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30/08/2016

La France poursuit sa politique d’expulsion des Roms condamnée par l’Europe

Europe sociale & Emploi

La France poursuit sa politique d’expulsion des Roms condamnée par l’Europe

Roma panhandler. Brussels, September 2015.

[Joel Schalit/Flickr]

La crise des réfugiés et un climat politique français hostile aux Roms ont encore réduit les relogements des populations expulsées. Un domaine dans lequel la France fait figure de cancre au niveau européen.

Les gouvernements passent, mais l’attitude de la France sur l’intégration des Roms demeure la même. Expulsions, discrimination, discours de haine et exclusion se poursuivent, en dépit des nombreux rappels à l’ordre de la communauté européenne et internationale.

Au cours de l’année 2015, les évacuations forcées de bidonvilles, dont les Roms représentent l’immense majorité des occupants, ont touché 11 128 personnes selon les données présentées par La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et le Centre européen pour les Droits des Roms.

>>Lire : La France, championne d’Europe des expulsions de Roms

« Les évacuations forcées ont encore été nombreuses cette année, surtout au troisième trimestre », détaille Philippe Goosens de la LDH. Bien qu’en baisse par rapport aux deux années précédentes, qui avaient enregistré un nombre record d’expulsions (19 380 en 2013 et 13 483 en 2014), le nombre d’expulsions est toujours jugé anormalement élevé par les deux organisations.

« Ces 11 128 expulsions font que 60 % de la population habitant en bidonville a été expulsée cette année », explique Philippe Goosens.

Exception européenne

Et le cas de figure français est plutôt isolé en Europe. « On n’observe dans aucun autre pays d’Europe les niveaux d’expulsion qui sont observés en France » poursuit-il.

>> Lire : Les États membres restent défaillants sur l’intégration des Roms

Et cela même dans les pays d’origine des Roms, comme la Bulgarie, où la situation est pourtant loin d’être idéale. « La Bulgarie a été critiquée par le Conseil de l’Europe sur les expulsions, mais reste loin des niveaux français », confirme Radost Zaharieva du Centre européen pour les Droits des Roms (CEDR).

Condamnations internationales

Ce n’est pas la première fois que l’attitude de la France est pointée du doigt. En septembre, le haut-commissaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) chargé des droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein, avait fortement dénoncé la « politique nationale systématique d’expulsions de force des Roms »

Dans son rapport sur la France, le comité des droits de l’homme des Nations unies, a appelé cette année le gouvernement du pays à « mettre un terme aux évacuations forcées des lieux de vie des migrants roms tant que des solutions alternatives et des propositions de relogement dignes et pérennes ne sont pas assurées ».

Du côté de la Commission européenne, qui insiste depuis longtemps sur la nécessité d’une meilleure politique d’intégration et met des milliards d’euros à disposition via son Fond social européen, les rappels à l’ordre se sont multipliés depuis quelques années. En 2010, la France avait même frôlé la procédure d’infraction, pour avoir établi une circulaire demandant aux autorités locales de cibler les populations roms lors des opérations d’expulsion.

« Les actes de discrimination raciale sont nombreux, et nous avons observé une montée de la violence et des discours de haine en France » relève Radost Zaharieva.

Une dégradation à laquelle les discours de la classe politique française ne sont pas étrangers, selon les deux associations. « Le discours politique en France par rapport aux Roms est loin d’être bienveillant », rappelle Radost Zaharieva.

>>Lire : Un ministre français accusé de racisme à la suite de commentaires sur les Roms

Obligation légale

La situation des Roms semble par ailleurs s’être dégradée sur un autre critère, celui du relogement après les expulsions. Depuis 2012, une circulaire contraint normalement les autorités à offrir un accompagnement social aux personnes évacuées (scolarisation, santé, emploi, logement/mise à l’abri…).

« Mais force est de constater que cette circulaire n’a jamais été mise en application », explique Françoise Dumont de la LDH. En 2015, sur les 116 bidonvilles évacués, seules les populations de 29 d’entre eux se sont vu proposer des solutions de logement temporaire, contre 71 solutions proposées pour 155 lieux évacués en 2014.

>> Lire : L’intégration des Roms se poursuit péniblement en France

« Et ces solutions de relogement se résument souvent à quelques nuits dans un hôtel social. Rien n’est proposé sur le long terme » explique Françoise Dumont.

La baisse du niveau de relogement en France coïncide avec l’accélération de la crise des réfugiés. « Pour les réfugiés, on a observé que le gouvernement avait réussi à trouver 20 000 solutions de relogement, ce qui n’a jamais été rendu possible pour les Roms », regrette Philippe Goosens. 

Contexte

Les Roms forment la plus grande majorité ethnique d’Europe. Ils sont entre 10 et 12 millions en Europe, dont 6 millions vivent dans l’Union européenne. Près de la moitié de cette population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Victimes d’exclusion sociale, de discrimination et de préjugés, les Roms ont difficilement accès à l’emploi, l’éducation, le logement et la santé. Bruxelles met pourtant à disposition de ses pays membres des aides financières pour des projets ciblant l’intégration des Roms, mais les États n’investissent pas et se contentent de déplacer le problème en expulsant ces populations.

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