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08/12/2016

Les écarts entre le Nord et le Sud de l’Europe s’accentuent

Europe sociale & Emploi

Les écarts entre le Nord et le Sud de l’Europe s’accentuent

Pegida

Entre la crise des réfugiés et une situation sociale difficile, l’UE subit une pression sans précédent selon la fondation Bertelsmann.

Parmi les membres de l’OCDE, les pays nordiques restent à la pointe en matière d’indicateurs de « gouvernance durable », selon une étude effectuée par la fondation Bertelsmann, un groupe de réflexion allemand renommé, et publiée le 18 août. La Grèce, en revanche, se classe dernière du peloton.

Globalement, les pays scandinaves ont obtenu les meilleurs résultats, la Suède en tête. Elle est suivie par la Suisse et l’Allemagne, comme le montre l’étude qui classe les pays selon 136 indicateurs de durabilité économique, sociale et environnementale.

Les pays nordiques s’essoufflent

Les pays nordiques commencent cependant à perdre leur avance, indique l’étude. « Alors que ces pays ont été des modèles d’égalité et d’opportunités de participation pendant des décennies, les inégalités salariales se sont creusées au Danemark et en Suède ces dernières années », a-t-elle mis en évidence.

La Finlande, par exemple, a chuté dans le classement en raison de l’affaiblissement de son marché du travail. Avec un taux de chômage de 9,6 %, le pays n’atteint à présent que la 30ème place parmi les 41 pays de l’OCDE et de l’UE. Il est même passé à la 33ème place pour le chômage des jeunes.

>> Lire : Chômage: l’Allemagne et la Grande-Bretagne font-elles vraiment mieux?

Cependant, les pays du sud de l’Europe, frappés par la crise, s’en sortent le moins bien. La Grèce occupe en effet la dernière place du classement. Bien que le paroxysme de la crise économique et financière ait été surmonté, les aliénations sociales, dues aux années de politiques d’austérité, ont encore un impact important.

« Le chômage de longue durée et la pauvreté chez les enfants atteignent des pourcentages à deux chiffres dans les pays du sud de l’Europe » et la situation semble encore loin de s’améliorer. En Espagne, la pauvreté des enfants a encore augmenté, atteignant le chiffre inquiétant de 23 %, alors qu’en Finlande, ce chiffre n’est que de 3,6 %. Un enfant sur cinq est actuellement exposé à la pauvreté en Grèce, selon les résultats de l’étude.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a appelé l’UE à réagir de toute urgence. « Nous ne pouvons pas accepter sans rien faire l’écart qui se creuse en matière de justice en Europe », a-t-il déclaré au magazine allemand Focus.

« Nous devons absolument faire quelque chose à propos de ces taux de chômage chez les jeunes, extrêmement élevés. Ils détruisent notre société de l’intérieur », a-t-il précisé.

>> Lire : «Si l’on peut renflouer les banques, on peut financer la cohésion sociale»

Le projet européen ne fonctionne pas

Pourtant, ces appels à réagir ne sont pas suivis par des mesures concrètes sur le terrain. Au contraire, « les divisions au sein de l’UE sont de plus en plus marquées, avec le flux de réfugiés le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale et le projet d’intégration européenne risque de ne pas fonctionner », a averti la fondation Bertelsmann. « Tout comme l’Allemagne, la Suède a atteint les limites de ses capacités à accueillir des réfugiés, étant donné leur nombre. »

Plus inquiétant, les solutions aux nombreux défis internationaux sont « de plus en plus difficiles [à trouver], suite à la polarisation politique grandissante dans de nombreux États », rapporte l’étude.

Alors que le changement climatique, le terrorisme et les flux migratoires seraient mieux gérés à l’échelle internationale, les réponses politiques demeurent obstinément au niveau national, ce qui porte préjudice à la crédibilité et la légitimité des gouvernements nationaux.

Les partis politiques extrémistes en profitent et prennent le pouvoir en Hongrie et en Pologne notamment, sapant les valeurs démocratiques et la liberté de la presse. En France, le Front national est « extrêmement populaire auprès des électeurs » et en Allemagne, le nouveau parti Alternative für Deutschland (AfD) « utilise la thématique des réfugiés pour sa campagne diffamatoire d’extrême droite ».

>> Lire : Lutter contre l’extrémisme pourrait devenir de l’aide au développement

« À la lumière des derniers développements, l’UE doit relever le plus grand défi de son histoire et est encore loin de trouver des solutions communes », conclut le rapport de la fondation Bertelsmann.

Contexte

Les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies sont composés de 17 indicateurs de développement mondial, adoptés en septembre 2015.

Ils sont différents des précédents, dans la mesure où ils sont valables pour l’ensemble de la planète et plus uniquement pour les pays en développement. Ces mesures visent un développement économique, social et environnemental qui concerne également les pays industrialisés.

La fondation Bertelsmann a déjà mis à l’épreuve des ODD préliminaires, pour lesquels les 34 pays de l’OCDE ont été comparés, avec 34 indicateurs correspondant aux 17 ODD. Les cinq pays les plus enclins à atteindre les objectifs de l’ONU sont quatre pays nordiques : la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande. La Suisse vient ensuite compléter le podium.

Les indicateurs de « gouvernance durable » de la fondation Bertelsmann mesurent précisément la viabilité des 41 États membres de l’OCDE et de l’UE. Ces indicateurs se divisent en trois groupes :

  • L’indice de performance politique, qui mesure le besoin de mettre en place des réformes dans un pays, selon la durabilité économique sociale et environnementale.
  • L’indice démocratique, qui mesure la qualité de l’État de droit et le cadre démocratique.
  • L’indice de gouvernance, qui mesure la capacité d’un pays à mettre en place des réformes, en examinant le gouvernement et les compétences de participation et de supervision des citoyens, parlements et autres acteurs sociaux.