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31/08/2016

Comment l’UE lutte pour l’emploi des jeunes

Europe sociale & Emploi

Comment l’UE lutte pour l’emploi des jeunes

File d'attente.

Expérience finlandaise au départ, la “garantie jeunesse” peut être un succès, comme à Bondy en région parisienne. Mais l’extension européenne du dispositif démarre au ralenti.

C’est une première sans star ni paillettes, mais plutôt concluante. Depuis octobre dernier, la mission locale de Bondy, en Seine-Saint-Denis propose la « garantie jeunes », un dispositif destiné à soutenir les jeunes de 18 à 25 ans dans leur recherche d’emploi.

« Nous avons été parmi les premiers à appliquer la garantie jeunes en France» se félicite Arthur Frattini, conseiller à la mission locale. Et les débuts se sont faits sur les chapeaux de roue, le 14 octobre dernier, en présence de l’ex Premier ministre Jean-Marc Ayrault et du président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, élu à Seine-Saint-Denis.

De Bondy à l’Assemblé nationale

« Lors du lancement, j’ai coincé Claude Bartolone et je lui ai demandé de placer des jeunes en recherche d’emploi à l’Assemblée nationale » raconte le conseiller. Et il a réussi. Plusieurs jeunes de banlieue se rendent quotidiennement sous les ors de la République dans les différents services de l’assemblée législative. Un symbole de taille pour une initiative qui en est encore à ses balbutiements. La garantie jeunes vise à aider les 18-25 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) et en grande précarité.

« Depuis octobre, 49 jeunes ont rejoint ce programme sur les 152 que nous souhaitons accueillir d’ici octobre 2014. 25 % ont déjà trouvé un emploi et l’on vise à terme 2/3 de jeunes reclassés » détaille Arthur Frattini. En quelques mois, les résultats sont déjà au rendez-vous. « Pour l’instant, on a pas trouvé de meilleur outil » reconnaît le conseiller « même si les résultats sont encore très variables selon les missions locales ».

Aide mensuelle de 433 euros

Tout n’est pas encore parfait. Malgré les nombreux avantages (aide mensuelle de 433 euros, accompagnement personnalisé, formation, etc.), « les candidats ne se bousculent pas au portillon, car le dispositif reste méconnu » remarque Arthur Frattini. Et le déblocage de l’aide mensuelle tarde parfois trop (2,5 à 3 mois) pour les candidats en situation de grande précarité.

Dotée d’un budget de 30 millions d’euros pour 2014, la garantie jeunes ne profite pour l’heure qu’à 10 000 jeunes dans 10 territoires prioritaires où le chômage des moins de 25 ans dépasse les 25 %.

Mais à partir d’octobre 2014, le dispositif devrait être étendu à 20 000 jeunes supplémentaires, puis être généralisé à l’ensemble du territoire français dès 2016. L’objectif sera alors d’accompagner la recherche d’emploi de 100 000 jeunes par an.

Une initiative finlandaise étendue à toute l’UE

Dans d’autres pays européens, le concept de la garantie jeunes n’est pas nouveau. En Finlande, le dispositif d’accompagnement des jeunes de moins de 25 ans qui ont terminé leurs études, mais n’ont pas trouvé d’emploi ou une autre formation a été mis en place dès 2005, puis étendu en 2013 au moins de 30 ans.

Le programme finlandais a l’avantage d’intervenir immédiatement lors de l’inscription du jeune au chômage, sans période de carence et vise un reclassement dans une période de 3 mois maximum.

Résultat, la garantie finlandaise affiche des taux de réussite de 79,2 % en 2010 puis de 83,5 % en 2011, notamment grâce à une augmentation du budget du programme en 2010.

Le succès de l’expérience finlandaise a inspiré l’Union européenne, fortement touchée par le chômage des jeunes, à mettre en œuvre une garantie similaire, la garantie pour la jeunesse européenne, programme européen vise à s’assurer que les jeunes sans emploi reçoivent un emploi, un stage ou une formation dans les quatre mois qui suivent leur diplôme ou leur inscription au chômage.

