Face au Grexit, la solidarité européenne n’est pas flagrante

Dimanche 5 juillet, les Grecs voteront sur l’avenir de la zone euro par référendum. Le réseau EURACTIV a fait un tour d’Europe des réactions à la crise grecque.

« Ne demande pas à mon peuple de t’aider alors que ton smic est plus élevé que le mien », pensent les petits pays de l’Est tels que la Slovénie ou la Slovaquie, a rapporté Michel Sapin, le ministre français des Finances, le 1er juillet.

De fait, de tous les nouveaux pays d’Europe de l’Est, seule la Slovénie a un revenu national brut (RNB) par habitant similaire à celui de la Grèce. La Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont des RNB plus bas.

En Slovaquie, la contribution versée à l’UE pour financer le plan de sauvetage grec a carrément fait chuter le gouvernement en 2011.

Slovaquie : « Pas à n’importe quel prix »

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a déclaré vouloir que la Grèce reste dans la zone euro, mais pas « à n’importe quel prix ».

« Nous sommes mentalement et techniquement préparés à une situation de crise, à la sortie de la Grèce de l’euro», a indiqué Robert Fico. La Slovaquie ne serait pas très affectée par la possible sortie de la zone euro de la Grèce, parce que les deux pays ne sont pas particulièrement proches.

Dans le passé, le Premier ministre s’est déjà opposé à l’idée d’une suppression de la dette grecque, qu’il a qualifiée de « fausse solidarité ».

« Je ne vois pas pourquoi la Slovaquie, les salaires et les retraites slovaques, devraient donner directement de l’argent à quelqu’un d’autre », a-t-il insisté au mois de février.

La question des retraites tient à cœur aux Slovaques. Depuis 2009, la retraite moyenne en Grèce a diminué pour atteindre les 833 euros mensuels. En comparaison, malgré le fait que la Slovaquie ait l’une des économies les plus dynamiques de la zone euro, la retraite moyenne ne s’élève qu’à 408 euros.

En ce qui concerne le référendum grec, le ministre des Finances, Peter Kažimír, et le ministre des Affaires étrangères, Miroslav Laj?ák, ont souligné que les développements récents étaient trop tardifs et ne pouvaient plus résoudre quoi que ce soit.

Bulgarie : la zone euro doit se discipliner

La Bulgarie ne fait pas partie de la zone euro, pourtant, étant le seul voisin européen de la Grèce, le pays suit de près la crise actuelle.

Lors d’une conférence de presse le 26 juin, lors du dernier sommet européen, le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a déclaré avoir demandé aux dirigeants européens de considérer le nombre de sommets qu’ils avaient passés à travailler « jusqu’à quatre heures du matin » sur le dossier grec.

« J’ai posé une question simple à Alexis [Tsipras]. Seront-ils en mesure de continuer seuls après six mois, ou pas ? »

Le Premier ministre bulgare a également indiqué s’être préparé à empêcher les fonds des banques grecques en Bulgarie d’être rapatriés en Grèce.

Quant à l’intention de la Bulgarie d’adopter la monnaie unique, « tant que la zone euro ne se discipline pas, je ne vois aucune raison de de se presser d’y entrer », estime-t-il, ajoutant que « si nous étions dans la zone euro, nous aurions aussi dû donner de l’argent à la Grèce. Les pauvres donnent de l’argent aux riches, pour moi, cela n’a aucun sens. »

Boyko Borissov a également condamné la Grèce qui n’en fait pas assez pour combattre la contrebande et a invité son homologue grec à venir voir les mesures mises en place du côté bulgare de la frontière. « Si nos deux pays coopèrent, ils pourront récupérer bien plus d’argent en réduisant ce trafic illégal, ce qui serait positif pour le budget grec », insiste-t-il.

République tchèque : avis partagés sur la faillite grecque

La République tchèque n’est pas non plus un membre de la zone euro. C’est son ministre des Finances, Andrej Babiš, qui a fait la sortie la plus remarquée sur le sujet grec, affirmant que « la Grèce devrait enfin faire faillite ».

« Je ne sais pas si vous savez que depuis 200 ans, la Grèce a fait faillite quatre fois. Je pense qu’Athènes devrait faire faillite une cinquième fois, afin de repartir à zéro », a-t-il expliqué.

Bohuslav Sobotka, le Premier ministre, a quant à lui fait le lien entre la crise de l’immigration et le défaut de paiement grec.

« La faillite de la Grèce nuirait à l’ensemble de l’UE et aggraverait la crise des réfugiés. 80 % des exportations tchèques sont envoyées dans les pays de la zone euro et c’est pour cette raison que la stabilité de la zone euro fait partie de nos intérêts stratégiques », a-t-il indiqué la semaine dernière.

Bohuslav Sobotka a aussi insisté sur l’importance d’une Grèce stable pour la gestion de la vague d’immigration actuelle : « la Grèce devrait améliorer la situation à la frontière sud de l’UE. Si le pays fait faillite, cela aggravera toute la crise des réfugiés ». Le Premier ministre a aussi qualifié le référendum proposé par le gouvernement grec d’« absurde ».

