Tusk navigue entre les conflits gelés du Caucase du Sud

Donald Tusk et Ilham Aliyev. Baku, 22 juillet. [President of Azerbaijan]

Le déplacement de Donald Tusk, le président du Conseil, dans le sud du Caucase a principalement tourné autour des conflits gelés dans le Haut-Karabakh, en Abkhazie et en Ossétie du Sud. 

Entre le 20 et le 22 juillet, Donald Tusk s’est rendu en Arménie, en Géorgie et en Azerbaïdjan, trois pays participant au Partenariat oriental lancé par l’UE.

La Géorgie a signé un accord d’association avec Bruxelles et souhaite entrer dans l’Union. L’Arménie a renoncé à un accord d’association pour se tourner plutôt vers l’union économique eurasienne, mise sur pied par Moscou. L’Azerbaïdjan, pays riche en gaz, développe ses liens avec l’Union et voudrait établir un partenariat fondé sur des sommets bilatéraux réguliers, du même type que ceux qui existent entre l’Australie ou la Corée du Sud et Bruxelles.

Ces trois pays sont toutefois encore embourbés dans des conflits nés de l’ère post-soviétique.

Des frontières mouvantes

En Géorgie, le gouvernement de Mikheïl Saakashvili s’est lancé en 2008 dans une guerre brève avec la Russie. À la suite de ce conflit, deux régions du pays, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, ont déclaré leur indépendance et se sont placées sous la houlette de Moscou.

Il y a une semaine, la Russie a déplacé la frontière entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie, prenant ainsi le contrôle d’une partie de l’oléoduc reliant Baku à Supsa.

« L’installation récente de nouveaux panneaux indiquant la frontière est un acte de provocation et ne contribue pas à la confiance et à l’avancement des efforts de stabilisation de la situation », a dénoncé Donald Tusk à Tbilissi.

Le président du Conseil a déclaré avoir assuré le Premier ministre géorgien, Irakli Garibashvili, de l’engagement de l’UE, qui soutient les efforts de résolution du conflit et l’intégralité territoriale de la Géorgie, conformément aux frontières internationalement reconnues.

« Les ‘traités’ signés récemment entre la Russie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud violent la souveraineté et l’intégralité territoriale géorgiennes. Ils contredisent les principes du droit international et les engagements internationaux de la Russie », a continué Donald Tusk.

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Affrontements sporadiques

En Arménie, le président du Conseil européen a également exprimé ses inquiétudes quant au tournant que prend le conflit gelé dans le Haut-Karabakh et a exhorté le président arménien, Serzh Sarkissian, et son homologue azéri, Ilham Aliyev, à entamer un dialogue.

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À ce jour, l’Azerbaïdjan et l’Arménie n’ont pas de relations diplomatiques. Depuis 25 ans, la région du Haut-Karabakh, qui fait officiellement partie de l’Azerbaïdjan, mais est majoritairement peuplée d’Arméniens, est occupée par des séparatistes soutenus par Erevan, qui ont déclaré son indépendance en septembre 1991.

Des accrochages ont lieu de façon sporadique à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et la peur d’une reprise du conflit est aujourd’hui bien présente.

Le conflit est né à la chute du régime soviétique, quand des séparatistes arméniens soutenus par Erevan ont pris le contrôle de plusieurs régions d’Azerbaïdjan. Ce conflit sanglant a fait quelque 30 000 morts au début des années 1990.

Au mois de mai dernier, des contestations au sujet de la formulation de certaines déclarations sur le Haut-Karabakh ont failli empêcher l’élaboration d’un document commun lors du sommet du Partenariat oriental à Riga. Donald Tusk aurait alors appelé Ilham Aliyev, le président azéri, pour calmer les esprits.

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Baku estime que le Haut-Karabakh est occupé par l’Arménie, qu’il qualifie d’agresseur. Erevan assure de son côté qu’il n’a aucun contrôle effectif sur ce territoire, qui n’a cependant jamais fait partie de l’Azerbaïdjan indépendant.

Une décision récente de la Cour européenne des droits de l’Homme, saisie par sept Azéris qui n’ont pas pu retourner dans leur ville de Lachin, en Haut-Karabakh, ou recevoir une compensation pour la perte de leurs propriétés, a confirmé que l’Arménie contrôlait la région.

Un autre organe du Conseil de l’Europe a cependant adopté une résolution considérée comme « anti-azéri » par Baku. Dans cette résolution, on peut lire que « l’assemblée est consciente du conflit autour du Haut-Karabakh », au lieu de la formule préférée par Baku, « l’assemblée est consciente de l’occupation des territoires azéris ».

L’Arménie défend quant à elle l’autodétermination et l’indépendance de la région. Quelque 600 000 personnes ont été forcées de quitter la région pour se rendre en Azerbaïdjan, et aucune mesure n’est prévue pour leur retour dans un Haut-Karabakh indépendant. Il semblerait en outre que des Arméniens de Syrie soient à présent installés dans la région.

Le président arménien, Serzh Sarkissian, a profité de la visite de Donald Tusk pour promouvoir le principe d’autodétermination des peuples.

« Malgré les efforts de l’Azerbaïdjan, qui tente de déformer le problème, le droit des habitants du Haut-Karabakh à décider librement de leur avenir n’a pas été contesté depuis longtemps. C’est en outre précisé dans les déclarations des coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE. Dans ce contexte, nous sommes préparés à nous engager sur la voie de compromis raisonnables », a déclaré Serzh Sarkissian lors d’une conférence de presse commune avec Donald Tusk.

À Baku, le président du Conseil européen a cependant assuré que l’UE n’avait aucunement l’intention de reconnaître l’indépendance du Haut-Karabakh.

« L’UE soutient l’intégrité territoriale, l’indépendance et la souveraineté de l’Azerbaïdjan. L’UE et ses États membres n’ont pas reconnu le Haut-Karabakh », a-t-il rappelé.

Droits de l’Homme

Donald Tusk a par ailleurs abordé la question des droits de l’Homme en Azerbaïdjan. Différents organes européens et groupes de défense des droits de l’Homme ont accusé Ilham Aliyev de museler les dissidents et de mettre ses opposants en prison, des accusations rejetées en bloc par Baku.

« L’UE estime qu’une société ouverte est la meilleure garantie de stabilité et de prospérité à long terme. J’ai discuté avec le Président [Ilham Aliyev] de nos inquiétudes quant à la détention de défenseurs des droits de l’Homme et j’espère que la situation de ces personnes s’améliorera rapidement. Nous continuerons à discuter de ces problèmes et à explorer comment mettre en place une coopération bénéfique à tous en ce qui concerne les droits de l’Homme, notamment dans le contexte de nos relations contractuelles futures », a expliqué Donald Tusk.

Lundi dernier, Ilham Aliyev aurait riposté aux critiques occidentales, et notamment à une résolution de la chambre basse du parlement allemand, qui accuse l’Azerbaïdjan, un pays principalement musulman, de restreindre la liberté de culte et de discriminer sa population non-musulmane.

La résolution souligne aussi la situation générale des droits de l’Homme dans le pays, qui a sensiblement décliné depuis les élections présidentielles de 2013. Les députés allemands exhortent donc leur gouvernement à continuer à faire pression pour que Baku libère de manière inconditionnelle tous les prisonniers politiques.

« Le Bundestag [parlement] allemand est-il le maître du monde, doit-on tous lui obéir ? […] Nous ne voulons rien d’eux, mais eux, au contraire, ont besoin de notre gaz, de notre pétrole, de nos contrats et de notre activité dans la région », aurait déclaré Ilham Aliyev, selon Reuters.

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