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26/09/2016

La Slovaquie veut rendre le pouvoir aux États membres

Europe de l'Est

La Slovaquie veut rendre le pouvoir aux États membres

Le premier ministre slovaque, Robert Fico, sortant du Conseil européen à Bruxelles.

[European Council]

La nouvelle présidence slovaque de l’UE  veut remettre les Etats membres à la barre de l’Europe, estimant que la Commission a échoué sur la gestion de la crise migratoire.

Le Premier ministre Robert Fico a énuméré les priorités de la présidence slovaque au Conseil de l’UE qui a débuté le 1er juillet. Comme l’avaient déjà annoncé les diplomates slovaques, les quatre piliers de la présidence slovaque seront « une économie plus forte pour l’Europe », « le marché unique mis à profit », « une politique équilibrée pour la migration et le droit d’asile » et « l’UE en tant qu’acteur mondial ».

La présidence slovaque prévoit également d’améliorer la communication avec le public européen, a annoncé Robert Fico. Il a ajouté que la Slovaquie veut se concentrer sur un agenda positif et « créer un espace et un cadre pour une discussion constructive ».

>> Lire : La présidence slovaque compte réconcilier l’est et l’ouest

Un agenda positif

Robert Fico a mis en avant un exemple positif de la politique migratoire : la création de côtes européennes et de gardes-frontières .

À l’inverse, il a pointé du doigt la proposition de réforme de la Commission concernant le système d’asile dublinois. Selon lui, il serait faux de rétorquer que ces propositions étaient soutenues par la majorité des États membres.

La proposition de la Commission d’imposer une amende de 250 000 euros par personne aux pays qui refuse d’accueillir des réfugiés a également été présentée comme un mauvais exemple.

Le Premier ministre slovaque a souligné que la Slovaquie fait partie de la majorité de pays qui considère que cette proposition est « complètement irrationnelle ». Pendant sa présidence, la Slovaquie n’ignorera pas ce sujet, mais cherchera au contraire à créer un espace pour qu’il puisse être discuté avec tous les États membres, a-t-il expliqué.

>> Lire : Les pays de Visegrad s’opposent à la réforme de la politique d’asile

D’ailleurs, il pense que les hommes politiques doivent admettre qu’ils ont échoué à communiquer les apports positifs des projets européens.

« Si vous interrogez un Slovaque sur les apports de l’agenda européen, il aura des difficultés à répondre et ce n’est plus acceptable », a insisté Robert Fico. Il a également cité l’exemple de l’espace Schengen, expliquant qu’il appartenait à la génération qui se souvenait des frontières fermées et qu’il avait personnellement vécu la création de Schengen comme un moment particulièrement marquant.

« Cependant, si vous demandez l’avis d’un Slovaque de 22 ans, il le considérerait comme acquis et ne se rendrait pas compte de l’importance de la contribution de l’UE », souligne-t-il.

Le futur de l’UE

Le Premier ministre se dit très satisfait que sa proposition d’organiser un sommet à Bratislava pour réfléchir sur l’avenir de l’UE, initialement soumise à François Hollande et Angela Merkel, ait été acceptée lors du sommet du 29 juin. Les 27 se sont accordés pour que le sommet ait lieu le 16 septembre.

Robert Fico a estimé que l’avenir de l’UE ne peut plus être décidé sans l’implication active des États membres qui ont rejoint le bloc après 2004. Il a déclaré qu’il était grand temps que ces pays soient reconnus pour leur connaissance des processus de transformation, pouvant durer des décennies à l’Ouest, mais beaucoup plus rapide dans cette partie de l’Europe.

>> Lire : Bratislava accueillera en septembre le premier sommet sur l’avenir de l’UE

Bruxelles a très mauvaise réputation

« Je suis contente que la réunion ait lieu en dehors de Bruxelles qui a très mauvaise réputation en ce moment. Nous nous réunirons à Bratislava, une autre capitale européenne, et aurons l’occasion d’échanger sur l’avenir de l’UE », a confirmé Robert Fico.

Selon lui, le sommet de Bratislava devrait à l’avenir être le modèle auquel se conformer pour les méthodes de travail. Au sein de l’UE, les décisions devraient être prises ensemble.

