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17/01/2017

Les causes du chômage des jeunes varient en Europe

Europe sociale & Emploi

Les causes du chômage des jeunes varient en Europe

Les nouveaux diplômés n'ont souvent accès qu'à des contrats à durée déterminée.

[Mathematical Association/Flickr]

Les facteurs qui expliquent le chômage chez les jeunes divergent d’un pays à l’autre. Si les Espagnols ont souffert de licenciements pendant la crise, les jeunes tchèques, eux, peinent à se faire embaucher après leur diplôme.  

Les jeunes sans emploi en Espagne ou en République tchèques ne font pas face aux mêmes barrières à l’entrée dans le monde du travail.

Des chercheurs du projet STYLE [transition stratégique pour l’emploi des jeunes en Europe] ont observé la manière dont les marchés du travail espagnol et tchèque ont réagi à la crise financière 2007-2010, particulièrement rude pour l’emploi des jeunes.

À 50 %, l’Espagne a, pendant des années, occupé la deuxième place du taux de chômage chez les jeunes le plus haut d’Europe, derrière la Grèce. De son côté, la République tchèque a l’un des taux de chômage des 18-25 ans le plus bas d’Europe (actuellement à 5 %), juste après l’Allemagne, à 4,7 %.

Mais les deux pays ont vu leur taux de chômage des jeunes doubler durant ces années, alors que le nombre de chômeurs dans d’autres tranches d’âge n’a pas grimpé aussi rapidement.

>> Lire : Comment l’UE lutte pour l’emploi des jeunes

En Espagne ou en République tchèque, les facteurs qui expliquent le chômage des jeunes sont différents. C’est la conclusion que tirent les chercheurs du projet STYLE dans leur étude « Tendances de l’emploi chez les jeunes et sorties du chômage dans une grande récession ». 

Réalisée par Vladislav Flek, professeur agrégé à l’université métropolitaine de Prague, et Martin Hala et Martina Mysíková, deux chercheurs, l’étude révèle que le taux de chômage élevé chez les jeunes en Espagne est principalement dû à des licenciements. En revanche, en République tchèque, les jeunes n’ont tout simplement pas trouvé de travail après l’obtention de leur diplôme.

Les chercheurs soulignent que ces deux situations de non-emploi – risquer de perdre son travail, ou ne pas réussir à en trouver un – sont typiques pour des jeunes qui connaissent un taux de chômage deux fois plus haut que celui des travailleurs bien établis.

Seule une fraction des jeunes qui quittent l’école et des diplômés universitaires parviennent à trouver un travail stable et satisfaisant immédiatement. Les autres risquent le licenciement. Cela s’explique par le fait que de nombreux jeunes ne décrochent que des contrats de travail à durée déterminée, ou que de nombreuses entreprises pratiquent la règle du « dernier entré, premier sorti ».

D’autres changent fréquemment d’emploi, une tendance qui s’explique par le décalage entre la formation et le marché du travail, par le manque d’expérience ou de compétences spécifiques à l’entreprise.

Manque de réformes en temps de prospérité

Toutefois, Vladislav Flek et Martina Mysíková indiquent que le chômage des jeunes est aussi dû à des lacunes politiques. Dans une autre étude intitulée « Tendances du chômage en Europe centrale : une approche des flux de la main d’œuvre », ils expliquent que lorsque l’économie prospérait (entre 2004 et 2007), le gouvernement tchèque aurait dû entreprendre des réformes du marché du travail qui auraient permis d’éviter la hausse du chômage chez les jeunes.

La recherche montrait que, comparé à d’autres pays d’Europe de l’Est, le marché du travail tchèque avait beaucoup de difficultés à intégrer les moins qualifiés et les travailleurs âgés.

Et alors qu’en République tchèque le chômage structurel diminuait de moins d’un point de pourcentage entre 2004 et 2007, durant la même période, il chutait de 2,7 points en Slovaquie et de 5,7 en Pologne.

« Des changements devraient être apportés dans la politique du marché du travail, dans le système des prestations sociales, dans la fiscalité du travail. Il faudrait encourager la création de contrats de travail plus flexibles et de mesures plus strictes contre le travail illégal en République tchèque », écrivent les chercheurs.

« Les lacunes dans ces domaines institutionnels sont responsables, dans une certaine mesure, d’une dynamique insuffisante des flux du marché du travail et surtout des flux du chômage vers l’emploi », continuent-ils.

>> Lire : Le soutien à l’emploi des jeunes européens n’est pas sans failles

Pour Allan Päll, secrétaire général du Forum européen de la jeunesse (EYF), une organisation non gouvernementale qui promeut les droits des jeunes, non seulement il est de plus en plus difficile d’accéder au marché du travail pour les jeunes, mais l’accès à des emplois réguliers et de qualité a également baissé. Par conséquent, il y a moins de stabilité dans l’emploi et le fossé entre les jeunes et les plus vieux se creuse davantage.

« Pour rendre le marché du travail plus souple, de nombreux pays ont allégé la réglementation des contrats non réguliers et continué à imposer des règles strictes pour les contrats permanents. Cela a conduit à la polarisation du marché du travail, que la crise n’a fait qu’empirer », explique Allan Päll, à EurActiv.

Cela signifie aussi, a-t-il ajouté, que les jeunes se retrouvent souvent dans des situations précaires et sont les premiers à être renvoyés en masse en cas de déclin économique.

Pour favoriser la transition entre la formation et l’emploi, l’EYF recommande l’enseignement et la formation professionnels pour doter les gens de compétences nécessaires sur le marché du travail. 

Contexte

Entre 2007 et 2013, le chômage des jeunes a atteint des sommets record dans l’UE, passant de 15,7 % à 23,4 %, selon Eurostat.

En février 2013, les chefs d’État et de gouvernement européens ont accepté de lancer une initiative pour l’emploi des jeunes, à laquelle ils ont alloué 6 milliards d’euros.

La Grèce, l’Italie et l’Espagne recevront chacune 3,4 milliards.

>> Lire : Bruxelles débloque des fonds pour l'emploi des jeunes