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07/12/2016

Athènes adopte envers et contre tout sa loi sur la pauvreté

Europe sociale & Emploi

Athènes adopte envers et contre tout sa loi sur la pauvreté

Graffitis dénonçant la crise. Grèce, 2010. [Robert Gourley/Flickr]

[Robert Gourley/Flickr]

Le gouvernement grec a fait voter mercredi, avec le soutien de l’opposition, une loi destinée à soulager les plus durement touchés par la crise. Une décision qui a fait tiquer Bruxelles alors que les négociations sur la dette d’Athènes battent leur plein. 

Présentée comme une réponse à la crise humanitaire en Grèce, la première loi du gouvernement de Syriza n’a pas fait que des heureux du côté de Bruxelles, ou les négociations budgétaires avec Athènes risquent d’être envenimées.

La loi destinée à lutter contre la pauvreté répond aux promesses électorales du gouvernement issu des législatives de fin janvier, et vise à secourir les foyers privés d’électricité ou faisant face à des problèmes de logement et de nourriture.

Le débat au parlement sur le projet de loi, « le premier du gouvernement de salut national » comme l’a souligné dans son discours le Premier ministre Alexis Tsipras, s’est achevé par une approbation massive, les deux principaux partis d’opposition, Nouvelle Démocratie (conservateurs) et PASOK (socialistes) votant pour, aux côtés de la coalition Syriza-Grecs indépendants au pouvoir.

Pas de véto de la Commission

Mardi soir, le gouvernement avait soudain durci le ton contre la Commission européenne après des informations de presse affirmant que Bruxelles tiquait sur le vote du projet de loi, jugeant qu’il s’agissait d’une action « unilatérale » en désaccord avec l’accord de l’Eurogroupe du 20 février.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis a dénoncé mercredi un « veto », une « pression ».

Quelques heures plus tard, le commissaire européen Pierre Moscovici a dû expliquer la position de la Commission. Celle-ci défend « pleinement l’objectif d’aider les plus vulnérables » en Grèce et n’oppose « pas un quelconque veto » aux mesures d’urgence prise pour les plus pauvres, a-t-il assuré.

>> Lire : Accord à l’arrachée entre la Grèce et l’Eurogroupe

M. Tsipras, qui s’exprimait quelques heures après M. Moscovici, a estimé que le vote de la loi « répond avec détermination à certains de nos créanciers, à certains technocrates, qui disent que les mesures contre la crise humanitaire constituent une action unilatérale ». Mais il n’en a plus rajouté ensuite dans la polémique.

Interrogé sur l’avancée des négociations avec la Grèce après le vote, Jean-Claude Juncker a cependant réagi avec humeur. « Sur la Grèce, je reste inquiet et je ne suis pas satisfait des progrès faits ces derniers jours. Je voudrais que tout le monde retrouve son sérieux » a affirmé Jean-Claude Juncker, lors d’un point presse à Bruxelles

‘Indices dans le rouge’

La loi prévoit de rétablir le courant chez les ménages ne pouvant payer l’électricité et de leur fournir jusqu’à 300 kw/h d’électricité gratuite jusqu’à la fin de l’année.

Jusqu’à 30.000 foyers vont aussi recevoir une aide au logement de 70 à 220 euros et 300.000 personnes une aide alimentaire.

La loi comprend également des mesures pour des personnes qui ont perdu leur emploi ces derniers mois et sont privées de sécurité sociale.

Syriza ne cesse depuis deux ans de condamner la poursuite de la politique d’austérité, imposée au pays depuis l’éclosion de la crise en 2010, et qui a causé « une crise humanitaire », plongeant des centaines de milliers des citoyens dans la misère, en raison d’une explosion du chômage, du rabotage des salaires et des retraites et de la hausse des taxes.

« Quand tous les indices sont dans le rouge, chômage, pauvreté etc, on ne fait que ce qui est nécessaire pour faire face à ces problèmes », a lancé à l’Assemblée mercredi le ministre de l’Emploi, Panos Skourletis.

Outre ces mesures sociales, la loi prévoit « la création d’un secrétariat général pour la lutte contre la corruption ». Ce secrétariat doit œuvrer « pour renforcer les contrôles des organes gouvernementaux et renforcer leur rentabilité », stipule le texte adopté.

Négociations parasitées

Ce vote intervient en pleines négociations de la Grèce avec ses créanciers pour mettre sur les rails l’accord du 20 février qui prévoit une série de réformes par la Grèce.

>>Lire: Eurogroupe s’impatiente face à Athènes

Le pays attend en échange le versement de la dernière tranche de prêts européens au pays, environ 7 milliards d’euros, pour faire face à la pénurie financière qui le menace.

M. Tsipras espère un règlement « politique » de ce dossier si possible en marge du sommet européen de jeudi et vendredi à Bruxelles. Il a demandé à rencontrer les principaux dirigeants de l’UE, notamment la chancelière allemande Angela Merkel (qu’il reverra lundi à Berlin) et le président français François Hollande.