Un eurodéputé socialiste craint qu’une armée européenne n’envenime les rapport avec Moscou

Knut Fleckenstein [Sarantis Michalopoulos]

La création d’une armée européenne « dès maintenant » serait contre productive pour les rapports entre Europe et Russie, selon le vice-président du groupe socialiste. Selon lui, Moscou se sentirait provoquée alors que son but premier est de combattre l’EI. 

La création d’une armée européenne, défendue par le Parti populaire européen, n’est pas un sujet pressant, pour la gauche européenne. Durant une réunion avec des journalistes à Bruxelles, le vice-président du groupe des socialistes et démocrates (S&D) du Parlement européen, Knut Fleckenstein a déclaré que ce n’était pas le bon moment pour en parler, expliquant que la Russie se sentirait provoquée alors que son but premier est de combattre l’EI

 « Discuter de cela maintenant c’est en rajouter, pour montrer notre force. Ce n’est pas par hasard qu’ils [le PPE] proposent ça maintenant, en ces temps de crise », a-t-il commenté, ajoutant que cela donnait l’impression que davantage de forces militaires étaient nécessaires, alors que ce n’est pas le cas.

Provocation délibérée du PPE

De leur côté, les dirigeants du PPE ont annoncé la semaine dernière qu’ils adopteraient un document stratégique pour avancer vers une union européenne de la défense lors du Congrès de Madrid, qui a débuté le 21 octobre à Madrid.

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L’idée d’une armée européenne a aussi été soulevée par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et a été soutenue par le gouvernement de coalition allemand.

En 2013, l’accord du gouvernement de coalition allemand prévoyait : « nous œuvrons pour un réseau rassemblant les forces européennes toujours plus étroitement, un réseau qui puisse évoluer pour former une armée européenne sous les ordres du Parlement ».

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Reprise du dialogue avec la Russie

Pour Knut Fleckenstein, la priorité est de sortir de l’impasse politique dans laquelle se trouvent l’Europe et Moscou en renouant le dialogue.

« Notre objectif premier est, après une longue pause, de reprendre les discussions avec nos homologues russes », a affirmé Knut Fleckenstein. Le 17 novembre, le S&D organise une conférence de haut niveau à Bruxelles, à laquelle participera Aleksey Pushkov, président de la commission des Affaires étrangères de la Douma [parlement] russe.

« Je ne comprends pas pourquoi Steinmeier et Mogherini peuvent s’entretenir avec Lavrov et Poutine, alors qu’au niveau parlementaire, nous devons nous taire et attendre que les choses s’améliorent », a-t-il regretté.

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L’eurodéputé a réitéré une demande qu’il avait faite un an plus tôt, pour retirer les parlementaires de la liste des personnes visées par les sanctions UE-Russie.

Régime sans visa

Concernant les sanctions imposées par l’UE à l’encontre de la Russie, il a déclaré que la meilleure des sanctions serait un régime sans visa pour la Russie. « Des milliers de jeunes pourraient ainsi se rassembler avec des projets et des idées communes […] cela ferait avancer le débat interne en Russie. »

Selon lui, un grand nombre d’eurodéputés PPE sont d’accord avec l’idée du S&D.  « Nombreux sont les membres italiens, français et allemands du PPE qui sont en faveur de cette initiative. »

Des sources proches du S&D ont pourtant affirmé à EURACTIV que les pays d’Europe de l’Est avaient exprimé de grandes réserves vis-à-vis de cette idée.

Les Russes veulent combattre Daech

Quant à la crise syrienne et la récente intervention de la Russie dans la région, Knut Fleckenstein s’est dit convaincu que le premier objectif de la Russie était de combattre Daech et a ajouté que Moscou était beaucoup plus ouverte au dialogue depuis qu’elle avait eu ce qu’elle voulait.

« Ils voulaient montrer qu’ils jouaient en première ligue, et pas en seconde. C’est ce qu’ils ont fait en Syrie […] Ils voulaient aussi être clairs sur le fait que, malgré les troubles dans l’est de l’Ukraine, ils ne tolèreraient pas la présence de l’OTAN à la frontière occidentale et puis il y a la Crimée », a-t-il déclaré, expliquant qu’à chaque fois qu’il essayait d’aborder le sujet de la Crimée avec ses homologues russes, ils contournaient la discussion.

Selon lui, malgré les gros titres de la presse internationale, les Américains et les Russes négocient en coulisse, et l’accord sur le nucléaire iranien est un bon exemple de coopération.

Avenir d’Assad

Faisant référence au président syrien, Bachar al-Assad, Knut Fleckenstein a déclaré que les Russes étaient prêts à discuter de l’avenir de Damas avec l’Ouest.

L’eurodéputé a répété que Moscou avait eu ce qu’elle voulait, mais que les Russes étaient conscients du fait que sans Bachar al-Assad ils ne pourraient pas combattre l’EI efficacement.

Il a ajouté que les Russes cherchaient une garantie pour leur base militaire, la seule dans la région, et trouveraient ensuite un moyen de construire une nouvelle Syrie « et pour l’instant cela n’est pas possible sans Assad, qui [selon la Russie] est le président élu ».