L’unité de Syriza mise à rude épreuve par la perspective d’un accord

Alexis Tsipras à Moscou, 8 avril. [The Kremlin]

Un accord définitif entre Athènes et ses créanciers internationaux pourrait être signé d’ici la fin du mois, dont les conditions risquent néanmoins de diviser le parti au pouvoir. Un article d’EURACTIV Grèce.

Après trois mois de négociations houleuses entre le gouvernement de coalition grec et les créanciers du pays, il semblerait que la signature d’un accord soit possible d’ici la fin du mois de juin, date d’expiration du programme de renflouement actuel.

« Comme nous l’avons déjà souligné, nous ne fixons pas de date butoir. Pour nous, la seule limite est l’échéance du mois de juin », a indiqué la porte-parole de la Commission européenne, Mina Andreeva, le 1er juin.

>> Lire : Athènes en quête d’un nouveau prêt

L’UE presse Athènes de finaliser les négociations liées à un paiement de 7,2 milliards d’euros du programme de sauvetage, mais les discussions sont bloquées. Les créanciers exigent en effet la mise en place d’un régime de retraite et d’une politique du travail politiquement raisonnables, ainsi que l’accélération de la campagne de privatisation.

À gauche de la coalition

Syriza s’est allié au parti de droite des Grecs indépendants pour former un gouvernement de coalition. Au sein même de Syriza, il existe une « plateforme d’extrême gauche » réticente à un accord qui ne respecte pas l’engagement anti-austérité du parti.

Le ministre de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis, est un membre influent de cette plateforme. Il a récemment déclaré que le nouvel accord entre Athènes et ses créditeurs ne serait accepté par le gouvernement qu’à la condition qu’il soit compatible avec le programme de Syriza.

« Seul un accord [compatible], qui ne bloque pas le programme du parti, sera validé par le gouvernement », a insisté le ministre, ajoutant que toutes les promesses de campagnes seraient tenues.

L’eurodéputé Syriza Kostas Lapavitsas, également proche du groupe le plus à gauche du parti, a même été plus loin, estimant qu’une rupture avec les créanciers et un éventuel Grexit « pourrait également être une solution ».

« Le 25 janvier, le peuple grec nous a donné le mandat de rejeter le mémorandum […] nos créanciers nous mènent la vie dure à cause des orientations politiques de Syriza », a-t-il expliqué.

>> Lire : «L’échec des négociations avec la Grèce serait l’échec de l’Union européenne»

L’eurodéputé Kostas Chrysogonos, également membre de Syriza, est du même avis : « je ne vois pas qui accepterait de ses créanciers des conditions qui le placent en porte à faux avec ses électeurs ».

Les « modérés » et l’avenir

Les eurodéputés proches d’Alexis Tsipras, le Premier ministre, se montrent pourtant plus modérés et estiment qu’il faut trouver une solution sans sortir de la zone euro.

« L’immense majorité de la société grecque souhaite un compromis honnête dans le cadre de la zone euro », a assuré Dimitris Papadimoulis, eurodéputé Syriza et vice-président du Parlement européen.

>> Lire : La Grèce veut « un compromis honnête » avec ses créanciers

Signe de division tranchée au sein du parti, Nikos Pappas, ministre de l’Intérieur et allié du Premier ministre, a affirmé que « la discipline de parti doit être imposée » en ce qui concerne l’accord, une déclaration qui a déclenché de vives réactions.

« Si l’accord contient l’ancien mémorandum, il ne peut pas être question de discipline de parti. Les punitions et la discipline de parti n’ont rien à voir avec les valeurs de la gauche », a notamment indiqué Alexis Mitropoulos, vice-président du Parlement grec.

Dans un entretien pour le Süddeutsche Zeitung, Jean-Claude Juncker a rappelé qu’une sortie de l’euro aurait des conséquences désastreuses pour la zone euro.

« Je ne partage pas l’avis selon lequel nous aurions moins de soucis et de contraintes si la Grèce quittait l’euro », a-t-il répété, ajoutant que si un pays quittait la zone euro, « cela donnerait l’idée que l’euro n’est pas irréversible ».

>> Lire : L’ONU presse l’UE de s’engager dans un accord international sur la dette souveraine

Les partis d’opposition

Les partis d’opposition grecs sont prêts à voter en faveur de l’accord définitif.

« Notre objectif est de renforcer le gouvernement […] si M. Tsipras n’est pas sûr de récolter les voix des membres de son propre parti, il peut cependant compter sur les voix de Potami. Nous sommes pro-européens et nous ferons tout pour que la Grèce reste dans l’Europe », a déclaré Stavros Theodorakis, le chef de file du parti de centre-gauche, Potami (affilié au S&D).

La question semble diviser le principal parti d’opposition, de centre-droit, Nouvelle démocratie. La majorité de ses membres assurent que les organes officiels du parti décideront de leurs votes, mais Kyriakos Mitsotakis, qui semble briguer la position de dirigeant du parti, a déclaré que Nouvelle démocratie devrait voter en faveur de l’accord, même si celui-ci était médiocre.

Réactions

« Nous avions espéré que le gouvernement grec propose un plan de réforme sérieux afin de démanteler le système politique clientéliste grec, d’ouvrir l'économie grecque, de revigorer le marché du travail et de lutter contre la corruption profondément enracinée dans la société grecque », a déclaré Guy Verhofstadt, le président de l'ALDE. « Malheureusement, à ce jour, nous n’avons vu que des tentatives pour augmenter les impôts et des propositions visant à réunir les derniers euros qu'ils peuvent trouver, pour rembourser leurs créanciers. Il s’agit d’une politique de solution de fortune à court terme au lieu d’un plan de réforme durable vraiment nécessaire afin de fournir à la société grecque les moyens de sortir renforcés de cette crise. »

Le commissaire Günther Oettinger a réagi dans les pages du journal allemand Die Welt. « Il faut que des progrès soient réalisés au niveau du groupe de travail, afin que l'on puisse s'accorder sur un calendrier de réformes, dès cette semaine peut-être. Cela permettra le versement de la dernière tranche d'aide du programme en cours. »