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27/09/2016

L’intégration des Roms se poursuit péniblement en France

Europe sociale & Emploi

L’intégration des Roms se poursuit péniblement en France

Un Rom en train de mendier en Suède, 2013 [sigfrid lundford/flickr]

La fin des dernières restrictions à la libre circulation des travailleurs roumains et bulgares n’a pas permis aux populations Roms originaires de ces pays une meilleure intégration en France, où les discriminations persistent.

Le « péril Roms » annoncé au  1er janvier 2014 n’est pas arrivé. A cette date, les dernières restrictions à la liberté de circulation des travailleurs roumains et bulgares ont été levées dans neuf pays de l’Union, dont la France. Ces États membres avaient maintenu certaines mesures transitoires par crainte de voir affluer les travailleurs de ces deux pays.

A l’occasion d’un séminaire intitulé « Une nouvelle dynamique pour l’intégration des populations Roms » organisé à Paris dans le cadre des journées de l’égalité par Ile-de-France Europe, les participant ont dressé un premier bilan de la situation des populations Roms dans la région suite à levée de ces restructions.

« Fin janvier 2014, 8500 personnes vivaient dans 150 bidonvilles en Ile-de-France, selon les chiffres de la préfecture » souligne Laure Lechatellier, vice-présidente en charge de l’action sociale, de la santé, du handicap en Région Ile-de-France. « Ces chiffres sont restés stables depuis des années et malgré la fin des mesures transitoires au 1er janvier, contrairement à ce qui a souvent été dit » explique-t-elle.

Lors de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, l’Union européenne avait en effet imposé aux deux pays dont sont originaires la majorité des populations Roms en UE une période transitoire de sept ans avant d’accorder à leurs ressortissants «la liberté de circulation des travailleurs».

Fin des mesures transitoires

Avant le 1er  janvier, les Roms originaires de Roumanie et de Bulgarie pouvaient d’ores et déjà venir en France comme dans les autres pays de l’UE et s’y installer pour une durée maximum de trois mois. Mais ils restaient soumis  à une autorisation de travail et devaient justifier de ressources suffisantes pour rester légalement sur le territoire français au-delà de cette période.

La libre-circulation des travailleurs a donc mis fin à ce système et  ouvert un autre droit : celui de s’inscrire à Pôle emploi. Mais en Ile-de-France, la population Roms originaire de Roumanie et de Bulgarie n’a pas encore profité de cette possibilité, en raison de discriminations structurelles.

En France, le sentiment anti-Roms atteint en effet des sommets. Selon une étude du think tank américain  Pew Research Center, 66% de Français interrogés déclarent avoir une opinion négative des Roms.

Intégration à la peine

« Malgré la fin des mesures transitoires, l’affirmation et la reconnaissance de la citoyenneté européenne de ces populations pose encore problème » déplore Joseph Rustico, directeur de l’association pour l’accueil des voyageurs (ASAV)

« Nous allons poursuivre et renforcer l’intégration des Roms » a affirmé Roberto Romero, vice-président en charge des affaires européennes à la région Ile-de-France.

Selon la Commission européenne, les efforts français ne sont pas encore à la hauteur. « Le cadre de la politique d’intégration des Roms est en place et doit maintenant être pleinement mis en œuvre au niveau local. Une meilleure coordination entre les régions et le gouvernement central et une stratégie pour l’intégration de voyageurs doivent encore être développés » soulignait l’exécutif européen dans sa dernière évaluation en avril 2014.

Au-delà de la difficulté d’intégration, le discours politique français est également en porte-à-faux par rapport aux instructions de Bruxelles. En septembre dernier, la Commission européenne avait d’ailleurs une nouvelle fois rappelé la France à l’ordre sur le dossier des Roms. La vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding avait critiqué le discours du ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls,  sur la situation de cette minorité.

La question du ciblage ethnique

« La stratégie française a le mérite d’exister, surtout si l’on prend en considération la sensibilité française sur le ciblage ethnique » souligne Pascale Beauchamp, gestionnaire de programmes France de la DG emploi de la Commission européenne.

A l’occasion du Sommet européen sur l’intégration des Roms le 4 avril dernier, la vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, a évoqué la mise en place d’un fonds dédié aux Roms.  « Pour les étapes à venir, je peux m’imaginer des règles mieux ciblées ainsi qu’un instrument de financement spécifiquement dédié aux Roms – un fonds européen centralisé qui serait réservé au financement de projets concrets au bénéfice des Roms » a-t-elle détaillé. Un outil qui pourrait poser problème au regard du droit français.

En effet, le ciblage ethnique est interdit par le droit français, ce qui rend la mise en œuvre de politiques en faveur de l’intégration de cette minorité particulièrement difficile. Pour cibler au mieux la population Roms, les programmes de soutien s’adressent donc généralement aux populations vivant en situation de bidonville.  

Contexte

La question de l'intégration des Roms en France est un sujet de friction  récurrent avec l'exécutif européen. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la Commission avait menacé la France afin de stopper les expulsions de Roms.

Selon un rapport d'Amnesty international, le nombre de Roms expulsés de France est en augmentation  depuis le début des recensements en 2010 et des records ont été atteints pour l'année 2012 et l'été 2013, sous le gouvernement socialiste.

Le sujet revient régulièrement sur le devant de la scène politique française, notamment en période électorale.

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