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17/01/2017

Athènes dénonce les demandes « illégales » du FMI sur les droits des travailleurs

Europe sociale & Emploi

Athènes dénonce les demandes « illégales » du FMI sur les droits des travailleurs

Georgios Katrugalos

Alors qu’Athènes et ses créanciers se rencontrent à partir du 17 octobre, le gouvernement grec a fait des droits des travailleurs une ligne rouge et dénonce les demandes du FMI, qu’il juge contraire au modèle social européen. Un article d’EurActiv Espagne.

« Nous ne sommes prêts à sacrifier les droits des travailleurs grecs pour rien au monde, même une réduction de la dette », a annoncé Georgios Katrougalos, ministre grec au Travail, suite aux allusions du Fonds monétaire international (FMI).

La négociation d’une réforme du travail est l’un des sujets les plus délicats de l’évaluation à venir du troisième renflouement grec, qui doit débuter le 17 octobre.

« Je dis toujours que la Grèce est le pays européen subissant la plus grande dérégulation des relations du travail », a ajouté le ministre, qui répète que l’objectif du gouvernement est de retourner au « niveau européen normal en ce qui concerne le modèle social ».

Modèle social

« La position du FMI reflète une position néolibérale extrême », incompatible avec le modèle européen, juge-t-il. Il lui semble donc « impensable » que les institutions européennes, sous la pression des États membres comme l’Allemagne, estiment que le programme de sauvetage tienne à cette requête. En réalité, il serait inacceptable qu’elles imposent des solutions jugées illégales par le Conseil de l’Europe, insiste-t-il.

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Georgios Katrougalos espère également qu’Athènes puisse réinstaurer les négociations collectives, éliminées après le deuxième programme de renflouement en 2012. Ce point était l’une des promesses de Syriza lors des élections de 2015.

Un rapport publié récemment sur une commission internationale d’experts servira de base aux discussions sur les négociations collectives, a indiqué le ministre. Bien qu’il soit en faveur du rapport, qui appuie la position du gouvernement, le ministre reste sceptique sur un point : les bienfaits d’un marché du travail flexible, qui permettrait les licenciements groupés d’ampleur.

Enjeux de la flexibilité

« Nous ne voulons pas introduire davantage de flexibilité », a-t-il déclaré, ajoutant que « la moitié des emplois créés [depuis le début de l’administration Syriza] sont des temps partiels, précisément parce que la marché est déjà flexible. Nous n’avons donc pas l’intention d’introduire davantage de flexibilité. »

Georgios Katrougalos s’est retrouvé sur la sellette après que Syriza n’est pas parvenu à respecter ses promesses, notamment en termes de réduction de pension. Le gouvernement a en effet cédé aux pressions de ses créanciers sur la question, alors qu’il avait officiellement reconnu que ces coupes ne faisaient qu’aggraver la crise.

« En ce qui concerne les pensions, ainsi que les salaires, notre position était qu’il devrait y avoir des augmentations, plutôt que des coupes budgétaires », a rappelé le ministre, avertissant que le troisième programme de renflouement ne faisait que « prolonger l’austérité ». Pour éviter une « banqueroute incontrôlée », Athènes est forcée de trouver un compromis qui ne satisfait personne, assure-t-il. Les promesses électorales de Syriza font partie des victimes de ce mauvais compromis.

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Les pensionnés ont exprimé leur mécontentement la semaine dernière, lors d’une manifestation violente dans la capitale. La police a répondu au gaz lacrymogène lors de scènes rappelant les manifestations courantes sous le gouvernement conservateur précédent.

Georgios Katrugalos admet que les pensions sont très basses, mais assure que le gouvernement a fait tout ce qu’il a pu pour « gérer la situation aussi justement que possible ».

« Quiconque manifeste dans la rue pour protéger ses droits aide notre gouvernement à montrer au FMI pourquoi la politique d’austérité est une impasse », a-t-il conclu. « Nous avons accepté un programme néolibéral, mais nous ne nous sommes pas transformés en une nation néolibérale. »