Les jeunes français plus touchés par le chômage que leur voisins européens

En France, le taux de chômage des jeunes a été multiplié par 3,5 en 40 ans. [VGstockstudio/shutterstock.com]

La situation des jeunes sur le marché du travail s’est globalement dégradée et leur insertion professionnelle est plus compliquée en France qu’ailleurs en Europe, selon un rapport remis mardi à la ministre du Travail Myriam El Khomri.

Un taux d’activité faible, un « sur-chômage » persistant, une proportion élevée de décrocheurs… Le constat dressé par le rapport sur l’insertion professionnelle des jeunes  place la France en mauvaiuse posture par rapport à ses paires européens.

Ce rapport de « diagnostic » a été élaboré par France Stratégie, organisme de réflexion rattaché à Matignon, et la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail, en concertation avec les organisations syndicales et patronales ainsi que quatre organisations de jeunesse (Fage, JOC, MRJC et Unef), à l’issue d’une concertation sur l’insertion professionnelle des jeunes lancée par Myriam El Khomri en septembre 2016.

« Le diagnostic est très partagé, ce qui n’était pas gagné, et le bilan est plutôt positif en termes de politiques publiques », a estimé le ministère. « Aux partenaires sociaux maintenant de proposer des solutions à leur niveau », notamment sur le rôle des entreprises dans les missions locales, la formation des jeunes en contrats aidés ou la levée des freins à l’emploi (discrimination, mobilité…), a ajouté le ministère.

Il va leur soumettre un document d’orientation qui servira de base, a minima, à un « relevé de conclusions ».

Un taux multiplié par 3,5 en 40 ans

Comparé aux autres pays européens, le taux de chômage des jeunes Français, qui a été multiplié par 3,5 en 40 ans, « se situe dans la moyenne haute » : 24 % en 2016 pour les moins de 25 ans, soit la 5e position sur 16 pays, après la Grèce, l’Espagne, l’Italie et le Portugal, mais loin devant l’Allemagne ou le Royaume-Uni, souligne le document.

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Le taux d’activité des 15-24 ans est également faible, de 4,5 points inférieur à la moyenne européenne en 2015, ce qui s’explique notamment par un faible cumul emploi-études. A 15 %, il est en hausse, mais reste plus bas que dans d’autres pays européens, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas, où davantage de jeunes sont en apprentissage.

Toutefois, ce cumul peut avoir un effet positif sur l’insertion, tout en augmentant les risques d’échec universitaire, nuance le rapport.

« NEET »

La proportion de « NEET », ces jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation, reste par ailleurs plus élevée (15 %) en France que dans les pays nordiques et en Allemagne, et, contrairement à d’autres pays, il n’a pas reculé depuis 2013.

Les jeunes Français connaissent aussi un « sur-chômage » élevé au moment de leur entrée sur le marché du travail, qui persiste « plus d’une dizaine d’années après leur entrée sur le marché du travail ». Et 35 % sont en contrat temporaire.

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« Les difficultés d’insertion de jeunes dans l’emploi sont marquées dans tous les pays européens par un sur-chômage. Mais, outre le fait qu’en France, la conjoncture du marché du travail est globalement dégradée, ce qui la rend plus difficile, c’est pour certains le cumul de difficultés qui constituent de véritables barrières », explique à l’AFP Hélène Garner, directrice du département travail à France Stratégie.

Au moins 10 % des 16-29 ans rencontrent ainsi des « freins périphériques » à l’emploi : absence de permis, d’équipement numérique, mauvaise santé psychique, absence de soutien familial, pauvreté, discrimination, etc.

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