentaires si nécessaire ».

Bien sûr, Alexis Tsipras n’avait pas encore gagné les élections grecques. Dans une déclaration, le gouvernement grec a condamné la manière « non institutionnelle » dont le communiqué a été rédigé.

Celui-ci « a été publié avant la procédure prévue par laquelle il aurait dû obtenir le consentement des États membres et particulièrement sans que la Grèce ait marqué son accord ». « La Grèce ne consent pas à ce communiqué », martèle la déclaration du gouvernement.

Opposition de Chypre 

Selon des sources au sein du gouvernement grec, d’autres États européens, donc Chypre, se sont également opposés au communiqué, mais ne sont pas parvenus à modifier la formulation.

Victoras Papadopoulos, porte-parole du gouvernement chypriote, a déclaré le 27 janvier que son pays était déçu de la procédure de rédaction du communiqué du Conseil européen. La notification de la réunion extraordinaire du 28 janvier a été envoyée tard et ne donnait que trois heures aux États pour répondre, un délai trop court, selon Nicosie. « Les voix qui se sont élevées contre de nouvelles sanctions vis-à-vis de la Russie n’ont pas été entendues », souligne-t-il.

Le bureau du Premier ministre grec avait également contacté le bureau du président du Conseil, Donald Tusk, pour s’opposer au contenu du communiqué et demander des modifications, a expliqué Athènes.

>> Lire : La victoire de Syriza en Grèce challenge la Commission européenne

?Alexis Tsipras a échangé un coup de téléphone avec Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, pour lui communiquer son mécontentement.

À la question de savoir si la Grèce opposerait son veto à de nouvelles sanctions contre la Russie lors de la réunion du 28 janvier, le nouveau ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a répondu que « la position grecque serait démocratique ». Dans les cercles diplomatiques de Nicosie, on s’attend à ce que Chypre s’oppose à de nouvelles sanctions.

Une attitude pro-russe

Selon les informations qu’a pu recueillir EurActiv, le nouveau gouvernement d’Athènes n’entend pas tolérer la « marginalisation » de la Grèce et exigera un traitement égal à celui des autres membres.

L’opposition du nouveau gouvernement à un durcissement de l’approche de l’UE vis-à-vis de la Russie n’est pas une surprise. Les membres de Syriza, ainsi que les députés des Grecs indépendants, s’étaient initialement opposés à la signature de l’accord d’association avec l’Ukraine, qui avait irrité Moscou, et n’avaient pas soutenu un accord similaire entre l’UE et la Moldavie.

Quand le nouveau premier ministre grec, Alexis Tsipras, était candidat pour la présidence de la Commission européenne, il avait déclaré que l’Ukraine devrait être un « pont » entre la Russie et l’Occident, et critiqué le fait que les gouvernements de l’UE avaient soutenu le gouvernement ukrainien, dont certains membres étaient néo-nazis.

Pour Dimitris Papadimoulis, eurodéputé du groupe de la gauche radicale, l’opposition de Syriza à l’accord d’association avec l’Ukraine s’explique par la proximité de la résolution avec les intérêts de l’OTAN et des États-Unis. C’est ce manque d’adaptation aux besoins de l’UE qui, selon lui, a entrainé de grandes pertes pour les agriculteurs européens, lors du retour de bâton : les sanctions adoptées par la Russie.

Contre les sanctions

Quand Syriza était encore dans l’opposition, le parti faisait campagne pour que la Grèce cesse d’appliquer les sanctions européennes contre la Russie.

Pour leur part, les Grecs indépendants sont encore plus critiques vis-à-vis de ces sanctions. Selon Panos Kammenos, membre éminent du parti, la propagande occidentale en Ukraine est responsable du massacre. « Des ONG occidentales, soutenues par l’Allemagne ou des fondations comme l’Institut Clinton, ont provoqué la crise en Ukraine, où un coup d’État a renversé le gouvernement légal », affirmait-il en octobre 2014.

Selon certains analystes athéniens, le nouveau gouvernement pourrait tenter d’utiliser la politique vis-à-vis de la Russie comme diversion, pour centrer le débat sur d’autres choses que son objectif principal, la renégociation de sa dette.

>> Lire : Syriza, un défi considérable pour la Commission Juncker

Contexte

Depuis l'été dernier, les sondages d'opinion montraient tous que si des élections anticipées étaient organisées, le parti de gauche Syriza les remporterait. Syriza avait déjà remporté de nombreux sièges lors des élections européennes de 2014.

En décembre, le gouvernement a décidé d'avancer les élections au 25 janvier. La figure de proue de Syriza, Alexis Tsipras, a remporté ces élections haut la main, avec 36,5 % des voix. 149 des 300 sièges du parlement grec sont donc occupés par Syriza, qui a conclu une alliance gouvernementale avec le parti des Grecs indépendants.

Cette victoire annonce une période de négociations difficiles avec les autres dirigeants européens, puisqu'Alexis Tsipras a promis de mettre un terme aux politiques d'austérité et de renégocier la dette du pays avec l'UE, la BCE et le FMI.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe

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