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23/07/2016

Le soutien à l’emploi des jeunes européens n’est pas sans failles

Europe sociale & Emploi

Le soutien à l’emploi des jeunes européens n’est pas sans failles

Almost 50% of Europe's youth have completed an internship. [Shutterstock]

Face au chômage endémique chez les jeunes européens, des voix s’élèvent pour dénoncer le projet de garantie pour la jeunesse, qui englobe plusieurs dispositifs pour l’emploi.

Lloyd Russel-Moyle, le vice-président du Forum européen de la Jeunesse, s’est exprimé au Parlement européen, lundi 7 avril, au sujet de la garantie pour la jeunesse. Un dispositif en train d’être mis en oeuvre dans l’UE,  qui se propose de garantir soit un stage soit une formation soit un emploi pour tout jeune de moins de 25 ans, et ce dans les 4 mois.

Le responsable associatif s’est dit profondément déçu, et considère qu’il s’agit d’un « boulevard pour les pratiques abusives, notamment parce que la garantie ne met pas de terme aux stages non rémunérés.  Les jeunes devraient avoir le droit à une rémunération décente» a-t-il déclaré.

« Les stages sont bien sûr utiles, mais seulement si la législation les encadre de façon appropriée. Sinon, il s’agit simplement d’une main d’œuvre à bas coût », a dénoncé le vice-président.

À ce jour, près de 50 % des jeunes européens ont réalisé un stage. Pour Giorgio Zecca, coordinateur de la politique de l’emploi au Forum européen de la Jeunesse, la crise financière de ces six dernières années a provoqué une forte différenciation à l’intérieur du marché du travail de l’Union entre les jeunes employés et les travailleurs plus âgés.

Par exemple, 42 % des jeunes travailleurs européens sont sous contrat temporaire, alors que ce taux est de 13 % pour les travailleurs plus âgés. On peut observer de grandes variations du taux d’emplois temporaires selon la situation géographique des jeunes en Europe. En Espagne, en Pologne, en Slovénie, plus de 60 % des jeunes sont sous contrat temporaire, tandis qu’en Bulgarie, en Lituanie ou encore en Roumanie, ce type de contrat n’en concerne que 10 %.

Un cinquième des jeunes en Europe craignent de perdre leur emploi, et ce en raison de la précarité de l’emploi. Selon Giorgio Zecca, cette situation d’instabilité nuit à la santé des jeunes. En Allemagne, 21 % des jeunes, qui ont un travail « flexible », c’est-à-dire caractérisé par des horaires en rotation et des heures supplémentaires, souffrent de fatigue chronique. Au Royaume-Uni, le stress lié au travail est en augmentation et le bien-être en milieu professionnel est en recul constant depuis 2006.

Selon le Forum européen de la Jeunesse, une autre source d’inquiétude est le travail au noir : environ 10 % des jeunes de moins de 25 ans travaillent sans contrat au sein de l’UE. Quelque 30 % des jeunes sont proches du seuil du risque de pauvreté dans certains pays, comme en Allemagne, en Grèce, ou encore au Royaume-Uni. Ils risquent de basculer dans la misère, car ils reçoivent un salaire en dessous du seuil minimum.

La garantie des 4 mois représente un bon départ

Selon Marije Cornelissen, eurodéputée néerlandaise chez les Verts, le principe posé par la garantie pour la jeunesse selon lequel aucune personne ne devrait rester inactif plus de quatre mois, tendrait à montrer que la sphère politique va dans la bonne direction. Mais, maintenant ils doivent décider de la manière de dépenser l’argent qui est à leur disposition.

L’eurodéputée estime qu’il faut également trouver une solution à la question du logement, qui empêche certains jeunes de trouver un travail. Un autre problème est le manque de financement des nouvelles entreprises, des dispositifs de microfinancements pourraient être mis en place pour les jeunes entrepreneurs. Marije Cornelissen s’est dite inquiète, car les difficultés que connaissent les jeunes d’aujourd’hui auront des conséquences négatives sur la démographie de demain.

Rebecca Taylor, eurodéputée libérale britannique, a aussi mis en garde contre le risque de perdre une génération entière. Elle considère que le taux de chômage actuel pourrait avoir des répercussions sur la société européenne à l’avenir.

Une somme de 8 milliards d’euros jugée insuffisante

Même si Claire Courteille, directrice de l’Organisation internationale du travail à Bruxelles, salue pour sa part le projet, elle estime que l’initiative ne peut être considérée comme l’aboutissement d’un processus. Ainsi, elle a expliqué que les 8 milliards d’euros alloués par l’UE pour s’attaquer au problème lié au chômage des jeunes était insuffisant. Selon son organisation, il faudrait 21 milliards d’euros, rien qu’au sein de la zone euro.

Elle a insisté sur le fait qu’un meilleur contrôle des stratégies en faveur de l’emploi des jeunes devrait donc être mis en œuvre. Lloyd Rosseul-Moyle partage le même point de vue. Un tel contrôle pourrait être intégré dans le Semestre européen, selon lui, lorsque la Commission adresse ses recommandations aux différents États membres. Il a déclaré que, à ce jour, 22 États membres ont soumis leur stratégie dans le cadre de la « Garantie pour la jeunesse ». Mais pour l’instant, les informations rendues publiques sont rares.

« Les jeunes s’entendent dire qu’ils ne correspondent pas aux besoins du marché du travail. Ce n’est pas juste de leur en faire le reproche. Il n’y a simplement pas assez d’emplois et nous devrions répondre à cette situation par le biais de modulations au niveau macroéconomique », selon le vice-président du Forum européen de la Jeunesse.

Salvatore Marra, le président de Confédération européenne des syndicats, a décelé trois difficultés majeures dans l’actuel projet européen : l’initiative n’est pas suivie d’effets concrets au niveau des États membres, 8 milliards d’euros ne représentent pas une somme suffisante, et le projet législatif ne garantit pas la sécurisation de l’emploi.

« Assez des documents politiques. Nous devons passer à l’action. Les jeunes ne peuvent plus seulement se contenter de promesses. L’Initiative pour l’emploi des jeunes risque de se solder par un échec. Les jeunes s’en rappelleront lors de leurs votes aux élections européennes », a mis en garde Salvatore Marra.

Contexte

Les chefs d'État de l'UE avaient convenu en février du lancement de l'initiative « Emploi des jeunes » de 6 milliards d'euros afin qu'elle devienne pleinement opérationnelle d'ici le 1er janvier 2014.

Lors d'un sommet de juin 2013, ils se sont mis d'accord pour dégager 8 milliards d'euros - dont 6 milliards dès février - en vue de remédier au chômage endémique. La somme est disponible sur une période de deux ans en 2014 et le restant serait disponible pour la durée du cadre financier pluriannuel sur sept ans.

Un programme de Garantie pour la jeunesse, mis en place par tous les États membres en fonction des besoins nationaux, s'appliquera aux jeunes sans emploi depuis plus de quatre mois. Il vise à leur donner une véritable chance de poursuivre des études et de trouver un emploi, un apprentissage ou un stage de formation.

L'UE a fixé un objectif de 75 % d'emploi d'ici 2020 pour la population active (de 20 à 64 ans).

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014 : élections au Parlement européen