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28/08/2016

Un hiver sans gaz russe, le test de l’UE

Europe de l'Est

Un hiver sans gaz russe, le test de l’UE

Publicité Gazprom. Moscou, 2006. [Martin Griffiths/Flickr]

La Commission présente une toute première analyse des conséquences d’une perturbation, voire d’une interruption complète, des livraisons de gaz russe aux pays de l’Union et à leurs voisins. Comme prévu, tous les États ne sont pas égaux devant les risques. 

L’hiver arrive, et la crise ukrainienne ne faiblit pas. La Commission a donc organisé un test de résistance pour savoir précisément où la pénurie serait grave et quels sont les moyens de limiter ses conséquences.

Cet exercice consistait en une simulation des deux scénarios de pénurie les plus probables pour l’automne et l’hiver. Le test portait sur des périodes de deux et six mois dans les deux cas que voici :

  • l’interruption totale des exportations de gaz russe vers l’UE et les membres de la Communauté de l’énergie (l’Ukraine, la Moldavie et les pays des Balkans occidentaux). Ce scénario inclut également un arrêt complet des livraisons effectuées via le gazoduc Nord Stream, qui fournit du gaz russe à l’Allemagne en passant sous la mer Baltique ;
  • la fermeture de la voie de transit du gaz par l’Ukraine.

Tant que Moscou et Kiev n’arrivent pas à tomber d’accord sur le prix du gaz que Gazprom livre à l’Ukraine, ce second scénario reste réaliste. L’interruption totale des exportations de gaz russe vers l’UE constitue quant à elle un scénario catastrophe, qui durerait probablement six mois.

Face aux questions des journalistes sur le choix d’envisager cette possibilité, et pour six mois à fortiori, un représentant de la Commission a souligné qu’il s’agissait là d’une analyse hypothétique, et non d’un véritable pronostic.

« Si vous voulez tester votre système, il est logique et prudent de prendre en compte des scénarios extrêmes, tout en sachant qu’il dépend de multiples facteurs, qui ne sont pas tous du ressort de l’UE », explique-t-il. Quant à la période de six mois, elle couvre l’hiver, de septembre à février, l’intervalle durant lequel la consommation de gaz est la plus élevée.

Le GNL, une alternative de choix

La Commission considère le gaz naturel liquéfié (GNL) comme une alternative de choix permettant de multiplier les sources d’énergie en cas de pénurie grave. Il apparaît toutefois clairement que la Commission s’est prioritairement consacrée à l’analyse de sources d’énergie alternative en cas de crise, plutôt qu’à celle des prix du gaz importé d’autres pays, qui seraient probablement plus élevés.

Dans le cas d’un arrêt complet des exportations russes pendant six mois, par exemple, le gaz russe, qui représente normalement 22 % de la consommation européenne, serait principalement remplacé par des importations de GNL, qui coûte plus cher. Le GNL représente actuellement 7 % de la consommation totale de gaz dans l’Union européenne, un pourcentage qui serait porté à 33 % si la Russie cessait ses importations à destination de l’Europe.

« L’approvisionnement en GNL dans un contexte de crise peut se révéler à la fois cher et relativement lent, étant donné les paramètres commerciaux et opérationnels qui entreraient en compte. C’est pourquoi le stockage de davantage de GNL ou la souscription à une ‘assurance GNL’, sous forme d’une option d’achat, par exemple, permettraient de réduire considérablement les risques des fournisseurs d’énergie européens en garantissant un peu mieux les prix et les risques opérationnels », souligne le rapport officiel. 

La coopération, meilleure arme en cas de pénurie

Selon le rapport, les pays les plus touchés, quel que soit le scénario, seraient les États membres de l’Est de l’UE et les pays de la Communauté de l’énergie (l’Ukraine, la Moldavie et les pays des Balkans occidentaux). Cependant, les effets de l’interruption de livraison par la Russie pourraient être compensés si les États coopèrent et partagent leurs ressources gazières.

