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26/08/2016

L’initiative pour l’emploi des jeunes sur la sellette pour 2016

Europe sociale & Emploi

L’initiative pour l’emploi des jeunes sur la sellette pour 2016

Le Parlement européen défend la prolongation des financements de lutte contre le chômage des jeunes pour 2016. Mais les Etats membres renaclent à financer un programme dont l’efficacité est mise en doute. 

Lancée en grande pompe en février 2013 pour accélérer la lutte contre le chômage alarmant chez les jeunes européens, l’initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ) pourrait tourner court. Le dispositif qui prévoyait 6 milliards d’euros de fonds européens supplémentaires pour lutter plus efficacement contre le chômage des jeunes dans les régions les plus affectées peine à faire ses preuves.

Rallonge budgétaire

La rallonge budgétaire de L’IEJ devait venir soutenir la mise en œuvre de la garantie pour la jeunesse, autre programme européen en faveur de l’emploi des jeunes. Ce dernier vise à proposer à tous les jeunes européens de moins de 25 ans un emploi, un apprentissage, un stage ou une formation continue dans les quatre mois suivant la fin de leurs études ou leur inscription au chômage.

Cette garantie s’inspire d’un programme finlandais, qui a largement fait ses preuves avec des taux des taux de reclassement des jeunes sans emploi de 79,2 % en 2010 puis de 83,5 % en 2011. Au niveau européen, une garantie jeune efficace à l’échelle de la zone euro reviendrait à 21 milliards d’euros, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Le budget européen est loin d’autoriser une telle dépense.

>>Lire : L’initiative pour l’emploi des jeunes, un échec selon Angela Merkel

Pour 2016, les financements affectés à la lutte contre le chômage des jeunes pourraient bien passer à la trappe. En effet, les États membres de l’UE n’ont pas prévu de crédits pour l’année 2016, échaudés par la lenteur des premiers résultats.

Prolongation

Une économie rejetée en bloc par les parlementaires européens, qui ont décidé de rajouter 473 millions d’euros pour assurer la continuité des aides aux jeunes chômeurs pour 2016.

« Je suis absolument persuadée que ce programme doit être prolongé » a affirmé à EurActiv l’eurodéputée française Élisabeth Morin-Chartier (PPE). « Un des problèmes de l’Initiative pour l’emploi des jeunes est que nous avions prévu des fonds concentrés sur 2014 et 2015, mais rien pour 2016 » reconnait l’élue.

>>Lire : Le coup de pouce européen pour l’emploi de jeunes en France

En effet, face à l’urgence du chômage de masse chez les moins de 25 ans, les fonds supplémentaires avaient été concentrés sur deux ans, afin de produire des résultats rapides. « Mais vue la confusion qui règne entre l’IEJ et la garantie pour la jeunesse, même du côté de certains ministres du Travail, rien ne s’est passé en 2014 » rappelle Élisabeth Morin-Chartier.

Lenteur de la mise en oeuvre

Face à la lenteur de la mise en place, la Commission européenne avait décidé en mai 2015 de donner un nouveau coup de pouce en augmentant exceptionnellement le préfinancement des projets qui viennent en aide aux jeunes européens par l’intermédiaire de l’initiative pour l’emploi des jeunes, en passant de 1 % à 30 %.

Une mesure qui devait aider les pays et les régions en difficulté à avancer l’argent nécessaire pour lancer ces projets.

« Mais les régions les plus en difficulté sont aussi celles qui sont le plus faibles sur le plan administratif, et ont besoin de davantage qu’une assistance financière » signale l’eurodéputée française.

La France, qui avait reçu une enveloppe de 434 millions d’euros à répartir entre l’État et les 16 régions les plus touchées par le chômage des jeunes, a déjà budgété 417 millions d’euros, a affirmé le ministère du Travail à EurActiv.

>>Lire : La garantie jeunes s’étend à 61 territoires en France

Une partie importante de ces financements ont été orientés vers les emplois d’avenir, qui vise les jeunes sans diplôme ou peu diplômés ; et vers la « garantie jeunes » qui octroie une allocation aux 18-26 ans en contrepartie de leur participation à un dispositif d’accès à l’emploi et à la formation.

Mais pour l’heure, aucune évaluation n’a été menée pour évaluer l’impact des financements européens sur ces programmes.

Seul indicatif, les taux de chômage des jeunes sont en baisse. Entre 2007 et 2013, le chômage des jeunes de moins de 25 ans avait atteint des sommets en Europe, passant de 15,7 % à 23,4 %, selon Eurostat. 

Bilan en 2016

En septembre 2015, le nombre de jeunes sans emploi a diminué pour passer à 20,1 %. Mais les pays fortement touchés par les phénomènes comme l’Espagne, la Grèce, la Croatie ou l’Italie enregistrent toujours des niveaux de chômage dépassant les 40 % deux ans après la mise en place du dispositif.

 « Nous pouvons voir que l’initiative pour l’emploi des jeunes et la Garantie pour la jeunesse commencent à porter leurs fruits » affirme un porte-parole de la Commission à EurActiv. « Il y a maintenant 500 000 jeunes qui ont retrouvé du travail par rapport à l’an passé » poursuit-il.

« Selon l’évaluation et les rapports des États membres sur la mise en place et l’impact de l’initiative pour l’emploi des jeunes, qui doivent être rendus respectivement à la fin de l’année et en mars prochain, la Commission décidera si oui ou non, elle prolongera le financement de cette initiative en 2016 » a affirmé le porte-parole.

Un bras-de-fer qui s’annonce tenu avec le Parlement européen , qui négocie actuellement avec le Conseil, dans le but de conclure un accord entre les deux institutions sur le budget de l’an prochain

« Le Conseil va avoir du mal à revenir là-dessus » prévient Élisabeth Morin-Chartier.

Contexte

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février du lancement de l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 6 milliards d'euro en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et 2015. L'avenir du dipositif pour 2016 n'est pas assuré.

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation. L'UE a fixé un objectif de 75 % d'emploi d'ici 2020 pour la population active (de 20 à 64 ans).

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