Lenteur au démarrage dans l’UE

Entre 2007 et 2013, le chômage des jeunes de moins de 25 ans a atteint des sommets en Europe, passant de 15,7 % à 23,4 %, selon Eurostat.  Dans certains pays tels que l’Espagne (55,5 %) ou la Grèce (58,3 %) les moyennes annuelles en 2013 atteignent des seuils intolérables.

Adoptée en février 2013, la garantie pour la jeunesse européenne vise également à aider tous les jeunes de moins de 25 ans à trouver un emploi, une formation continue, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivants la perte de leur emploi ou leur sortie de l’enseignement. 

Principalement financée par le Fonds social européen, la garantie pour la jeunesse va également bénéficier d’une rallonge exceptionnelle via l’initiative pour l’emploi des jeunes, dispositif qui augmente de 6 milliards sur la période 2014-2015 les financements européens en faveur de la lutte contre le chômage des jeunes dans les régions les plus touchées par le phénomène.

Pour l’heure, les différents programmes nationaux mis en place, comme en France, ne profitent pas encore de fonds de l’Initiative pour l’emploi des jeunes.

>>Lire : Les Etats membres tardent à adopter la Garantie pour la jeunesse

Selon la Commission, tous les États membres à l’exception de la Finlande ont communiqué leur plan de mise en œuvre de la garantie pour la jeunesse . Mais ces plans « sont encore en cours d’examen » et pourront « éventuellement faire l’objet de commentaires […]le 2 juin ».

Mais du côté du département de Seine-Saint-Denis, le déblocage de ces financements d’urgence ne se fait pas assez vite. « La Commission est insatisfaite de la répartition de la gouvernance de l’IEJ entre l’Etat et les régions, une nouveauté du système français » explique une source proche du dossier.

Résultat, la Commission pourrait émettre un avis négatif sur le programme français, retardant sa validation. Ainsi, malgré une programmation de l’IEJ sur les années 2014-2015, les premiers appels à projets ne pourront pas avoir lieu « avant septembre 2014 ».

« En dépit de la volonté d’aller vite, le niveau de sophistication du programme est un véritable frein à sa mise en place rapide » regrette un connaisseur du dossier. 

Un budget encore inférieur aux besoins

Aute critique, malgré la rallonge budgétaire accordée par l’UE, le programme européen est loin de bénéficier des fonds nécessaires. Les 6 millions supplémentaires en faveur de jeunes restent largement en deçà des besoins. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), une garantie jeune efficace à l’échelle de la zone euro reviendrait à 21 millions d’euros.

Un montant qui reste toutefois marginal face aux  150 milliards d’euros par an que pourrait coûter à l’UE la prise en charge et la perte de productivité des 7,5 millions de jeunes sans emploi, sans éducation ou sans formation, selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.  

À quelques jours des élections européennes, les différents partis politiques ont fait de la question de l’emploi de jeune un de leur cheval de bataille. « Si Martin Schultz est élu, la garantie jeunesse ce ne sera plus 6 milliards d’euros, mais 21 milliards d’euros !! » a affirmé Pervenche Berès, tête de liste du PS en Ile-de-France, lors d’une conférence de presse.

Alexis Tsipras, le candidat de la gauche radicale a également dénoncé la faiblesse de l’engagement européen en faveur de l’emploi de jeunes.  « L’Europe a donné 1 500 milliards pour aider les banques et seulement 6 milliards pour les jeunes », a-t-il regretté lors d’un débat télévisé le 15 mai. 

Contexte

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février 2013 du lancement de l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 8 milliards d'euros - dont 6 milliards dès février - en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et le restant serait disponible pour la durée du cadre financier pluriannuel sur sept ans.

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation.