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24/02/2017

La Finlande lance le premier test d’un revenu de base en Europe

Europe sociale & Emploi

La Finlande lance le premier test d’un revenu de base en Europe

L'idée d'un revenu universel gagne du terrain.

[stanjourdan/ Flickr]

Alors que le débat fait encore rage entre défenseurs et opposants à l’idée d’un revenu universel de base, la Finlande a décidé de sauter le pas et mis en place un projet pilote dans le pays. Un article d’EurActiv Allemagne.

Intelligence artificielle,  biogénétique ou Internet des objets : la « quatrième révolution industrielle », aussi appelée Industrie 4.0 est en passe de bouleverser le monde du travail.

Selon la dernière étude sur l’avenir du travail du Forum économique mondial, plus de 5 millions d’emplois dans les 15 pays les plus industrialisés devraient disparaître d’ici 2020. Un chamboulement que les économistes et experts sociaux appellent à anticiper, notamment via l’instauration d’un revenu de base universel.

L’idée n’est pas nouvelle. Dès 1974, le gouvernement canadien a introduit un programme test de cinq ans dans la ville de Dauphin, province de Manitoba, appelé l’expérience Mincome. Depuis, le concept n’a cessé de faire débat. Les différences entre partisans et opposants à l’idée semblent pourtant irréconciliables, notamment du point de vue politique.

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Sauf en Finlande, où depuis le 1er janvier, 2 000 Finlandais bénéficient d’un revenu universel de base, soit 560 euros par mois, qui n’est pas taxé. Les candidats ont été sélectionnés parmi les citoyens bénéficiant déjà du chômage ou d’autres formes de subvention au revenu. Les aides au logement et autres subsides continueront à leur être versés, et les 560 euros leur seront toujours attribués s’ils trouvent du travail.

Le taux de chômage finlandais tournait l’an dernier autour de 8 %, et jusqu’à 20 % pour les jeunes. Le projet pilote est donc pris très au sérieux par Helsinki, qui espère rendre les citoyens moins dépendants des aides sociales. D’autres mécanismes ont également été mis au point pour favoriser l’emploi à temps partiel.

Un communiqué de presse du gouvernement a confirmé que le but du projet était de « répondre à la question brûlante : le revenu de base permet-il de lutter contre le chômage ? ». Le communiqué souligne également la nécessité de réduire la bureaucratie.

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Un Nouveau Monde du travail

L’étude du Forum économique mondial confirme aussi que la modification du paysage professionnel forcera les employés à être plus spécialisés. L’enquête note qu’il existe déjà un déficit de qualification dans tous les secteurs, et que d’ici cinq ans, les entreprises pourraient être confrontées à une pénurie sans précédent de candidats potentiels dans les secteurs moins rémunérés.

« Sans une action urgente et ciblée pour gérer la transition à moyen terme et créer une main-d’œuvre armée des compétences nécessaires à l’avenir, les gouvernements seront bientôt confrontés à un taux de chômage et à des inégalités croissantes. Les commerces auront quant à eux de moins de moins de clients », avertissent les auteurs de l’étude.

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Reste à savoir si le revenu universel de base permettra de remplacer plus efficacement les systèmes sociaux qui ne sont pas parvenus à parer ces difficultés.

Les critiques du système estiment qu’il n’est pas viable financièrement et assurent qu’il ne n’atteindra pas son objectif, la réduction du chômage.

Ce n’est toutefois pas ce qui ressort d’expériences antérieures, menées à une moindre échelle. L’expérience Mincome, au Canada, a ainsi généré une chute du nombre d’absences pour maladie, une amélioration du niveau de qualification des jeunes. Seul 1 % des participants avaient décidé de ne plus travailler.

Les Pays-Bas testeront un programme similaire dans 12 villes cette année. Ce projet se repose sur les structures familiales pour allouer entre 800 et 1 300 euros par mois aux bénéficiaires.

La France et l’Écosse pourraient bientôt suivre cet exemple. Guy Standing, économiste à l’origine du réseau mondial pour le revenu universel, a récemment indiqué au Guardian que «L’Écosse est clairement confrontée au sentiment d’insécurité, à la stagnation du niveau de vie, ect., et le soutien de nombre de membres du SNP signifie qu’il y a une vraie possibilité d’y lancer un projet-pilote ».

En Allemagne, l’opposition est encore grande. Pour mettre un tel projet en place, il faudrait en effet effectuer des changements énormes au système social du pays.

La multiplication des projets-pilotes en Europe devrait cependant encourager les gouvernements à se pencher sur la question.

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