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28/08/2016

Un représentant russe tacle le rapprochement de la Serbie avec l’UE

Europe de l'Est

Un représentant russe tacle le rapprochement de la Serbie avec l’UE

L'Assemblée nationale serbe à Belgrade.

[dungodung/Flickr]

En visite à Belgrade, le vice-Premier ministre russe a abordé les sujets qui fâchent : l’armement des Balkans, l’immigration et l’OTAN.

Les visites officielles russes à Belgrade sont toujours délicates, étant donné la position difficile de la Serbie, tiraillée entre aspirations européennes et liens historiques et stratégiques étroits avec la Russie. Les quatre jours que Dmitry Rogozin, vice-Premier ministre russe, vient de passer en Serbie ont toutefois été particulièrement tendus.

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Dmitry Rogozin a rencontré le Premier ministre, Aleksandar Vu?i?, le ministre des Affaires étrangères, Ivica Da?i?, et le président, Tomislav Nikoli?. Le sujet le plus épineux de la rencontre a été la question d’une possible livraison d’armes russes à la Serbie, après les déclarations selon lesquelles la Croatie, le membre le plus récent de l’OTAN, était sur le point d’entrer en possession de missiles balistiques.

Ivica Da?i? assure que cela menace l’équilibre de la région, étant donné que le système de missiles acheté par Zagreb « pourrait atteindre Belgrade ». Aleksandar Vu?i? s’est également déclaré « inquiet » parce que certains pays de la région sont membres de l’OTAN, alors que la Serbie est militairement neutre.

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Les représentants n’ont donné aucune précision sur les demandes de Belgrade ou sur le prix que la Serbie est prête à débourser. Le Premier ministre a expliqué que la Serbie avait présenté ses besoins et qu’il revenait à présent à la Russie de voir ce qui était possible.

Le 11 janvier, Dmitry Rogozin lui avait donné la maquette d’un système de missile sol-mer S-300, en déclarant que la Russie soutiendrait Belgrade, son allié dans la région. Rappelant la campagne de bombardement menée par l’OTAN en Serbie en 1999, le vice-Premier ministre russe a souligné que cela ne serait plus possible avec un système S-300.

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Dmitry Rogozin a également affirmé que le Monténégro « regretterait » d’être devenu membre de l’OTAN. Le petit pays balkanique est en train d’accéder à l’alliance transatlantique.

Le représentant russe a également rencontré un membre de l’opposition, Vojislav Šešelj. Un procès est actuellement en cours au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie de La Haye contre cette personnalité d’extrême droite.

Dmitry Rogozin ne s’est également pas privé de commenter l’harmonisation réglementaire du pays avec l’UE et la crise de l’immigration. Selon les médias serbes, il aurait conseillé à Belgrade d’être prudent lors de l’harmonisation de sa politique extérieure avec celle de l’UE, afin de ne pas se retrouver dans une situation où « les femmes ont peur de sortir dans la rue » à cause des immigrants, en référence aux agressions de la nuit du Nouvel An à Cologne.

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« En ce qui concerne le scénario prédit par Dmitry Rogozin, je pense qu’il devrait s’occuper de son propre pays et nous laisser nous occuper du nôtre », a ensuite déclaré Zorana Mihajlovi?, vice-Première ministre serbe, lors d’une conférence de presse. Le parti démocrate, fervent opposant à l’UE, a immédiatement exigé qu’elle retire ses propos.

« Cela l’a-t-elle dérangé que [Rogozin] dise que la Serbie devait être prudente pour l’alignement de sa politique extérieure à celle de l’UE et que la Serbie était menacée par l’arrivée incontrôlée de migrants ? Mais cela l’a-t-elle aussi dérangé que la Russie dise clairement qu’il n’y aurait aucune limite pour la Serbie en ce qui concerne les livraisons d’armes ? », s’est interrogé Raškovi? Ivi?, président du parti.

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