En l’absence de coopération, la pénurie pourrait atteindre 40 %, voire même beaucoup plus, des besoins en Bulgarie, Roumanie, Serbie, Bosnie-Herzégovine et dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine, tout du moins à la fin de la période d’interruption de six mois, toujours selon le rapport de la Commission. Cette pénurie se confirme dans les deux cas de figure testés. Des pénuries de la même ampleur frapperaient la Lituanie, l’Estonie et la Finlande si les exportations russes étaient totalement interrompues. La Hongrie et la Pologne seraient également affectées, mais dans une moindre mesure, puisque les pénuries atteindraient respectivement 30 % et 20 % pour ces pays.

Si à l’inverse les États coopèrent, les conséquences de la perturbation seraient fort limitées. Les seuls pays concernés de manière significative seraient alors l’Estonie et la Finlande.

L’Ukraine consomme habituellement environ 50 milliards de m3 de gaz naturel par an, dont 20 sont produits dans le pays même. Le test de résistance mené par la Commission montre que la production nationale et les réserves existantes permettraient de couvrir entre 50 et 70 % de ces besoins. Selon le rapport, des importations provenant de l’UE pourraient réduire l’ampleur de la pénurie. Reste à savoir comment les voisins européens de l’Ukraine, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie, parviendraient à envoyer du gaz à Kiev s’ils en manquent eux-mêmes.

Des réserves bien fournies

Le rapport souligne en outre le fait que les capacités de stockage de l’UE sont à l’heure actuelle à un niveau très élevé d’environ 90 %. En cas de crise prolongée ou d’hiver très froid, le niveau de ces réserves diminuerait néanmoins rapidement et l’achat de gaz provenant d’autres sources se révèlerait indispensable.

Réduire la demande

En cas de crise, les États membres sont incités à réduire leur livraison de gaz aux clients industriels et l’utilisation des centrales électriques au gaz. Ils sont également vivement encouragés à faire appel autant que possible à des carburants alternatifs, comme les biomasses ou le pétrole. Les systèmes de chauffage urbain de la plupart des pays concernés fonctionnent majoritairement au gaz, mais devraient pouvoir se nourrir de pétrole. On notera cependant qu’en Serbie et en Bosnie-Herzégovine, un tiers du système de chauffage urbain pourrait tourner avec du pétrole, mais que ces deux pays ne possèdent pas de réserves.

Plusieurs rapports nationaux font état de la possibilité de remplacer le gaz par de l’électricité, ou d’échanges possibles de gaz et d’électricité entre pays voisins. La Grèce pourrait par exemple importer de l’électricité de Bulgarie, pays qui n’en manque pas, et lui livrer en retour du GNL, une ressource rare pour Sofia.

Accélération de la construction d’infrastructures

La Commission pousse tous les pays membres à accélérer la construction des infrastructures nécessaires, telles que les structures de l’interconnexion gazière entre la Slovaquie et la Hongrie, ou le terminal de GNL ?winouj?cie en Pologne. 

Contexte

Un litige entre la Russie et l'Ukraine sur l'approvisionnement et le transit du gaz a laissé des millions d'Européens de l'Est sans chauffage au cours des trois premières semaines de l'année 2009. La même dispute a à nouveau menacé d’avoir des conséquences pour les fournisseurs de gaz de l’UE.

À l’heure actuelle, l’UE importe 53 % de l’énergie qu’elle consomme. La dépendance énergétique concerne le pétrole brut (à hauteur de presque 90 %), le gaz naturel (66 %) et, dans une moindre mesure, les combustibles solides (42 %), ainsi que les combustibles nucléaires (40 %). La moitié de la consommation d’énergie primaire de l’Europe (48 %) sert à chauffer l’air ou l’eau.

Prochaines étapes

  • 23-24 octobre : Sommet européen pour l'adoption de Conclusions inspirées des recommandations de la Commission

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