Le chômage reprend sa progression en Italie

Matteo Renzi [Wikimedia]

Le taux de chômage a progressé de 0,1 point en mars en Italie à 12,7 % de la population active. Matteo Renzi compte sur ses « réformes », mais elles pourraient s’avérer insuffisantes.

Pour Matteo Renzi, c’est une bien mauvaise nouvelle. Mardi 31 mars, l’Istat, l’institut italien des statistiques, a rendu public des chiffres du chômage très décevant pour le mois de mars avec 3,24 millions de chômeurs, soit 12,7 % de la population active. Sur un mois, l’Italie compte 23.000 chômeurs en plus, soit une hausse de 0,7 %. Une hausse qui efface la stabilisation du mois de janvier et la baisse de février de 0,2 %. En un an, le pays a compté 67.000 chômeurs de plus, soit une hausse de 2,1 %.

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Le Premier ministre italien avait réagi avec enthousiasme sur Twitter lors des deux derniers chiffres avec son « mot-dièse » préféré, celui qui est censé incarné sa politique « la volta buona » (« cette fois est la bonne »). Sauf que, donc, cette fois n’a pas été la bonne. L’amélioration notable de l’état d’esprit des ménages et des entreprises italiens n’a pas suffi. Le chômage est remonté et il reste élevé, particulièrement chez les moins de 25 ans où il se situe à 42,6 % de la population active !

Le « Jobs act »

Certes, le Premier ministre pourra utiliser cet échec comme un argument en faveur de sa réforme du marché du travail, le fameux « Jobs act », dont les premiers décrets d’application ont été publiés début mars, un an après son approbation en conseil des ministres.

Cette loi supprime pour les nouvelles embauches, l’article 18 du statut des travailleurs qui permettait aux juges d’ordonner la réintégration des salariés licenciés abusivement. Cette protection est supprimée, sauf dans le cas de motifs ouvertement discriminatoires.

Comme l’avait reconnu lui-même Matteo Renzi, cet article était « un totem, un symbole. » Depuis 2012, en effet, l’article 18 avait été très largement amendé pour rendre la réintégration très difficile. Depuis, ces réintégrations étaient exceptionnelles. Du reste, 80 % des nouveaux contrats environ sont des contrats qui ne sont pas des CDI, donc qui ne sont pas couverts par l’article 18. Malgré tout, plusieurs entreprises ont annoncé des embauches suite à ces décrets d’application, par exemple Telecom Italia qui a promis de recruter 4.000 personnes. Le Jobs Act entend aussi favoriser les embauches en CDI, créer un salaire minimum (encore à définir) et améliorer l’accès aux indemnités chômage.

Pourquoi l’emploi italien s’est-il dégradé ?

Ces changements « structurels » ont obtenu les applaudissements de la Commission européenne et du FMI. Mais il n’est pas certain qu’ils puissent réellement inverser la tendance. Le chômage italien n’est pas que le fruit du manque de flexibilité.

Voici quatre ans, en mars 2011, le taux de chômage italien était de 7,8 %, avec un article 18 beaucoup plus contraignant. Pourtant, le pays n’est pas un « mauvais élève » en termes de coût du travail depuis 2010. La hausse de ce dernier de 3,9 % entre 2010 et 2014 est inférieure à celle de la France et de l’Allemagne. Dans l’industrie, une heure de travail italien coûte 27,8 euros en moyenne, c’est près de dix euros de moins que la France. Les salaires, entre 2011 et 2014, ont reculé de 1 % en termes réels (+1 % en termes nominaux).

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Les effets de l’austérité

Mais le problème est ailleurs. Le remède de cheval austéritaire imposé à la Péninsule par Mario Monti, conjuguée à celle appliquée un peu partout, a détérioré en profondeur la capacité économique du pays. Les entreprises ont réagi à la baisse de la demande en coupant dans l’investissement. L’investissement en équipements a ainsi été réduit entre 2012 et 2014 de 16,5 %. Il s’en est suivi des faillites chez les fournisseurs et un recul de la productivité par tête de 2,6 % entre 2010 et 2014 et cette baisse de la productivité a alourdi la progression du coût du travail. La compétitivité italienne n’a donc guère profité de la modération salariale en place depuis 2011. Les produits allemands, quoique plus chers, ont continué à gagner des parts de marché dans le haut de gamme, tandis que les produits espagnols venaient concurrencer les prix italiens sur le bas de gamme. C’est le premier effet de ciseaux qui a réduit l’emploi italien.

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Le deuxième, c’est qu’en comprimant les salaires et les dépenses sociales, l’austérité italienne a fortement comprimé le tissu économique qui vivait sur la demande locale. Il s’en est suivi une forte dégradation de l’emploi dans ces secteurs, principalement dans les services, sans que, on l’a vu, le secteur industriel puisse prendre le relais puisque le « moteur des exportations » ne fonctionne plus. La production industrielle a reculé de 9,9 % entre janvier 2010 et janvier 2015 et de 2,2 % sur un an.

Les actions nécessaires dépassent le marché du travail

Réduire le chômage en Italie ne peut donc passé que par une reconstruction de ce tissu économique local. Et c’est là le plus délicat. Dans le Nord, beaucoup de PME ont disparu suite à la crise, il est difficile d’inverser la tendance. Ailleurs, la pression sur les dépenses publiques de la dette immense du pays et du cadre du pacte de stabilité (tout juste desserré par Bruxelles en mars) empêche un vrai effort d’investissement public. Comme d’autres pays qui ont connu une sévère cure d’austérité, l’Italie sort meurtrie de cette période. La flexibilité du marché du travail ressemble donc à un pansement sur une jambe de bois. Le pays semble, sans vrai effort de reconstruction industrielle et sans relance de sa demande intérieure, condamné à vivre avec un chômage durablement élevé.

Cet article a initialement été publié sur le site de la Tribune