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23/01/2017

Réunion de la dernière chance autour de la dette ukrainienne

Europe de l'Est

Réunion de la dernière chance autour de la dette ukrainienne

Arseniy Yatsenyuk, le Premier ministre ukrainien, Jean-Claude Juncker, Petro Poroshenko, le président ukrainien, et Donald Tusk. [European Council]

Kiev et ses créanciers ne parviennent pas à s’accorder sur le remboursement de la dette.

Les négociations de restructuration de la dette publique extérieure de l’Ukraine, qui s’élève à 21 milliards d’euros, s’enlisent depuis plus de quatre mois.

Le 4 août, le ministère des Finances a présenté une nouvelle proposition à un groupe de créanciers et programmé une réunion « décisive » pour le 6 août. Une source de l’agence Reuters a pourtant indiqué que les créanciers considéraient cette proposition comme inacceptable et souhaitaient que la réunion ait lieu la semaine prochaine.

Des années de mauvaise gestion et de corruption, ajoutées au conflit actuel, ont poussé l’Ukraine au bord de la faillite. Un programme de renflouement international sera mis en place si Kiev parvient à économiser près de 14 milliards d’euros grâce à une restructuration de sa dette.

L’ancienne nation soviétique doit donc conclure un accord à cet effet avant le 23 septembre, date à laquelle Kiev doit rembourser plus de 450 millions d’euros de prêt de de paiements d’intérêt sur des euro-obligations.

« Si elle ne parvient pas à un accord d’ici le début de la semaine prochaine, l’Ukraine sera forcée de se tourner vers d’autres options pour financer le programme soutenu par le FMI », peut-on lire dans une déclaration du ministère des Finances publiée le 5 août. « Cela signifie également qu’il s’agit de la dernière occasion de parvenir à un accord complet avant l’amortissement des euro-obligations en septembre et octobre et l’examen du FMI prévu pour septembre. » Les porte-paroles du groupe de créanciers ont refusé de commenter cette déclaration.

Kiev a averti à plusieurs reprises qu’un moratoire sur le remboursement de sa dette pourrait être décrété en l’absence d’un accord. Le pays fait face à une autre échéance en août.

Le rejet probable de la proposition ukrainienne par ses créanciers laisse à penser que les deux parties ont des visions très différentes de la situation. Elles sont par exemple en complet désaccord sur la nécessité ou non d’une dévaluation des obligations. Kiev insiste qu’une décote est essentielle, mais on ne sait pas si sa dernière proposition revoit à la baisse sa demande initiale d’une réduction de 40 %.

Washington a encouragé les créanciers à parvenir rapidement à un accord avec le gouvernement ukrainien face à une dette qualifié d’« intenable ».

Les créanciers semblent vouloir limiter à 5 % l’allègement de la dette, une concession qui pourrait néanmoins être annulée sur l’économie du pays repart à la hausse.

Selon Evghenia Sleptsova, économiste à Oxford, vu le ton du rapport du FMI et la position actuelle des parties, le risque d’un moratoire est de plus de 50 %.

Les économistes estiment que l’échec des négociations actuelles entrainerait un « défaut technique » de l’Ukraine le mois prochain. Si au contraire un accord est conclu, les grandes agences de notation de crédit internationales ne considèreront pas le pays en défaut de paiement, et les frais d’emprunts de Kiev resteront à leur niveau actuel. En cas de défaut de paiement, c’est le saut vers l’inconnu pour l’Ukraine, qui pourrait même voir ses actifs à l’étranger saisis.

Le 4 août, le Fonds monétaire international (FMI) a averti que les négociations prolongées posaient un « risque exceptionnellement élevé » pour le rétablissement économique du pays, un risque notamment liés à « l’incertitude sur la durée et l’ampleur » du conflit dans l’est ukrainien, poumon économique du pays.

Le FMI, qui vient de débloquer un nouveau prêt à l’Ukraine, juge la dette du pays « soutenable », mais assure qu’elle reste soumise à de grands risques liés notamment au conflit dans l’est pro-russe, selon un rapport publié mardi.

En mars, l’institution avait au total accordé une ligne de crédit de 16 milliards d’euros déboursable par tranches et soumise à la mise en œuvre de mesures d’économie drastiques.

Dans son rapport, le FMI se montre également préoccupé par l’endettement du pays, qui devrait approcher les 100 % de son produit intérieur brut cette année sur fond de sévère récession (-9 % attendu).

En annonçant son aide en mars, le FMI avait sommé l’Ukraine d’obtenir une réduction de dette de 15 milliards de dollars de ses créanciers privés. Les négociations, qui ont débuté dans un climat houleux, n’ont pas encore abouti.

« Même en cas de mise en œuvre réussie du programme de réformes et de l’opération sur la dette, d’importantes incertitudes demeurent », ajoute le FMI, pointant notamment les divisions politiques au Parlement et les lents progrès dans la lutte contre la corruption.

>> Lire aussi : L’UE retarde l’accord de libre-échange avec l’Ukraine