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23/01/2017

Le salaire minimum s’impose en douceur en Allemagne

Europe sociale & Emploi

Le salaire minimum s’impose en douceur en Allemagne

Depuis le 1er janvier 2014, le salaire minimum de 8,50 euros par heure est en place en Allemagne

Le 1er janvier dernier, l’Allemagne a introduit un salaire minimum de 8,50 euros par heure. Une mesure qui n’a pas conduit au choc annoncé par certains.

On se souvient des études parues l’an dernier sur les effets catastrophiques de l’introduction d’un salaire minimum unique en Allemagne. L’Ifo de Munich, notamment, prédisait la destruction de 900.000 emplois.

Depuis le 1er janvier 2014, ce salaire minimum est en place, à hauteur de 8,50 euros par heure, avec cependant quelques exceptions (notamment les branches qui avaient des salaires minimums négociés inférieurs et qui ont deux ans pour rejoindre ce niveau). Et près de cent jours après l’introduction de cette mesure, il est difficile d’en percevoir les effets négatifs.

Un environnement conjoncturel positif

Au niveau macro-économique, l’Allemagne va bien. Le premier trimestre 2014 s’annonce bon, sous l’effet conjugué de la croissance des revenus des ménages, de l’euro faible et de la faible inflation. Les ventes au détail ont ainsi progressé de 3,6 % en février en termes réels (2,8 % en nominal), soit une progression inédite depuis quinze ans.

La croissance pourrait dépasser 2 % cette année. Selon l’institut berlinois DIW, elle pourrait atteindre 2,2 %. L’institut RWI d’Essen a, lui, révisé à la hausse de 1,5 % à 2,1 % sa prévision pour cette année. Quant à l’emploi allemand, il est toujours extrêmement robuste. En mars, le nombre de demandeurs d’emploi en données corrigées a reculé de 123.000 personnes sur un an. Difficile, donc, de croire que le salaire minimum est un ravage pour l’emploi avec de tels chiffres.

En réalité, selon l’institut de la recherche sur le travail (IAB) de Nuremberg, seuls 4,4 % des salariés allemands ont bénéficié de cette mesure. A des degrés divers. L’impact macro-économique de ces relèvements de salaire a été largement affaibli par l’environnement conjoncturel qui a permis à l’immense majorité des entreprises concernées d’absorber le « choc. » Du moins, n’y a-t-il aucun effet conjoncturel négatif observable à l’introduction du salaire minimum.

Des effets réduits et ponctuels

Pour autant, quelques secteurs semblent touchés et se plaignent dans les colonnes de la presse allemande. Les taxis sont ainsi en moyenne beaucoup plus chers, près de 10 % en trois mois, à l’est beaucoup plus (on évoque 40 % de plus à Erfurt), sans que cependant la branche puisse constater un effondrement du chiffre d’affaires. Les principaux effets négatifs seraient concentrés à l’est et dans des secteurs très précis comme l’hôtellerie-restauration ou les fleuristes. Au niveau fédéral, le secteur de la livraison de journaux se plaint d’un surcoût de 200 millions d’euros.

Vers la mort du minijob ?

Mais le principal effet constaté aujourd’hui de l’introduction du salaire minimum est le recul des « minijobs. » Comme le souligne un article du Spiegel, le nombre de ces emplois est en recul de 2,4 % sur un an.

Le minijob, créé par les réformes Hartz de 2003-2005, est un emploi payé au maximum 450 euros mensuels pour un temps de travail qui ne doit pas dépasser l’équivalent de 50 jours de travail à temps plein par an. Le salarié est intégralement exempté de charges sociales et d’impôt qui sont pris en charge par l’employeur qui paie une cotisation forfaitaire de 30 % du salaire versé.

Or, depuis le 1er janvier, le salaire minimum de 8,50 euros bruts s’applique aussi aux minijobs. Mécaniquement, sauf si les employeurs réduisent les heures travaillées, la limite de 450 euros mensuelle est franchie pour beaucoup de salariés qui perdent ainsi le statut de minijobs. Pour l’employeur, rien ne change réellement puisqu’il doit alors payer des cotisations assez équivalentes. En revanche, les employés, eux, deviennent redevables des cotisations et des impôts sur le revenu.

Bien des « minijobbers » vont donc sans doute y perdre au change puisqu’avec le minijob, le net est égal au brut, mais pas avec le salaire minimum. En revanche, l’État, lui, y gagnera. Reste évidemment que le salaire minimum n’a pas encore tué le minijob. Près de 4,86 millions de salariés allemands disposent encore de ce statut.

Cet article a été initialement publié sur La Tribune