La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

Manifestation de solidarité avec la Grèce à Bruxelles le 3 juillet. [Joel Schalit/Flickr]

La Grèce ne survivra pas à davantage d’austérité, qui entrainerait encore plus de troubles sociaux et réduirait les chances de reprise économique, selon un spécialiste de la dette des Nations unies. 

Dimanche 5 juillet, les Grecs ont largement rejeté les conditions d’un plan de sauvetage proposées par les créanciers du pays, rendant incertain l’avenir de la Grèce dans la zone euro et renforçant le désaccord entre Athènes et la troïka.

Juan Pablo Bohoslavsky, l’expert indépendant de l’ONU sur la dette extérieure, a expliqué à des journalistes que les créanciers européens de la Grèce auraient dû prêter davantage attention aux règles de droit international sur la dette.

Droit humanitaire international

« J’ai l’impression que l’UE a oublié que le droit humanitaire international joue un rôle important, et devrait jouer un rôle important dans la finance. La communauté internationale attache une grande importance à la connexion entre droits de l’Homme et finance », estime le spécialiste, qui travaille pour le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme.

« Si les parties impliquées dans la tragédie grecque avaient accordé plus d’attention au droit humanitaire, tout aurait été plus facile, surtout pour le peuple grec », a-t-il ajouté.

Juan Pablo Bohoslavsky souligne que les mesures d’austérité imposées à la Grèce n’avaient pas fonctionné, ajoutant qu’il se rendrait dans le pays dans le courant de l’année.

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« Le message des Grecs est très clair : assez d’austérité. En réalité, si vous regardez les chiffres, les mesures d’austérité n’ont pas vraiment aidé le pays à sortir de la crise. »

Dans une autre déclaration, le spécialiste s’inquiète des pénuries de nourriture et de médicaments et explique avoir demandé à rencontrer des représentants de l’UE pour leur rappeler leurs obligations vis-à-vis de la Grèce en ce qui concerne les droits de l’Homme.

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Juan Pablo Bohoslavsky, en visite à Pékin à l’invitation des autorités chinoises, a affirmé vouloir sensibiliser Pékin sur la nécessité de prendre les droits de l’Homme en compte dans les prêts internationaux, un sujet important pour la Chine, qui met sur pied deux organes de prêts multilatéraux en ce moment : Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures et la nouvelle banque de développement.

« Ces banques ne devraient pas adopter une idée étroite de l’efficacité, selon laquelle les droits de l’Homme jouent un rôle limité », a-t-il déclaré.

La Chine a promis que ces banques d’infrastructures suivront les meilleures pratiques en termes de transparence et de gouvernance.

Les défenseurs des droits de l’Homme critiquent souvent Pékin pour ses prêts « sans contrepartie » et sans supervision, particulièrement aux pays africains, qui encouragent, selon eux, la corruption et les abus.