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28/07/2016

La Commission dévoile son plan d’investissement de 315 milliards d’euros

Europe sociale & Emploi

La Commission dévoile son plan d’investissement de 315 milliards d’euros

Une effigie de Jean-Claude Juncker se dresse dans un couloir lors des élections pour la présidence de la Commission. Mai 2014. [Jean-Claude Juncker/Flick]

La Commission européenne a dévoilé le 25 novembre les détails de son plan d’investissement d’un montant de 315 milliards d’euros. Une mise de départ modeste hypothèquerait le résultat, selon certains.

Le plan Juncker de 300 milliards d’euros annoncé en juillet dernier devrait en faire 315, selon les derniers calculs de la Commission européenne, qui a dévoilé le 26 novembre l’articulation compliquée de ce nouveau plan d’investissement, qui devrait être opérationnel d’ici juin prochain, a déclaré le président de la Commission devant le Parlement européen.

« Nous avons besoin de combler le manque d’investissement en Europe, et nous avons besoin d’un mécanisme qui draine l’argent vers les pays qui ont le plus souffert de la crise » a précisé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devant les élus européens.

L’idée sur laquelle a travaillé l’équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et la garantie d’une provision de 8 milliards de fonds européens existants, contribution susceptible d’être élargie à 16 milliards.

Le Fonds pour les investissements stratégiques ainsi créé, d’un capital de 21 milliards d’euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

Graphique du plan JunckerGraphique du plan Juncker

>> Lire : Le plan Juncker, un projet a minima pour mettre tout le monde d’accord

Pour chaque euro investi, quinze euros mobilisés

Un système complexe permettra à l’investissement initial d’avoir des retombées quinze fois plus importantes que la mise de départ, selon l’exécutif européen.

Une série de nouvelles activités de la BEI sera rendue possible grâce à la protection de crédit offerte par le nouveau fonds. Les activités en questions comprendront entre autres le financement par endettement de projets risqués sur le long terme, des emprunts subordonnés et une variété de financements par émission d’actions. Ces instruments financiers à long terme seront utilisés dans différents secteurs clés, comme les transports, l’énergie et l’économie numérique.

Une partie des financements du nouveau fonds sera aussi dédiée au Fonds européen d’investissement, qui permet à son tour la protection de crédit à destination des PME. Celles-ci pourraient ainsi bénéficier de nouvelles injections de capital-risque, des garanties d’emprunt, de titrisation et du financement d’amorçage. Toutes ces activités devraient permettre d’offrir des micro-prêts aux PME, de financer de jeunes entreprises ou de proposer du capital-risque à des entreprises à moyenne capitalisation.

Les États membres libres de contribuer davantage

Dans le même temps, la Commission souhaite que les États membres puissent contribuer davantage de manière individuelle au plan d’investissement initial. Les pays de la zone euro pourront donc investir des montants supplémentaires qui seront utilisés sur leur territoire et seront déduits de leur calcul de déficit pour le semestre européen.

Selon les informations obtenues par EurActiv, la Slovaquie, la Finlande et l’Espagne auraient déjà manifesté leur intérêt pour cette possibilité.

« Il s’agit d’un plan d’investissement à long terme conçu pour remédier au manque d’investissement actuel en Europe, explique un fonctionnaire de la Commission. Nous voulons répondre aux inquiétudes des investisseurs et dissiper leurs doutes. »

En règle générale, ces nouveaux instruments permettent à la BEI et au Fonds européen d’investissement d’investir de manière plus risquée, palliant ainsi une faiblesse remarquée pendant la crise.

La partie n’est pas encore gagnée, selon BusinessEurope

Lors d’une conférence de presse donnée par BusinessEurope, une organisation représentant les entreprises européennes, le directeur général de l’organisation, Markus Beyrer, a exprimé son souhait de voir l’Europe se montrer optimiste quant à ce nouveau dispositif d’investissement.

« S’il s’agissait d’un plan présenté aux États-Unis par le Président Obama, il récolterait un large soutien, mais, comme cela nous arrive trop souvent en Europe, nous adoptons la perspective du verre à moitié vide », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il espérait voir se réaliser les attentes de la Commission en ce qui concerne la multiplication par quinze des investissements de base.

