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30/09/2016

Une levée des sanctions contre la Russie sacrifierait les valeurs de l’UE

Europe de l'Est

Une levée des sanctions contre la Russie sacrifierait les valeurs de l’UE

Geoffrey R. Pyatt

Exclusif. Kiev a fait un choix courageux pour la démocratie et la liberté, assure Geoffroy R. Pyatt, ambassadeur américain auprès de l’Ukraine. Il craint cependant que ses alliés européens ne se fatiguent d’un conflit prolongé.

Pour Washington, un assouplissement des sanctions occidentales pesant sur la Russie sur l’annexion de la Crimée, serait le pire scénario possible. Une possibilité pourtant loin d’être irréaliste.

« L’Ukraine est un élément essentiel à une Europe libre et pacifique », estime Geoffrey R. Pyatt, l’ambassadeur américain, lors d’une interview exclusive dans son bureau de Kiev.

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« L’Ukraine, qui veut rejoindre les valeurs européennes, a fait un choix courageux.  À présent, c’est la lassitude [européenne] sur la question qui pose un risque. Une levée partielle des sanctions européennes serait un sacrifice des valeurs européennes contre l’argent russe », avertit-il.

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Geoffroy R. Pyatt, diplomate de carrière, est devenu ambassadeur auprès de l’Ukraine en août 2013, juste avant les manifestations de la place Maïdan et le soulèvement qui se sont terminés dans le sang.

Depuis ces événements, l’Ukraine est engagée dans une « guerre hybride ». Les séparatistes soutenus par Moscou contrôlent en effet les régions de Donetsk et de Lougansk. L’armée ukrainienne combat les séparatistes avec l’aide de l’Europe et des États-Unis, qui lui ont fourni des équipements non létaux et ont entrainé des militaires. Les pays occidentaux ont également instauré des sanctions économiques à la Russie, qui a riposté de la même manière.

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Certains États membres, comme l’Italie et la Hongrie, se plaignent pourtant du poids économique des sanctions russes et européennes. Toute décision d’imposer ou de lever les sanctions européennes doit être adoptée à l’unanimité par les États membres.

Certains Européens appellent à un rapprochement entre Kiev et Moscou. « Ce n’est pas à nous de leur dire qu’ils [les Ukrainiens] doivent accepter les ambitions impériales de Poutine », fait cependant remarquer l’ambassadeur.

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Kiev, la capitale la plus pro-UE

Le diplomate assure que Kiev attache une très grande importance à ses relations avec l’UE.

Lors des manifestations de Maïdan, les Ukrainiens brandissaient d’ailleurs des drapeaux européens, signifiant ainsi leur désir d’entrer de rompre avec la sphère d’influence de Moscou pour poursuivre un avenir européen, rappelle-t-il.

« Kiev est la capitale la plus pro-européenne de tout le continent », assure- t-il, se référant à l’absence d’enthousiasme pour le projet européen dans certains États membres.

Les dirigeants ukrainiens estiment tous que l’Occident devrait continuer sa politique de sanctions contre la Russie après les nombreuses violations du cessez-le-feu des séparatistes pro-Moscou dans l’est du pays.

Les États-Unis partagent cet avis. Depuis le début du conflit armé, en 2014, Washington a alloué plus de 240 millions d’euros aux forces ukrainiennes, afin qu’elles puissent assurer le contrôle des frontières et défendre la souveraineté du pays. Une aide qui s’est révélée utile.

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Respect de l’accord de Minsk, une condition sine qua non

En février 2015 les dirigeants allemands, français, ukrainiens et russes ont signé un accord à Minsk (voir Contexte). Cet accord, qui comprend un cessez-le-feu a été violé à de nombreuses reprises.

Geoffrey R. Pyatt insiste : la révision des sanctions contre la Russie n’aura pas lieu tant que l’accord de Minsk n’est pas respecté. Outre le cessez-le-feu, l’accord prévoit la libération des otages et l’organisation d’élections conformes aux normes de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE).

Il implique également le repli des combattants russes et le rétablissement du contrôle ukrainien sur la frontière russo-ukrainienne. À l’heure actuelle, 400 kilomètres de frontière commune le long des zones aux mains des séparatistes sont contrôlés par la Russie.

Geoffrey R. Pyatt souligne que l’application complète des amendements constitutionnels, requis par l’accord de Minsk, n’est pas concevable sans un cessez-le-feu durable. C’est cet argument que brandissent également les représentants ukrainiens face aux critiques qui disent que Kiev n’en a pas fait assez pour concrétiser sa part de l’accord.

« Minsk n’a pas pour vocation de légitimer la présence russe dans le Donbass », rappelle Geoffrey R. Pyatt.

Interrogé sur l’avenir de la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en mars 2014, l’ambassadeur rétorque que Washington ne reconnait pas cette annexion. « Nous ferons en sorte que [la Russie] paye au prix fort l’occupation de la Crimée », assure l’ambassadeur américain.

Les nouvelles autorités ukrainiennes sont parfois critiquées pour la lenteur de la mise en place de réformes et de la lutte contre la corruption.

« Il serait tout à fait erroné de dire que rien n’a changé ces deux dernières années », affirme pourtant le diplomate, qui conclut en faisant référence aux élections à venir : « la question que doit à présent se poser la société civile ukrainienne est de savoir si 2016 est l’année durant laquelle les réformes deviendront irréversibles. »

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Contexte

Le 12 février 2015, après 17 heures de négociations dans la capitale biélorusse de Minsk, les dirigeants allemands, français, ukrainiens et russes ont signé un accord prévoyant la fin des combats dans l'est de l'Ukraine, ont apporté leur soutien à un accord pour mettre fin aux combats dans l'est de l'Ukraine. Ils se sont notamment engagés à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

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Des dirigeants occidentaux suivent de près l'application de cet accord. Le 2 mars 2015, les dirigeants européens ont déclaré que l'OSCE devait être plus impliquée dans le processus en endossant le rôle d'observateur et en participant à l'élimination des armes. Le 2 octobre 2015, les signataires de l'accord ont estimé qu'il serait temps d'organiser des élections conformes aux normes internationales. Le processus de paix de Minsk se déroulera donc en 2016.