La crise grecque a par ailleurs donné de bons arguments à Petr Fiala, chef de file du parti d’opposition ODS, qui milite contre l’entrée de la République tchèque dans la zone euro.

« La crise a été engendrée par une politique du panier percé, associée à une monnaie sur laquelle le gouvernement n’avait aucune influence. La Grèce est une preuve et un avertissement », a-t-il déclaré sur Twitter.

La majorité des Allemands en faveur d’une sortie de l’euro

Au mois de juin, la majorité des Allemands se sont exprimés en faveur d’une sortie de l’euro pour la Grèce. Selon un sondage de YouGov, 58 % des Allemands préfèreraient que le pays quitte la zone euro. 28 % souhaitent au contraire que la Grèce garde la monnaie unique, et 14 % n’ont pas d’opinion ou ont préféré ne pas se prononcer.

Les leaders de l’opposition allemande accusent Angela Merkel et son gouvernement de ne pas avoir de plan en ce qui concerne la crise grecque. « Ils sont prêts à accepter un naufrage sans savoir exactement ce qui se passera après », condamne Gregor Gysi, personnalité éminente du parti de gauche, après une rencontre entre la chancelière et les représentants de tous les partis du parlement le 30 juin.

Les Verts et membres de la gauche allemande ont néanmoins indiqué avoir eu l’impression que le gouvernement était prêt à reprendre les négociations en vue d’une solution satisfaisante. Bernd Riexinger, coprésident du parti de gauche, estime qu’Angela Merkel se refuse à « être la chancelière qui a laissé se fragmenter la zone euro telle que nous la connaissons ».

« La Grèce est un membre de la zone euro », a martelé Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement le 30 juin. « Nos efforts vont dans le sens d’une Grèce intégrée à la zone euro. » Le 30 juin, la chancelière a elle-même appelé les Grecs à faire des « compromis » et a répété son avertissement de ces dernières années : « si l’euro échoue, l’Europe échoue ». Si le gouvernement grec demande la reprise des négociations après le référendum, « nous n’éviterons évidemment pas ces négociations », a-t-elle indiqué.

Elle a toutefois insisté que le fait que ni elle ni les autres dirigeants européens ne feraient marche arrière sur les réformes voulues en Grèce en échange d’un nouveau plan de sauvetage. La monnaie et l’union économique européennes dépendent des principes d’« efforts personnels et de solidarité », a-t-elle ajouté. « Si ces principes ne sont pas respectés, je suis profondément convaincue que l’euro échouera, et ce n’est pas ce que nous voulons. »

Le vice-chancelier, Sigmar Gabriel (SPD) a lui aussi prévenu que le référendum grec était un vote sur l’euro. « Les enjeux doivent être clairs : essentiellement, le référendum demande [aux Grecs] s’ils veulent rester ou non dans la zone euro », assure Sigmar Gabriel, ajoutant que le gouvernement grec devait être clair là-dessus avec la population.

Italie : inquiétudes liées aux banques

En Italie, le drame grec ravive les souvenirs de décembre 2011, lorsque les attaques spéculatives étaient si fortes que le gouvernement italien a dû faire face à un scénario de défaut de paiement.

Depuis le ministère des Finances italien prévoit des actions spécifiques pour gérer ses dettes et éviter tout type de problème. Durant la première partie de l’année, la plupart des émissions obligataires ont été avancées pour profiter des faibles écarts de taux d’intérêt. En avril, environ 50 % de toutes les obligations annuelles étaient déjà vendues. C’est pourquoi, au niveau politique, personne ne s’attend à vivre une catastrophe, même si l’exposition de crédit de l’Italie s’élève à environ 37,2 milliards d’euros.

L’inquiétude de l’opinion publique se concentre donc davantage sur les banques. En effet, si les écarts des taux des dettes souveraines augmentent, le coût des hypothèques pourrait considérablement augmenter. Les chiffres de l’association des banques italiennes (ABI) sont pourtant plutôt rassurants, puisque la véritable exposition des banques italiennes à la dette grecque n’est que de 800 millions d’euros.

Un Grexit non contrôlé ne serait donc pas fatal pour le marché des crédits italien. Une certaine angoisse est présente, mais le sentiment qui domine est que l’Italie est beaucoup plus solide qu’en 2011.

Le parti espagnol Podemos pense à un complot

Pablo Iglesias, leader du parti de gauche Podemos, vainqueur dans de nombreuses régions lors des élections municipales de mai, a déclaré qu’un éventuel Grexit aurait des conséquences directes pas seulement sur le peuple grec, mais dans toute l’UE et pourrait nuire aux perspectives électorales des partis émergents des pays du Sud, semblables à Syriza.