Markus Beyrer estime cependant qu’il existe encore beaucoup d’obstacles à la croissance au sein de l’UE, et que certaines règles devraient donc être modifiées ou supprimées pour que le plan d’investissement fonctionne au mieux.

Les propositions de BusinessEurope à ce sujet incluent une réforme du système européen d’échange de quotas d’émissions, une amélioration de la protection des entreprises face aux fuites de carbone, l’abandon du projet de taxe sur les transactions financières et la mise en place d’un dispositif optionnel pour l’établissement d’une assiette d’impôt consolidée pour les entreprises.

« Nous devons changer de cap en ce qui concerne l’action européenne pour la facilitation de l’investissement privé en Europe », assure-t-il.

>> Lire : Un lobby propose de simplifier l’UE en s’attaquant à l’égalité des genres et à l’environnement

Réactions

L'ONG Counter Balance s'est inquiétée mercredi du fait que le nouveau plan d'investissement allait faire reposer le risque sur les institutions publiques, et donc au final sur les contribuables. « Ce qui ressemble du premier coup d'oeil à une idée formidable pour financer les grandes infrastructures pourrait en fait avoir un effet dévastateur sur le budget des Etats-membres» a averti Xavier Sol, directeur de l'ONG.

« Le plan Juncker comblera moins de 40 % du manque d'investissement en Europe depuis la crise, les gouvernements de l'UE doivent investir plus» a indiqué Bernadette Segol, secrétaire générale de la Fédération des syndicats européens.

« Difficile de croire qu'avec 21 milliards d'argent déjà sur la table nous allons pouvoir mobiliser 315 milliards d'euros» a indiqué Philippe Lamberts, élu Vert belge, en insistant sur le besoin de recouvrer des ressources du côté de l'évasion fiscale.

« Ce plan d'investissements tant attendu marque l'acte premier d'une nouvelle approche de la Commission européenne, résolument tournée vers la croissance et la création d'emplois. Il doit permettre une relance durable, basée non pas sur la dette mais sur la mobilisation de capitaux privés. Beaucoup diront que ce n'est pas assez, que l'Europe peut faire plus. Tous ceux-là doivent comprendre que le plan présenté aujourd'hui n'est que le point de départ d'une longue série de mesures que Jean-Claude Juncker, soutenu par notre famille politique, s'est engagé à prendre pour redresser l'Europe » estime de son côté l'eurodéputée UMP Françoise Grossetête.

« Depuis le début de la crise, nous exigeons des mesures concrètes et rapides. Les socialistes européens proposent à Monsieur Juncker une autre stratégie : 100 milliards d’argent public, qui ne serait pas pris en compte dans le calcul des déficits nationaux, afin d’entraîner 400 milliards d’investissements. Ce nouveau fonds présenterait un multiplicateur crédible, et une somme capable de relancer la machine, l’investissement et la création d’emplois en Europe» a indiqué la délégation des eurodéputés socialistes.

Le temps des demi-mesures, du business as usual et des petits pas est révolu. La sagesse pour sauver les Européens du populisme et de la désintégration, c’est oser et innover ! Nous serons particulièrement vigilants sur la question de l’emploi : ce plan doit contribuer à résorber le chômage. La codécision nous permettra de vérifier cela pendant sa mise en œuvre.»

Contexte

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait annoncé un plan de mobilisation de 300 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

Le commissaire à l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité, Jyrki Katainen espérait que le paquet comprenne un partenariat public-privé, une plus grande capacité de prêt pour la BEI, ainsi que d'autres organes de prêt de l'Union, un plus grand nombre « d'investissements » par les États membres dans les domaines comme les infrastructures et la réalisation du marché unique.

Les détails du plan ont été dévoilés le 25 novembre et seront présentés à la réunion du Conseil européen en décembre. Le capital de la Banque européenne d'investissement (BEI), basée à Luxembourg, est au centre de ce projet, qui prévoit la création d’un Fonds européen d'investissements stratégiques, ainsi que des instruments permettant à la BEI de prendre plus de risques dans ses investissements.

La solidarité envers les pays du sud de l’Europe durement touchés par la crise et l’austérité est également un point important du plan Juncker.

Prochaines étapes

  • 18-19 Décembre : Les chefs d'États européens discuteront du plan Juncker lors de la réunion du Conseil à Bruxelles.

Plus d'information

Commission européenne

Discours de Jean-Claude Juncker

Présentation du plan d'investissement (EN)