Le Premier ministre slovaque a affirmé que le sommet du 29 juin a laissé transparaître le consensus quant au maintien des traités fondamentaux.

« Certaines lois européennes doivent clairement être considérées comme un échec », a-t-il expliqué. Robert Fico a ajouté qu’il avait pris connaissance d’un sondage qui montrait clairement que la plupart des citoyens européens pensent que l’actuelle politique migratoire est un échec.

« Nous devons identifier les politiques qui ne fonctionnent pas et leur donner une seconde vie », a-t-il exprimé.

La Slovaquie veut contribuer à la création de mécanismes qui fonctionnent, a-t-il affirmé, soulignant implicitement que ce n’est pas le cas des politiques actuelles de la Commission. Il a remarqué que son pays a accueilli des réfugiés qui avaient demandé l’asile en Autriche pour venir en aide à leur voisin qui avait atteint ses limites. Cette mesure, prise bilatéralement, serait plus efficace que celles de la Commission.

L’expérience unique du divorce en douceur

Interrogé sur les velléités européennes de l’Écosse, Robert Fico a rappelé que la Slovaquie et la République tchèque avaient une expérience particulière avec la division pacifique de la Tchécoslovaquie en 1993.

« Nous sommes prêts à partager cette expérience avec les intéressés », a-t-il promis, ajoutant que les diplomates slovaques avaient soutenu le Monténégro, lors de sa sécession avec la Yougoslavie en 2006. Il précise, toutefois, que l’avenir de l’Écosse est une thématique propre au Royaume-Uni.

Le ministre des affaires étrangères Miroslav Lajčák s’est adressé à la presse à une autre occasion. Invité à commenter le discours de Robert Fico, qui semble préconiser un retour à la méthode intergouvernementale, il a déclaré que le document adopté lors du sommet à Bruxelles accordait clairement la direction au Conseil.

« D’après moi, c’est logique, c’est là que vivent les citoyens européens. Ils ne vivent pas dans les institutions, ils vivent dans les États membres. C’est donc cohérent que la politique européenne doive être menée par les États membres, à travers l’accord des gouvernements élus démocratiquement », a-t-il expliqué.

Néanmoins, il a précisé qu’il ne voulait pas assister à une compétition entre les institutions. Miroslav Lajčák a reconnu que la résolution du Parlement européen et le document adopté par les dirigeants européens ne se recoupaient pas, mais il a exprimé sa préférence pour la direction des États membres.

Si les citoyens européens sont déçus de l’UE, c’est parce que « les institutions sont trop nombreuses pour trop peu d’États membres responsables de l’agenda », a-t-il jugé.

« Tous nos dirigeants communiquent brillamment, c’est de cette façon qu’ils remportent les élections. Comment se fait-il que l’Union soit incapable de communiquer de façon compréhensible avec ses citoyens ? » s’est-il demandé.

Les politiques formulées par les États membres

Le ministre des affaires étrangères slovaque a assuré qu’il avait beaucoup de respect pour la Commission européenne et qu’il travaillait lui-même pour au service externe pour l’action européenne. Il a malgré tout répété que les politiques devraient être mises en place par les États membres, tandis que la Commission devrait s’assurer qu’elles seront appliquées, sans conflit entre les différentes décisions politiques.

Miroslav Lajčák, qui est candidat au poste de secrétaire général de l’ONU, a prétendu que le traité de Lisbonne, qui définissait les rôles du président du Conseil et du Haut Représentant pour les affaires étrangères, avait diminué l’importance de la présidence tournante.

De même, il pense que le modèle des spitzenkandidaten a déséquilibré la balance entre les trois institutions au détriment du Conseil. Auparavant, les chefs d’État et les gouvernements choisissaient le dirigeant de la Commission.

Selon le ministre slovaque, les États membres sont parfois mis de côté. Dans certaines situations, la Commission soumettrait une proposition de loi qui ne reflèterait pas ce que le Conseil avait approuvé.

La légitimité démocratique repose sur les chefs d’État et les gouvernements qui ont été élus et représentent les 500 millions de citoyens européens, a insisté Miroslav Lajčák.