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23/01/2017

Le salaire minimum allemand modère le recours aux allocations chômage des salariés

Europe sociale & Emploi

Le salaire minimum allemand modère le recours aux allocations chômage des salariés

Un bar Hartz 4 à Köln.

[fabian-felix/Flickr]

En vigueur depuis début 2015, le salaire minimum allemand semble porter ses fruits, au moins sur les revenus des travailleurs. Les conséquences sur le marché de l’emploi restent floues.  Un article d’EurActiv Allemagne

Le salaire minimum légal de la République fédérale a fait l’objet de controverses lors de sa mise en place. Et pourtant il fonctionne. Les statistiques illustrent les premiers effets de la mesure sur le marché du travail.

En décembre 2014, l’Allemagne comptait encore 1,268 millions de travailleurs complétant leur salaire avec l’allocation de chômage Hartz IV.

En février 2015, soit deux mois après l’introduction du nouveau salaire minimum à 8,50 euros de l’heure, ce nombre a chuté à 1,223 millions, soit une baisse de 45 000 personnes. Ces données ont été transmises par le gouvernement en réponse à une demande des Verts au Bundestag.

Le document indique également que la proportion de personnes complétant un revenu faible grâce à l’indemnité de chômage est passée de 29,3 % fin 2014 à 27,8 % en février 2015.

Selon une porte-parole du Bureau fédéral du travail, le nombre de bénéficiaires de l’allocation recule toujours à cette période de l’année.

« C’est probablement parce que les personnes qui complètent leur salaire avec l’allocation chômage souffrent du chômage hivernal et reçoivent le Hartz IV de façon temporaire », a déclaré la porte-parole au journal Süddeutsche Zeitung. Le fait que la baisse est plus marquée que les années précédentes suggère un « lien avec la mise en place du salaire minimum ».

Les Verts : « Le salaire minimum n’est pas un outil pour combattre la pauvreté »

Pendant ce temps au Bundestag, les Verts refusent de surestimer les effets du salaire minimum sur l’emploi. « La mise en place du salaire minimum est une bonne chose, mais ce n’est pas un outil pour combattre la pauvreté. Le salaire minimum ignore la plupart des travailleurs pauvres », a expliqué le porte-parole du parti, Wolfgang Strengmann-Kuhn.

Selon lui, d’autres mesures sont nécessaires pour éloigner les travailleurs de l’allocation de chômage Hartz IV, comme des mesures pour les travailleurs indépendants et contre la pauvreté familiale.

>> Lire : Frictions entre l’Allemagne et la Pologne sur le salaire minimum

« Ma proposition est de combiner le salaire minimum, l’allocation pour enfant à charge et l’aide au revenu pour les travailleurs qui ont des emplois plus que précaires. Sur ce point-là, le gouvernement allemand ne fait rien non plus pour combattre la pauvreté », a déclaré Wolfgang Strengmann-Kuhn.

Le salaire minimum entraine le travail illégal

Près de six mois après l’introduction du salaire minimum, les effets sur l’économie et le marché du travail sont en revanche peu visibles. Le nombre de chômeurs n’a pas augmenté. Mais le travail au noir se serait développé.

Selon une récente étude de l’université Johannes Kepler à Linz et de l’institut de recherche en économie appliquée (IAW), le nombre d’employés illégaux en Allemagne devrait augmenter de 30 000 personnes en 2015, pour atteindre les 7,8 millions de personnes. Le volume total de l’économie souterraine est estimé à 339,6 milliards d’euros. Ce serait la première hausse de ce type depuis le début de la crise en 2009.

« Les distorsions causées par le salaire minimum sont modérées », a déclaré le professeur Friedrich Schneider, qui a réalisé des sondages pour l’étude et évalué les données macroéconomiques du premier trimestre. Si le salaire minimum avait été fixé à 10 €, les revenus de l’économie souterraine auraient grimpé pour atteindre 4 à 6 milliards d’euros, a-t-il commenté.

Les agriculteurs se sentent menacés par le salaire minimum

Parmi les détracteurs de la loi sur le salaire minimum se trouve l’association des agriculteurs allemands, qui met en garde contre la migration des productions de fraises et d’asperges vers des pays étrangers.

« Pour les asperges et les fraises, nous nous attendons à une baisse de 10 % du volume des récoltes et à des prix stagnants. Pour les agriculteurs, cela signifie qu’ils gagnent moins, car parallèlement les salaires augmentent », a déclaré le président de l’association, Joachim Rukwied, lors d’une interview publiée le 22 juin dans le Neue Osnabrücker Zeitung. La consommation d’asperge au printemps est quasiment une institution outre-Rhin.

« On ne va pas pouvoir continuer comme ça bien longtemps », a-t-il prévenu.

Les agriculteurs allemands sont en concurrence avec d’autres producteurs européens, a-t-il souligné. Si les fraises allemandes sont trop chères, les commerçants les achèteront dans des pays où il n’y a pas, ou très peu, de salaire minimum, a rappelé Joachim Rukwied. « Nous ne nous résignons pas au salaire minimum et nous ne nous résignerons pas. »

Contexte

Le 1er janvier 2015, l'Allemagne a mis en place le salaire horaire minimal fixé à 8,50 euros.

À partir de 2018, le plancher salarial sera réévalué sur une base annuelle. Une commission dédiée au salaire minimum et constituée de représentants syndicaux et patronaux décidera de la revalorisation du salaire minimal. La commission pourra également s'appuyer sur l’avis de chercheurs. Le gouvernement allemand peut aussi faire lui-même des ajustements via des réglementations contraignantes pour tous les employeurs et travailleurs.

Quasiment tous les États membres - 21 sur 28 - ont déjà un salaire minimum encadré par la loi et qui couvre tous les secteurs. Les exceptions sont l'Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, l'Italie, et la Suède.

>> Lire : L'Allemagne avance vers l'adoption d'un SMIC horaire