Podemos est souvent appelé « le Syriza espagnol » et le parti a des chances de faire partie d’un gouvernement de gauche après les élections générales de cet automne.

« En punissant les Grecs, ils veulent effrayer les Espagnols », a déclaré Pablo Iglesias. Les dernières propositions que la troïka a fait à la Grèce, a-t-il ajouté, ne sont qu’« ultimatum et chantage » envers Athènes.

Podemos soutient la décision d’Alexis Tsipras d’organiser un référendum, « comme le font les démocrates », a insisté Pablo Iglesias.

Interrogé sur le référendum, le Premier ministre, Mariano Rajoy, a quant à lui déclaré : « ça ne plaît à personne ». Il estime extrêmement important que la Grèce reste dans la zone euro. « La pire chose qui puisse arriver à la Grèce et à ses citoyens serait une sortie de l’euro », a-t-il affirmé. Selon lui, « les Espagnols peuvent être tranquilles », car, grâce aux réformes mises en place par son gouvernement de droite, le pays ibérique n’est plus dans une « zone de danger ».

Le ministre espagnol de l’Économie et de la Compétitivité, Luis de Guindos, a déclaré que l’Espagne était prête à éviter une possible contagion de la crise grecque. Lors d’une interview à la radio, le ministre, candidat espagnol à la présidence de l’Eurogroupe, a indiqué que les dernières données positives sur la croissance et le déficit de l’Espagne protégeaient d’une certaine manière l’économie espagnole de la pandémie grecque.

D’un autre côté, le secrétaire général des socialistes espagnols (PSOE) a mis en garde la Grèce contre le danger d’une hypothétique restructuration de la dette.  « Une dette doit toujours être remboursée », a-t-il dit la semaine dernière, en marge d’une réunion des socialistes européens. Alexis Tsipras « crée un climat d’instabilité », a-t-il ajouté. Cette instabilité fait souffrir les gens les plus vulnérables (le peuple grec), « qui finit par payer pour cette crise ».

Chypre, le médiateur des négociations

Chypre, pays où le drapeau grec est brandi beaucoup plus souvent que le drapeau national, a énormément souffert de l’exposition des banques chypriotes à la crise du gouvernement grec en 2012 et 2012-2013.

Le président chypriote, Nicos Anastasiades, a souvent fait pression sur les dirigeants européens pour parvenir à un compromis entre Athènes et ses créanciers.

« Nous jouons un rôle majeur pour que la Grèce reste dans la zone euro », a-t-il déclaré. « Nous voulons que la Grèce soit forte pour toutes les raisons évidentes, mais aussi parce qu’un programme qui relancera l’économie est essentiel et sera un soulagement, notamment pour les citoyens grecs.  »

Parallèlement, l’eurodéputée chypriote du PPE, Eleni Theocharous, a appelé à une réponse immédiate de l’UE à la crise humanitaire en Grèce. Quand EURACTIV Grèce lui a demandé de commenter l’évolution dramatique de la situation grecque, Eleni Theocharous a expliqué qu’elle avait envoyé une lettre au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, l’exhortant à prendre des mesures urgentes pour s’attaquer à la crise humanitaire dans laquelle sont plongés les citoyens grecs, et ce, quels que soient les résultats du référendum.

Le parti turc propose de payer la dette de la Grèce au FMI

Même si la Turquie n’est pas un membre de l’UE, le pays s’inquiète de la situation en Grèce, surtout parce que l’UE est son principal partenaire commercial et que l’industrie touristique des deux pays voisins est fortement liée.

« Le populisme mène au désastre ! », a tweeté Mehmet ?im?ek, le ministre turc des Finances, en partageant le lien d’un article sur les contrôles des capitaux imposés à la Grèce.

Au même moment, un parti de gauche au Parlement turc a émis l’idée surprenante que la Turquie pourrait payer la facture grecque. S’exprimant lors d’une conférence de presse à Ankara, Ertu?rul Kürkçü, un député du Parti démocratique populaire (HDP), a déclaré que la Turquie devait faire preuve de solidarité et offrir à son voisin 1,6 milliard d’euros de prêt à taux zéro.

« L’Europe doit voler au secours de la Grèce pour se sauver elle-même. L’échec de la Grèce entrainerait de graves ruptures au sein de la zone euro et de l’Union européenne », a déclaré Ertu?rul Kürkçü, ajoutant que « l’Allemagne, la BCE et le FMI faisaient pression sur le gouvernement Syriza, non pas pour défendre les intérêts de la Grèce, mais pour défendre leur propre argent ».

Contrairement à Syriza, le HDP prokurde est un membre affilié du Parti socialiste européen (PSE). Toutefois, Syriza a ouvertement soutenu le HDP lors des dernières élections générales turques début juin.

Le réseau EURACTIV : Myrna Nikolaidou, Lucie Bednarova, Can Girgiç, Giuseppe Latour, Aline Robert, Daniel Tost, Martina Dupakova, Fernando Heller et Georgi Gotev.