La garantie jeunes s’étend à 61 territoires en France

L'accès au marché du travail des jeunes européens reste problématique © Shutterstock

La France va déployer son dispositif de lutte contre le chômage des jeunes dans 61 nouveaux territoires. Mais le renouvellement d’une partie des financements européens soutenant le  programme français après 2015 est incertain.

La garantie jeune prend de l’ampleur en France. Initialement lancé dans 10 territoires, le dispositif d’accompagnement des jeunes de moins de 25 ans qui ont terminé leurs études, mais n’ont pas trouvé d’emploi ou une autre formation doit être étendu à 61 nouveaux territoires au cours du premier semestre 2015.

La montée en puissance doit permettre de soutenir 50.000 jeunes en 2015, puis 100.000 en 2017, a précisé le ministre du Travail, François Rebsamen, à l’occasion d’une conférence de presse le 1er  décembre. Ces jeunes profiteront d’un accompagnement personnalisé pour revenir vers l’emploi ainsi que d’une allocation mensuelle d’environ 450 euros.

Pour 2015, le projet de budget français prévoit un coût de 164,2 millions d’euros assuré par l’État et 31,4 millions d’euros qui seront pourvus par les fonds européens de l’Initiative pour l’Emploi des Jeunes (IEJ). Mais les fonds européens ont vocation à occuper une place plus importante au cours de l’année 2015, et atteindre environ 50 % du financement du dispositif.

Pérennité

Problème, les financements européens provenant de l’Initiative pour l’emploi des jeunes (6 milliards d’euros pour l’ensemble de l’Union européenne), qui soutiennent une partie du dispositif de la garantie ont été concentrés sur les années 2014 et 2015, afin de répondre rapidement au problème du chômage des jeunes en Europe. Et rien ne garantit que le programme soit reconduit pour les années suivantes.

« La reconduction au-delà de 2015 de l’IEJ dépendra des résultats de l’initiative, mais aussi de son exécution », a prévenu la commissaire européenne en charge de l’Emploi, Marianne Thyssen, lors d’une visite à Paris.

« On a engagé beaucoup d’argent du budget européen sur les deux premières années. Nous allons défendre le renouvellement du programme lors de la revue à mi-mandat du budget européen en 2016, mais pour convaincre les États membres, il faudra des résultats », a-t-elle insisté.

Dispositif à la peine

Pour l’heure, le dispositif de l’IEJ, lancé en grande pompe par les chefs d’États et de gouvernement européens en 2013 est à la peine. « Pour l’instant, on regarde ce qu’on peut faire au sein de l’UE pour aider les États membres à aller plus vite » reconnaît la commissaire.

Début juin, la France était devenue le premier pays à obtenir la validation par Bruxelles de son programme en faveur de l’emploi des jeunes. La Commission européenne doit ainsi verser à la France 310 millions d’euros issus de l’initiative pour l’emploi des jeunes, mais aussi 310 millions provenant du Fonds social européen afin d’aider les jeunes à trouver un emploi dans les régions où le niveau de chômage dans leur tranche d’âge est au-dessus de 25 %.

>>Lire : Le coup de pouce européen pour l’emploi de jeunes en France

Cet argent communautaire finance une partie de la garantie jeune, mais aussi toute une myriade de programmes en faveur de l’emploi, comme le renforcement du service civique, ou encore le recrutement de conseillers spéciaux à Pôle-emploi, la lutte contre le décrochage scolaire, etc.

Un dispositif critiqué

Si la France a annoncé son soutien au renouvellement du programme de financement pour la période 2016-2020, sous réserve d’une évaluation positive, d’autres n’ont pas hésité à critiquer le dispositif, notamment pour la lenteur de sa mise en œuvre.

En juin dernier, la chancelière Angela Merkel avait publiquement estimé que l’initiative pour l’Emploi des jeunes ne tenait pas ses promesses, pointant du doigt la lenteur du système.

Autre critique, la complexité du mécanisme. Selon l’eurodéputée française Élisabeth Morin-Chartier (UMP), « le dispositif de l’IEJ est sorti du chapeau de deux chefs d’État, François Hollande et Angela Merkel. Il a été lancé comme une opération de communication ».

>>Lire : L’initiative pour l’emploi des jeunes, un échec selon Angela Merkel

Les financements additionnels de l’Initiative pour l’Emploi des jeunes devront faire leur preuve d’ici fin 2016, au moment de la révision de mi-mandat du cadre financier 2014-2020 de l’Union européenne.

« Reste un argument fondamental en faveur du maintien du dispositif. « Personne ne peut nier qu’il y ait un énorme problème d’entrée des jeunes sur le marché du travail en Europe » rappelle Élisabeth Morin-Chartier. « Cette politique de soutien aux jeunes, si elle s’avère efficace, il faudrait la poursuivre voir l’intensifier à l’avenir » poursuit-elle.

Selon les chiffres publiés par Eurostat pour le mois d’octobre 2014, le chômage des jeunes au sein de l’Union européenne est en léger recul par rapport à octobre 2013, passant de 23,3 % à  21,6 %. Au sein de la zone euro, le taux de chômage des moins de 25 ans est passé de 24 % à 23,5 %.

Mais dans certains pays très touchés par le phénomène,  comme la Grèce ( 49,3 %), l’Espagne (53,8 %),  ou l’Italie ( 43,3 % ), les taux de chômage des jeunes restent à des niveaux insoutenables. 

Contexte

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février du lancement de l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 6 milliards  d'euro en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et 2015. 

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation. L'UE a fixé un objectif de 75 % d'emploi d'ici 2020 pour la population active (de 20 à 64 ans).