Tsipras veut faire d’Athènes le lien entre Moscou et Bruxelles

Alexis Tsipras [matthew_tsimitak/Flickr]

Alexis Tsipras a réitéré son opposition vis-à-vis des sanctions contre la Russie et sa volonté de renforcer ses relations avec le Kremlin, en amont d’une visite controversée à Moscou les 8 et 9 avril.

Le premier ministre grec Alexis Tsipras va rencontrer le président russe, Vladimir Poutine et son Premier ministre, Dmitri Medvedev, afin de traiter plusieurs sujets, dont la coopération énergétique et les relations UE-Russie, selon un communiqué de son cabinet. 

Dans une interview donnée à l’agence de presse Tass, détenue par l’État russe, Alexis Tsipras a déclaré que les relations entre la Grèce et la Russie avaient reçu un coup l’année dernière car ses « prédécesseurs n’avaient pas fait de leur mieux pour éviter les sanctions [contre Moscou] dues à la crise ukrainienne ».

Inclure la Russie

« Passer d’une guerre réelle à une guerre économique ne mènera nulle part », a-t-il estimé, précisant le fait que durant le dernier sommet de l’UE, il a interrogé ses partenaires sur les sanctions émises mais n’a reçu aucune réponse.

« Presque personne ne m’a répondu […] Selon moi, la réponse est claire : la nouvelle architecture de sécurité en Europe devrait inclure la Russie. »

En temps d’instabilité géopolitique, Athènes « pourrait être le lien entre l’Ouest et la Russie », a-t-il continué. « Nous devrions essayer de comprendre comment nos nations et nos pays peuvent réellement coopérer dans de nombreux domaines : économie, énergie,  commerce et agriculture », a poursuivi le Premier ministre, « et comment nous entraider ».

Selon les derniers chiffres d’Eurostat, la Russie était, en 2014, le premier partenaire commercial de l’UE en termes d’importations de biens. Le premier destinataire des exportations européennes est la Turquie.

Expansion du Turkish Stream jusqu’en Grèce

« Un nouveau chapitre s’est ouvert dans les relations entre Athènes et Moscou », a affirmé le ministre grec de l’Environnement et de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, après une réunion avec son homologue russe, Alexander Novak et le directeur de Gazprom Alexey Miller.

Le ministre grec a également annoncé l’expansion du projet russe de gazoduc, Turkish Stream, jusqu’en Grèce. La décision finale sera prise par le Premier ministre grec, qui se basera sur les intérêts du pays et non pas de la Commission européenne.

>> Lire : Moscou et Athènes discutent du gazoduc Turkish Stream

Le gazoduc Turkish Stream est un projet de Gazprom ayant pour objectif d’acheminer du gaz russe via la mer Noire jusqu’en Turquie, et de là, vers une plateforme gazière située à la frontière gréco-turque.

Turkish Stream

Deux des principaux objectifs du projet de Turkish Stream sont de contourner l’Ukraine, et de punir la Bulgarie qui, selon la Russie, a fait obstacle à la construction de South Stream, le projet initial.

La Grèce importe 65 % de ses besoins en gaz de la Russie. Malgré un accord de réduction de 15 % des prix du gaz passé l’année dernière entre l’importateur et distributeur de gaz naturel (DEPA) et Gazprom, la Grèce continue à payer la facture la plus salée d’Europe, et ce, à cause du monopole d’État qui domine le marché énergétique grec.

>> Lire : Athènes s’oppose frontalement à l’Union de l’énergie

Le président de Gazprom, Alexey Miller, s’est inquiété de la baisse de consommation du gaz naturel russe en Grèce et a ajouté « nous en connaissons la cause et espérons que le nouveau gouvernement redressera la situation ».

Il a également critiqué la Commission européenne qui, selon lui, a fait tout son possible pour mettre un terme au projet du South Stream. Si l’UE ne crée pas sa propre infrastructure à la frontière entre la Turquie et la Grèce, ce sont 47 milliards de mètres cubes de gaz naturel qui seront perdus pour l’Europe, a-t-il prévenu.

Sur un total de 63 milliards de tonnes de gaz naturel qui seront acheminées par le nouveau gazoduc, 16 milliards seront distribuées sur le territoire turc pour satisfaire ses besoins énergétiques, a-t-il expliqué. Le reste sera vendu soit en Europe, soit sur le marché libre.

Réactions

Dans un effort pour minimiser l'importance de la visite d'Alexis Tsipras à Moscou, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré lors d'une conférence de presse commune avec François Hollande à Berlin : « Nous nous sommes aussi rendus à Moscou et pourtant, nous sommes toujours membres de l'UE et restons unis », a-t-elle souligné, faisant ainsi référence à la visite des deux dirigeants au Kremlin en février pour parvenir à un accord sur le conflit ukrainien.

« Je ne comprends pas pourquoi Alexis Tsipras ne devrait pas rendre visite à Vladimir Poutine. Il semble évident que la Russie n'est pas une alternative pour la Grèce. La place de la Grèce est dans la zone euro et il n'y a aucune raison de s'inquiéter », a déclaré Pierre Moscovici, commissaire chargé des affaires économiques, au journal portugais Diario Economico.

« La détente dans nos relations avec la Russie, le renforcement des liens avec la Chine et avec les pays du sud de l'Europe ne sont pas que des cibles légitimes. Ces liens sont importants pour l'indépendance du pays et pour briser la logique anti-européenne du pouvoir asymétrique de certains États au sein de l'UE », a déclaré Sofia Sakorafa, eurodéputée de Syriza, lors d'une interview avec EURACTIV Grèce.

« Il est inconcevable que l'Allemagne joue son propre jeu avec la Russie, serve ses intérêts énergétiques et exige en même temps que la Grèce suive aveuglément et contrairement à ses intérêts », a-t-elle ajouté.